vendredi 29 mai 2020

Et demain ? - La tribune des auteurs et artistes, grands absents du dispositif d'aide à la culture

645 autrices et auteurs ont signé la tribune "Les auteurs et autrices restent les grands absents du dispositif d’aide à la culture", parue en ligne le 15 mai dans Le Monde, puis en Une dans l'édition du 24 mai.
Une tribune qui apporte un éclairage concret sur le statut et la situation de l'auteur, -trice de livre, dans le contexte actuel mais aussi en général.


Le monde de la littérature jeunesse est très représenté. Jean-Philippe Arrou-Vignod,Gilles Bachelet, Ramona Badescu, Clémentine Beauvais, Julien Billaudeau, Stephanie Blake, Anne-Laure Bondoux, Evelyne Brisou-Pellen, Marion Brunet, Loren Capelli, Marine Carteron, Janik Coat, Christelle Dabos, Gaëtan Dorémus, Mathias Friman, Judith Gueyfier, Antoine Guillopé, Emmanuelle Houdart, Régis Lejonc, Jessie Magana, Matthieu Maudet, Susie Morgenstern, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail, Marie Pavlenko, Delphine Perret, Claude Ponti, Thomas Scotto, Grégoire Solotareff, Anaïs Vaugelade, Flore Vesco, Jo Witek, - pour ne citer qu'eux -, sont aux côtés de Lola Lafon, Annie Ernaux, Tardi, Catherine Meurisse, Enki Bilal, Delphine de Vigan,Valentine Goby, Sorj Chalandon, Ian Maook, Etienne Davodeau, Gérard Mordillt, Edmond Baudoin, Delphine de Vigan, Marie Desplechin...



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"Les auteurs et autrices restent les grands absents du dispositif d’aide à la culture"


"En Allemagne, les artistes-auteurs ont tous touché une « prime coronavirus » de plusieurs milliers d’euros. Au Canada, ils ont droit à 500 dollars (328 euros) par semaine, jusqu’à seize semaines.

En France, le gouvernement ne pense l’impact de la crise qu’en termes de chiffre d’affaires des entreprises, qu’il s’agisse des libraires ou des éditeurs. Bien sûr, nous sommes tous rudoyés par ces longues semaines d’inactivité. Il n’existe pas une autrice, pas un auteur (écrivains, scénaristes, illustrateurs, dessinateurs BD) qui ne se réjouisse de la réouverture des librairies.



Mais qu’en est-il de ceux qui alimentent, par leur travail solitaire, toute l’économie du livre : les autrices et les auteurs ? Ils restent oubliés des mesures gouvernementales, qui sont inadaptées à leur situation.



Les auteurs du livre n’ont pas le statut des intermittents du spectacle et n’ont pas droit au chômage. Le dispositif d’aide mis en place par le gouvernement ne prend en compte ni les spécificités de leur rémunération, ni la durée de la crise. Le modus operandi actuel est adapté aux entreprises qui engrangent des revenus mensuels. Ce n’est pas le cas des auteurs.


Ainsi, nombre d’entre eux, privés de manifestations littéraires, de conférences, de rencontres rémunérées à partir du mois de mars, ont sollicité leurs éditeurs afin de toucher leurs droits par anticipation (reçus d’habitude entre avril et juin, une fois l’an). C’était pour beaucoup le seul moyen de maintenir la tête hors de l’eau. Ils ont reçu en mars, en avril, le fruit d’un an de ventes… Ces paiements anticipés rendent dès lors souvent irrecevable toute demande d’aide pour cette même période.



Exonérer les artistes-auteurs de quatre mois de cotisations ne répond en aucun cas à la gravité de la situation.

Rembourser les loyers d’ateliers, de bureaux ? Mais seuls de rares auteurs du livre disposent d’un « atelier » ! Promettre des « commandes d’Etat » aux moins de 30 ans ? Il y a bien peu d’auteurs de moins de 30 ans. Et puis quoi, à 31 ans, à 46 ans, à 53 ans, on n’est plus fragile ? On n’a plus le droit d’être aidé ?

Quant aux indemnités pour garde d’enfant, c’est pour les auteurs du livre un parcours du combattant, coups de téléphone, courriels, courriers, demandes de pièces justificatives inappropriées, il faut réclamer encore et encore pour prouver qu’écrire est un travail comme un autre, et impossible à entreprendre avec des enfants à la maison. Les démarches durent des mois et aboutissent à une indemnisation ridicule.

Et qu’on ne vienne pas prétendre que les autrices et les auteurs ont déjà bien de la chance d’être publiés, d’être lus. Qu’ils n’exercent pas un « vrai » métier. Leurs textes font vivre des milliers de gens et de territoires et la première industrie culturelle de France ; ils nourrissent l’économie des éditeurs, des imprimeurs, des diffuseurs, des distributeurs, des libraires, des bibliothécaires, des bouquinistes, de la presse littéraire… et sont des appuis fondamentaux pour l’enseignement.

Pourtant, quand vient le temps de reconnaître leur rôle et d’agir en solidarité avec les créateurs, quand il s’agit de soutenir les femmes et les hommes qui ont offert aux confinés leurs histoires, leurs personnages, leurs univers, personne ne répond.

Les répercussions de la crise sur les autrices et auteurs ne se cantonneront pas aux quelques semaines d’arrêt du monde. Publications repoussées, droits d’auteur amoindris par la fermeture des librairies, rencontres publiques annulées pour de longs mois encore… Les écueils auxquels ils feront face sont légion : ils s’inscriront dans la durée. Avec, comme risque majeur, la paupérisation criante pour bon nombre d’entre eux.

Serait-il possible que « la culture » soit envisagée dans sa globalité, en incluant les autrices et auteurs de tous sexes, de tous âges ?

« Lisez ! », a conseillé le président de la République dans son allocution du 16 mars. Certes, mais pour cela il faut des livres, et donc des gens pour les écrire. "
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⤷ Retrouvez le texte et la liste des signataires sur le site de Marie Pavlenko.




Marie-Aube Ruault, libraire Sorcières à Forcalquier, dans le webzine AOC

La librairie La Carline, pendant le confinement © La Carline

 

Libraire Sorcières à La Carline (Forcalquier), Marie-Aube Ruault a participé à un entretien publié le 16 mai sur le quotidien en ligne AOC (Analyse Opinion Critique). Avec Eric Dumas, libraire, et Benoît Virot, éditeur, elle était invitée à s'exprimer sur les pratiques et usages de la librairie et de l'édition, ainsi que sur le présent et le futur de la chaîne du livre.


L'article, dont nous publions de courts extraits, est accessible sur le site du webzine (en créant un compte).


- EXTRAITS -

La librairie, une communauté
" (...) pour maintenir vivant le lien avec nos clients, nous avons proposé des rendez-vous très fréquents, sur notre site ou par notre newsletter, avec les gens des métiers du livre, des métiers de mots et d’images qui nous sont proches. Ça nous a permis de mesurer à quel point une librairie est aussi une communauté."



Du temps pour choisir chaque livre
"Ce qui me semble vraiment incontournable, c’est de pouvoir choisir chaque livre qu’on va proposer à nos clients, et leur faire découvrir des titres peu médiatisés, des catalogues d’éditeurs exigeants, originaux, qui s’attachent à publier une œuvre plutôt que des produits de mode… et pour cela, il nous faut du temps, du temps et encore du temps !"


Pas de chaîne sans maillons solides
"(...) je me sens très proche des éditeurs indépendants, qui me semblent être avec nous au bout de la corde, avec aussi la plupart des auteurs (ça finit par faire du monde sur cette corde !). Je crois que la chaîne existe, et que comme toute chaîne elle ne tient que si tous les maillons tiennent, et que les maillons les plus faibles sont les auteurs et éditeurs d’un côté, et les libraires de l’autre."






Les 4 Sorcières du jour de la semaine

Cette semaine, dans la Sorcière du jour : un livre-CD, un album illustré et deux romans ados.

L'air du printemps qui souffle mots et musique sur le visage de l'enfant.
L'infinie patience d'un petit rocher accueillant.
L'enquête d'une jeune photographe dans Madrid sous le régime franquiste.
L'emprise psychologique d'un père sur sa fille adolescente et l'amitié, comme bouée de secours.

⤷ Du lundi au jeudi, la Sorcière du jour dans votre boîte mail, choisie, commentée par une Librairie Sorcières. Abonnez-vous !


https://www.librairies-sorcieres.fr/livre/16207903-l-air-du-printemps-witek-perez-halgand-pere-castor


https://www.librairies-sorcieres.fr/livre/16334835-petit-rocher-kasano-yuichi-ecole-des-loisirs



https://www.librairies-sorcieres.fr/livre/16448597-hotel-castellana-ruta-sepetys-gallimard-jeunesse 


https://www.librairies-sorcieres.fr/livre/16173529-je-te-plumerai-la-tete-claire-mazard-syros-jeunesse 



vendredi 22 mai 2020

Albertine, lauréate du prix Andersen 2020 dans la catégorie Illustration

"Il y a 30 ans, j’ai vu arriver dans ma librairie à l’époque un jeune couple avec un petit fantôme sous le bras… Le livre sera le premier d’une longue liste de publications toutes plus belles, généreuses, authentiques, drôles et poétiques les unes que les autres. Albertine est un fleuron de notre catalogue. Nombreux d'ailleurs sont les éditeurs étrangers qui ont déjà reconnu son talent.
Merci Albertine... et Germano pour cette confiance qui accompagne notre route."


C'était le 4 mai, quelques jours avant la fin du confinement. L'éditrice de La Joie de Lire, Francine Bouchet, partageait son bonheur immense suite à l'annonce de l'attribution du prix Andersen 2020 à l'illustratrice Albertine.

Décerné par l'association internationale IBBY (International Board on Books for Young People), ce prix prestigieux a pris l'habitude de tenir lieu de "petit prix Nobel de la littérature jeunesse". Il est décerné chaque année à un·e auteur, -rice et à un·e illustrateur, -rice pour l'ensemble de leur œuvre et leur contribution importante à la littérature de jeunesse.

Junko Yokoyo, présidente du jury, spécialiste de la littérature jeunesse qu'elle enseigne à l'université de Chicago, a salué le travail "expressif et spontané" d'Albertine, "combiné à une attention aux détails, à une précision infinie ainsi qu'à un sens de l'humour".


⤷ Relisez l'interview d'Albertine et de Germano Zullo, publiée en 2007 dans Citrouille Hebdo. 



Albertine et Germano Zullo en 2018 au Salon de Montreuil.





Et demain ? - Pour libérer l'envoi des livres : le tarif postal dédié aux livres

Le Syndicat de la Librairie Française, auquel les Librairies Sorcières (ALSJ) adhèrent, ainsi qu'une vingtaine de regroupements et collectifs d'éditeurs, ont signé l'appel "Pour libérer l'envoi des livres: le tarif postal dédié aux livres". Pour les signataires, il ne s'agit pas seulement de rééquilibrer la situation face au dumping de certaines grandes plateformes de commerce en ligne sur les frais de port.


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"Pour libérer l'envoi des livres: le tarif postal dédié aux livres.


Illustration extraite de Bonjour Facteur,
de Michaël Escoffier et Matthieu Maudet
(éd. L'Ecole des Loisirs)
Il existe une mesure simple, innovante et juste qui est demandée depuis plusieurs années par l’ensemble des acteurs de la filière : auteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires... et lecteurs. C’est la création d’un tarif postal qui soit dédié au livre sur le territoire national.

Le livre est un objet irremplaçable. Pendant le confinement, nous avons multiplié les connexions numériques avec le monde extérieur et ressenti simultanément leur absence de relief. Après l’état de saisissement provoqué par ce flot de sensations inédites, c’est vers nos interfaces de papier que nous sommes souvent retournés. Le livre est cet objet qui active les sens humains, du toucher au regard pour saisir et méditer les textes et les images qui nous parviennent page après page. C’est cet objet fin et subtil, composé par l’auteur ou par l’artiste, choisi et mis en page par l’éditeur, vendu et transmis aux lecteurs par les libraires...

C’est cet objet qui est le cadeau le plus offert aux fêtes de fin d’année, et à tous les anniversaires.
Et pourtant, expédier ou recevoir un ouvrage, partager le plaisir de lire avec un destinataire éloigné devient de plus en plus difficile. En 2015, la Poste a ajouté une strate supplémentaire au prix déjà élevé de l’envoi. Tout colis de plus de 3 cm d’épaisseur est désormais soumis au tarif Colissimo : entre 6,35 et 8 €, cela représente en moyenne 3 à 4 fois la rémunération de l’auteur et davantage que la marge du libraire ! Qui, dans la chaîne du livre peut encore prendre en charge ce supplément ? Le lecteur, le libraire, l’éditeur ? Personne n’en a plus les moyens, et nous risquons d’abandonner le commerce du livre aux grandes plateformes du web qui pratiquent une concurrence déloyale en proposant la livraison à 1 centime.

La situation de crise actuelle ajoute des tensions considérables sur chaque maillon de la chaîne du livre brusquement ralentie. La réouverture des librairies est complexe avec l’obligation de distanciation physique, de désinfection des ouvrages... Les libraires vont devoir réinventer leur métier, alterner entre présence physique et numérique, multiplier les expériences pour maintenir le lien avec leurs clients lecteurs. Pendant longtemps, il n’y aura plus de festivals et salons, ni d’événements en librairies, qui permettent de véritables rencontres avec les auteurs et les éditeurs.
Tous les acteurs du livre vont devoir imaginer, créer de nouvelles relations. Le mouvement est lancé. Des initiatives collectives apparaissent en ces temps d’adaptation en action. Mais seul un acte fort, nécessaire à la fois comme mesure d’urgence et défense structurelle, est à même de soutenir cet ensemble : le tarif postal spécifique à l’objet livre. Aligné sur l’offre “Livre et brochures” actuellement réservée aux envois vers l’étranger, il permettra d’alléger les charges des professionnels et, surtout, de développer à nouveau l’achat des livres, sans aucune défiance, dans tous les endroits de France. Cette solution de bon sens existe déjà dans des pays voisins : en Allemagne, par exemple, l’envoi d’un livre sur le territoire national coûte 2 €.

Avec cette mesure, nous encouragerons l’échange et la circulation fluide des idées à travers tout le pays, en nous appuyant sur le service public de la Poste. Atteindre chaque lecteur où qu’il soit, avec cet objet si précieux, le livre, sera un signe brillant, positif, résilient, une libération de l’envoi, une ouverture qui profitera à tous."

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⤷ Retrouvez la liste des signataires sur le blog des invités de Mediapart.

Simon Roguet, libraire Sorcières à Laval, dans le webzine culturel Tranzistor

Quelques jours avant la réouverture des librairies, Armelle Pain du webzine culturel Tranzistor a publié un tête-à-tête à distance avec Simon Roguet, de la librairie M'Lire à Laval.
L'occasion pour le libraire Sorcières de revenir sur son parcours, son métier, ses initiatives pour nfaire vivre la librairie, transmettre le goût de la lecture et nourrir les liens, notamment pendant le confinement. L'occasion aussi d'exprimer des espoirs pour l'avenir.


Crédit photo © Arnaud Roiné

"Tête à tête avec Simon Roguet.

 

Devenu libraire par hasard, et aujourd’hui très actif dans le secteur du livre jeunesse au niveau local comme national, le co-dirigeant de la librairie M’Lire à Laval est l’inventeur de plein de belles initiatives pour transmettre le goût de la lecture aux plus jeunes. Rencontre avec Simon Roguet, à quelques jours de la réouverture des librairies, durablement fragilisées par la crise actuelle.


Premier jour de pluie depuis six semaines à Laval. Musicien « pour plantes vertes » à ses heures perdues, Simon Roguet parle d’abord jardin. Les semaines passées lui ont permis d’éprouver le travail de la terre. Fidèle à son image de barbu souriant et détendu, le quadra apprécie de prendre le temps de faire ce qu’il ne fait pas d’habitude, lui qui est toujours entre deux réunions, lectures, salons, animations… Il a le confinement serein. Discussion avec l’homme qui plantait des livres.


Nous sommes fin avril, les commerces dits « non essentiels » sont fermés depuis le 15 mars, un coup dur pour les librairies ?
Comme beaucoup de commerces, nous n’avions pas du tout anticipé l’obligation de fermeture annoncée le samedi 14 mars. Nous avons donc fermé les portes de la librairie le soir-même pour ne plus les rouvrir jusqu’à nouvel ordre. Un arrêt total de l’activité pour nous et nos fournisseurs. Depuis six semaines, il y a eu des annonces contradictoires sur les possibilités de réouverture des librairies, semant la confusion et générant parfois de la colère dans le milieu. On entre à présent dans une nouvelle phase et on voit pas mal de collègues proposer des services de type drive ou livraison de livres.

 

Quelles sont les conséquences de la crise actuelle pour M’Lire ?
À notre niveau, nous avons la chance d’avoir un peu de trésorerie et de ne pas être dans une urgence par rapport aux aides mises en place, aussi parce que nous n’avons pas de salariés. Cela nous permet de réagir sereinement et de prendre un peu de distance. Avec Delphine, Guillaume et Sébastien, qui dirigent la librairie avec moi, nous échangeons par visioconférence et décidons ensemble de ce que nous souhaitons faire ou pas, en essayant d’être cohérents avec ce que nous défendons, en plaçant l’éthique avant l’économique. Nous avons donc décidé de rester fermés jusqu’à la sortie du confinement pour ne mettre personne en situation de risque. C’est le point de vue majoritaire chez les libraires en France. Par ailleurs, deux salons importants pour nous ont été annulés : celui des Rencontres BD à Changé fin mars et celui d’Étonnants voyageurs à Saint-Malo fin mai. Ces deux annulations représentent à elles seules une perte financière plus importante que celle de la fermeture de la librairie.


La librairie est fermée mais le lien perdure…

D’emblée, nous nous sommes dit qu’il fallait garder le contact avec nos lecteurs et partenaires, et chacun y va de sa petite touche sur les réseaux entre les coups de cœur de Delphine et Sébastien, les mots croisés de Guillaume, les lectures que je fais tous les jours sur Facebook… On reçoit des messages ultra gentils des clients qui attendent la réouverture. Dans une situation compliquée et inédite comme celle-ci, cela fait chaud au cœur de sentir que nos choix sont compris et respectés et que notre métier tient une place spéciale dans la vie des gens.

(...)

⤷ Lire la suite sur Tranzistor

Les 4 Sorcières du jour de la semaine

Cette semaine, dans la Sorcière du jour : un premier album illustré, deux romans jeunes lecteurs et un roman adultes écrit à quatre mains par des auteurs issus de la littérature jeunesse.

Un phare ancré dans les terres, gravé à l'eau-forte.
La poursuite d'un rêve jusqu'au ciel.
La poursuite d'un rêve jusqu'en Afrique.
Une correspondance entre deux vieux amis.


⤷ Du lundi au jeudi, la Sorcière du jour dans votre boîte mail, choisie, commentée par une Librairie Sorcières. Abonnez-vous !




vendredi 15 mai 2020

Lire à la maison #3 - 3 romans ados que Patricia Matsakis, du Bateau Livre, a dévorés pendant le confinement.


"Deux mois d'une vie en parenthèse, au temps redevenu flexible et aux atermoiements délicieux. J'ai reporté à plus tard mes angoisses, c'était plus confortable pour supporter l'attente, maintenant je vais devoir les affronter. Dernier week-end donc avant le "dé-confinement", avant la reprise et l'ouverture de la librairie. L'heure est au rangement, Tous ces objets posés à l'envi pour des projets cent fois commencés et cent fois remisés, pinceaux, boites de crayons, aiguilles à broder, fils de couleur, bottes de jardinage, graines à semer. Certains ont enfin abouti. Jardin désherbé et fleuri, dessins rangés dans les placards, les arbres du jardin ont servi de modèles. Chantier d'écriture mené à terme au bout d'une gestation de requin-lézard, Et enfin les livres. Des livres partout semés dans la maison. Les priorités professionnelles, les essentiels à ouvrir en cas de spleen, ceux commencés avec des velléités sincères, ceux en attente de désir ou de déclic. Des amoncellements plus ou moins hauts, pour satisfaire chaque envie de lecture pour des fractions de temps variables.


Je ne pourrais pas oublier les circonstances, car ces événements inédits ont donné à mes lectures une couleur toute particulière. Trois titres ont émergé assez largement de ces deux mois de repli. Leurs points communs - même s'ils sont bien différents -, c'est que je les ai dévorés d’une traite. Rien n'en venait me déranger, et la puissance de chaque récit restait intacte et sans dispersion.


https://www.librairies-sorcieres.fr/livre/16448597-hotel-castellana-ruta-sepetys-gallimard-jeunesse

Hôtel Castellana

Ruta Sepetys
Éditions Gallimard Jeunesse, mars 2020

Ruta Sepetys a un vrai talent de raconteuse d'histoire. C'est dans un contexte historique qu'elle tisse son récit avec des personnages incarnés en prise directe dans Espagne sous le régime dictatorial de Franco. Elle raconte à travers cette fiction, le vaste trafic d'enfants organisé par des médecins, l'église et des fonctionnaires de l'état civil, volé à des familles pauvres ou républicaines.
Une belle galerie de personnages, qui viennent nourrir et construire un récit réaliste et fort. L'autrice  y décrit avec finesse et dignité la pauvreté, la misère de la classe ouvrière, mais aussi sa véritable force et détermination pour résister à la violence et à l'humiliation du pouvoir franquiste.



Je te plumerai la tête 

Claire Mazard
Éditions Syros, février 2020

Lilou est la narratrice. Du début à la fin, c'est par ses yeux et son ressenti que nous découvrons son histoire. Elle a une relation très fusionnelle avec son père.
Au point que leur complicité met à mal sa relation avec sa mère. Une mère qui pourtant, viendra lui donner des clés pour analyser ce qu'elle vit et se sortir de l'emprise de son père, pervers narcissique et manipulateur dont elle se rend compte qu'elle est devenue sa proie.

Roman psychologique superbement construit autour des mécanismes de la manipulation mentale.







Tenir debout dans la nuit 

Eric Pessan
Éditions L'École des Loisirs, mars 2020

Lalie vit chichement avec sa mère. Elle n'a jamais connu son père, secret bien gardé. Quand elle est invitée pour une semaine à New-York par un copain de classe, elle est prête à lâcher toutes ses menues économies dans un billet d'avion. Mais ce voyage ne sera pas pourtant à tout prix. Un événement brutal la chasse dans cette ville sans repères, avec un anglais approximatif et la rage au ventre, la colère brûlante. Elle erre dans les quartiers de New-York pour se calmer, pour refouler l'oppression qui la submerge. Cette ville qu'elle découvre avec le seul objet emporté à l'arrache, son appareil photo. A travers ce prisme, elle la voit belle, misérable, extravagante, cosmopolite. Elle en partira précipitamment, mais ne sera plus jamais la même.

Un très beau texte subtil pour parler des regards inquisiteurs des garçons, des sous-entendus sexuels, des réflexions vulgaires et machistes dont sont victimes les filles, et comment, pour s'en protéger, ils peuvent les priver de leur féminité. Comme une image qui se révèle, par petites touches, Lalie chemine dans la ville éclairée, et nous raconte ses humiliations, et ses souffrances en remontant dans son enfance. "





- Patricia Matsakis, librairie Le Bateau Livre, à Montauban