dimanche 23 juin 2019

FLORENCE HINCKEL, autrice au long cours



Les faits et gestes de la famille Papillon
T.1: Les exploits de grand papy Robert
Autrice: Florence Hinckel
Éd. Casterman - Roman juniors
L’effet papillon, vous connaissez… «Un battement d’ailes au Mexique peut provoquer une tempête au Texas». Eh bien pour les membres de la famille Papillon, depuis des générations, ce sont leurs faits et gestes, les plus anodins soient-ils, qui entraînent des effets bénéfiques sur le monde: l’invention du vélocipède, du transistor, la signature du traité de Londres ou les théories de la relativité… Jusqu’au jour de ses treize ans, Éva Papillon ignore tout cela, mais à l’issue d’une fête mémorable pour son anniversaire, elle se retrouve enfermée dans sa chambre et grand papy Robert vient chaque soir lui révéler une part de l’histoire familiale. Grâce à son ami Auguste, Éva parvient à s’échapper et mène son enquête qui va apporter son lot de révélations. Révélations qui se poursuivront dans les tomes 2 et 3 de cette trilogie. L’originalité de ce roman: il est illustré par des photos anciennes, issues d’une collection privée, que l’autrice a utilisées, détournées, interprétées pour ponctuer son récit. Il en résulte une histoire foisonnante, des aventures rocambolesques, de l’aventure à savourer sans modération à partir de dix ans. — Librairie Les Deux Arbres


 

Interview de Florence Hinckel - Par Patricia Hamidouche, librairie Les Deux Arbres.

PATRICIA HAMIDOUCHE: Comment t’est venue l’idée de cette trilogie illustrée par des photos réelles?
FLORENCE HINCKEL: C’est la directrice éditoriale de Casterman, Céline Charvet, qui m’a présenté ce collectionneur, un ami à elle, Jean-Marie Donat, qui depuis trente ans achète des photos de famille authentiques dans les vide-greniers, les brocantes, sur internet… Elle m’a demandé d’écrire une histoire à partir de quelques-unes de ces photos et j’ai eu carte blanche totale, j’avais aussi le choix du public. Le souci, c’est que la collection compte plus de quatre-vingt mille photos! J’ai passé deux jours complets dans l’atelier de Jean-Marie durant l’été 2018, puis une journée en 2019. Un premier tri était déjà fait puisque Jean-Marie les range dans des boîtes en formant des séries, il cherche des points communs entre les photos pour les classer (par exemple une série où l’on voit l’ombre du photographe avec un chapeau, que j’ai utilisée en partie dans le premier tome). Lorsque j’ai fait mon premier choix, je n’avais qu’une idée très floue de l’histoire.

Tu n’as donc pas choisi des photos en fonction d’une histoire déjà construite?
Non, car je souhaitais qu’il y ait les deux mouvements: chercher des photos en rapport avec l’histoire, mais aussi que les photos me donnent des idées pour l’histoire. C’était donc plutôt bien que je fasse mon choix avec une idée encore floue. J’avais juste choisi le public, à partir de dix ans, et je voulais utiliser le côté loufoque qui ressort des photos. Dans un premier temps, j’ai fait mon choix par coups de coeur et l’idée était tellement floue que j’ai commencé par choisir quatre cent cinquante photos! C’est en farfouillant dans les photos  que s’est affinée l’idée qui tournait déjà un peu dans ma tête de cette famille qui crée des évènements bénéfiques, la famille Papillon. J’ai alors eu l’idée de la famille adverse, la famille Avalanche, qui crée des évènements maléfiques, parce qu’il se dégageait des photos deux tendances: celles qui exprimaient de la joie et celles qui étaient plus sombres. J’avais déjà décidé qu’il y aurait trois tomes pour pouvoir couvrir tout le XXe siècle, je ne pouvais pas rester figée sur une période avec des photos tellement diverses. Lorsque j’ai eu l’idée des aïeux qui racontaient des évènements historiques, ça a tout débloqué. Dans le premier tome, l’arrière-grand-père de l’héroïne de treize ans, Eva Papillon, raconte des anecdotes des années 50, dans le deuxième tome que je viens juste de terminer, c’est la mamie qui raconte des anecdotes des années 60-70 et j’ai donc eu besoin de faire des recherches historiques pour ces deux tomes, ce qui a été assez passionnant et m’a permis d’enrichir mes connaissances…

Est-ce que la contrainte est pour toi un moteur dans l’écriture?
J’aime la contrainte narrative! C’est Pérec qui disait que «la contrainte libère». Je suis quelqu’un de très visuel et ce travail sur les photos était un vrai cadeau pour moi. Ce n’était pas facile, en particulier lorsqu’il s’agissait de dater les photos, ça nécessitait pas mal de recherches et beaucoup de temps. Mais cette contrainte m’a permis de sortir de ma zone de confort. Je n’ai jamais fait de roman historique car je craignais la somme de recherches nécessaires, mais le support des photos m’a facilité les choses, je l’ai fait sans m’en rendre compte tellement c’était passionnant. La contrainte m’a vraiment libérée!

Puisqu’on parle des images, est ce que tu serais tentée par l’écriture d’un album? Tu n’as jamais écrit pour les plus jeunes…
L’écriture courte est très spécifique et je n’y suis pas habituée. Dans l’album, avec une narration courte, il faut faire mouche avec très peu de mots. Je pourrais m’y essayer car le dialogue texte image me passionne, mais j’aimerais encore plus me plonger dans un scénario de BD. L’idée de roman graphique me séduit beaucoup, car cela allierait mon goût des images et de dialogue avec le texte, au sein d’une narration plus longue que dans un album pour petits.

Pour quelle tranche d’âge écris-tu plus volontiers?
Quand j’ai démarré, j’écrivais surtout pour les dix-treize ans. Ça a glissé peu à peu, depuis quelques années j’ai davantage envie de m’adresser aux ados. Et avec la famille Papillon j’ai eu envie de revenir aux plus jeunes pour pouvoir me lâcher sur le côté fantaisiste, loufoque, qui n’est pas forcément adapté aux ados. Quelle que soit la tranche d’âge, j’ai en ce moment envie de partir sur des histoires qui embarquent le lecteur ou la lectrice dans une narration au long cours.

Ces derniers mois se sont succédées de façon très rapprochée les sorties de Nos éclats de miroir, de Renversante, de La famille Papillon. Est-ce que les écritures se sont chevauchées?
Non, c’est impossible pour moi! Je suis dans une seule bulle d’écriture à la fois. Ce qui arrive souvent, en revanche, c’est d’être dans une écriture et d’être obligée de l’abandonner pour me replonger dans les corrections du roman précédent, et ça c’est difficile! En fait les sorties se sont étalées sur quelques mois à peine mais le travail d’écriture de tous ces romans a duré deux ans (voire bien davantage si on compte le travail de maturation nécessaire pour écrire Renversante, ou pour accoucher de Nos éclats de miroir).

Est-ce que le succès d’U4 a changé quelque chose pour toi, est-ce que ça a été une étape?
Oui bien sûr, mais il y en a eu d’autres. Chaque roman est une étape mais certaines parutions sont plus remarquées que d’autres. Pour moi la première grande étape ça a été la sortie de Ligne 15 (chez Talents Hauts), qui maintenant s’appelle 4 filles et 4 garçons (sorti en poche chez PKJ. en mai), et qui m’a apporté une certaine reconnaissance du métier, c’était en 2010-2011. La deuxième étape a été U4 (chez Nathan/Syros), ce projet original car collectif, avec de très bonnes ventes et une reconnaissance du métier et des lecteurs et lectrices, mais en même temps il y a eu #Bleue (chez Syros) qui est sorti quelques mois avant U4.Yannis, et qui a obtenu de nombreux prix. Ces deux succès concomitants et de natures différentes m’ont fait l’effet d’un feu d’artifice! Non seulement ça m’a donné de la confiance en moi et en mes capacités, mais en plus, bien sûr, j’ai acquis la confiance des éditeurs. Cette confiance me permet de m’accorder un luxe inégalable: pouvoir choisir de travailler uniquement avec des personnes que j’aime bien, avec qui je me sens bien, dans des maisons d’édition qui croient en moi. De plus, je me permets d’écrire des romans plus audacieux et/ou plus personnels. C’est une grande liberté qui s’est ouverte à moi.

Quels sont tes projets d’écriture pour les mois qui viennent?
Je vais écrire le troisième tome de La famille Papillon dont la sortie est prévue pour 2020: Cette fois je vais m’attaquer aux années 80-90, celles de mon adolescence! Je compte aussi écrire un roman pour adolescent·es qui parlera d’amour, thème inépuisable et qui ne cesse de me passionner, ceci pour les éditions Nathan, et je laisse aussi mûrir un autre projet assez ambitieux et qui m’occupera durant une bonne partie de l’année prochaine... Mais je ne vous en dis pas davantage. Les secrets, ça peut parfois avoir du bon... même si Eva Papillon ne serait pas d’accord!

Propos recueillis par Patricia Hamidouche, Librairie Sorcière Les Deux Arbres à La Ciotat

Leurs livres présentés par les auteurs : Entre les lignes (de Benoît Broyart et Thomas Scotto) par Thomas Scotto





Entre les lignes…

C’est au tout début une résidence d’écriture et de mise en voix initiée par la Communauté de Communes de l’Ernée, en Mayenne.
Une résidence partagée avec Benoît Broyart.
Pour le plaisir des mots de l’autre, pour la sensibilité en commun, pour un chemin d’écriture de quelques années déjà…

Au tout début, nous avons cela… la décision de Clarisse Gougeon de nous réunir et celle d’une équipe pour nous faire confiance.

En partant de rien, d’aucune trame, d’aucun projet d’histoire, il y a donc eu des jours d’échanges avec Benoit… Autour de ce qui nous pousse à écrire et de ce qui pourrait nous faire arrêter tout autant. Ces grands écarts d’émotions entre les petites batailles quotidiennes et lasses pour qu’un texte voit le jour et ce que le livre procure aux lecteurs qu’il touche. Cette même histoire refusée dix fois, publiée finalement et dont on nous parle des années encore après sa disparition. Ces difficultés d’éditions et ce rapport marchand qui ne peut que nous échapper puisque nous gagnons si peu.

Après plus de vingt ans de publications, il y a toujours les mots, l’envie de dire et, sans angélisme, la certitude de savoir à qui nous le devons.
A nous, bien sûr…mais surtout celles et ceux qui nous lisent, nous écoutent, nous partagent et nous font confiance.

Entre les lignes…

C’est plusieurs rencontres, plusieurs moments de lectures avec une classe du lycée de Rochefeuille autour de notre projet et un travail de mise en voix avec Caroline Girard de la compagnie « la Liseuse ». C’est la présence des bibliothécaires de l’Ernée et des libraires de Laval.

Entre les lignes…

C’est aujourd’hui un livre.

Un livre sans éditeur très connu. Une publication pour aller jusqu’au bout de ce en quoi nous croyons : le partage des mots.

« Deux auteurs s’interrogent sur leur rapport à l’écriture et à l’enfance. Quels ont été pour eux les déclencheurs de l’écriture ? Quelles images fortes ? À quel moment Thomas Scotto et Benoît Broyart ont-ils décidé d’agencer des mots pour fabriquer des histoires ? Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui les pousse encore aujourd’hui à poursuivre un chemin entamé depuis une vingtaine d’années déjà ? Thomas questionne les textes de Benoît et vice versa. Le résultat est cet ensemble de textes courts où chacun utilise les mots de l’autre comme tremplin à sa propre création. »

Thomas Scotto

Vous pouvez trouvez le livre de Benoît Broyart et Thomas Scotto notamment dans les librairies M'lire de Laval, La Courte Echelle de Rennes, Comptines de Bordeaux, ou dans le magasin de Benoît

110 ouvrages avec des personnages LGBTQI+ : un webzine à télécharger



La Mare aux Mots, site sur la littérature jeunesse, propose à ses lecteurs et ses lectrices un webzine téléchargeable gratuitement où l'on trouve plus de 110 ouvrages (choisis) avec des personnages LGBTQI+, une interview, des invité·e·s, un lexique, des liens...
Ici : lamareauxmots.com/blog/lgbtqi/

Les coups de coeur de Léa, Madeleine, Adèle, Arwen et Alix,



Vendredi 25 mai, rue Vasselot, librairie La Courte Échelle à Rennes. Après le lycée, Léa, Adèle, Madeleine, Arwen et Alix se sont donné rendez-vous à la Courte Échelle. Aujourd'hui, elles vont vivre en public la dernière rencontre du groupe de lecture "Seconde", animé par Gwenaëlle. Elles se sont installées au cœur de la librairie, piles de livres posées sur leurs genoux ou à leurs pieds, prêtes à partager leur coups de cœur de l'année...

Il y a Léa qui a rejoint le groupe cette année et qui est "un peu triste que ce soit terminé". Première fois également pour Madeleine qui a beaucoup aimé "pouvoir parler" de ses lectures. Arwen a découvert des livres qu'elle ne pensait pas "lire un jour". Enfin, il y a Adèle et Alix, plusieurs groupes de lecture derrière elles, fidèles à ces rendez-vous depuis l'école primaire.

Les cinq ados sont un brin nostalgiques. Ensemble, elles ont vécu une expérience particulière. Un groupe de lecture n'est pas seulement un espace pour dire "j'aime", "j'aime pas". Un groupe de lecture est un cercle un peu intime, où l'on évoque ce qui nous touche, tout en livrant des parcelles de soi, où l'on apprend à affirmer autant qu'à s'affirmer, où l'on va chercher les mots justes pour donner des raisons d'avoir adoré, détesté, ou bof...

Aucun doute par ailleurs sur le grand plaisir que l'exercice procure, il suffit d'écouter et de regarder. La joyeuse énergie du groupe est communicative. Chaque coup de coeur est "porté" avec complicité. Il y a les livres émouvants, les impressionnants, les captivants, les romantiques, les réalistes. Il y a ceux qui évoquent des sujets graves mais qui ont trouvé le ton pour le faire. Il y a les livres qui font beaucoup réfléchir, un peu ardus, mais intéressants. Il y a ceux que l'on trouve beaux, simplement beaux... Pour Léa, Madeleine, Adèle, Arwen et Alix, ce sont ceux-là :



Librairie Sorcière La Courte Échelle à Rennes

Il paraît que les jeunes ne lisent pas ? Nous, on sait que c'est faux !



Dans le cadre du dispositif Jeunes en librairie les élèves d’une classe de seconde du Lycée Perrier de Tulle ont visité les librairies indépendantes Chantepages et Préférences. Ils y ont rencontré les libraires qui leur ont expliqué ce qu’est une librairie indépendante ainsi que les maillons de la chaîne du livre (édition, diffusion…).

Suite à des lectures personnelles, les élèves ont ensuite réalisé des chroniques audio ou des bandes annonces littéraires dont un florilège est disponible ci-dessous. Pour les découvrir, cliquez sur l'image ci-dessus !

Librairie Chantepages

lundi 17 juin 2019

Ubiquité, quand tu nous tiens....




Le jeu des différences est un classique que l'on retrouve dans les magazines pour la jeunesse ou les cahiers de jeux, tel l'excellentissime Cahier de jeux de Gurty, aux éditions Sarbacane  

C'est visiblement le jeu favori de certains éditeurs puisque, depuis quelques temps, l'on assiste à un clonage de visuels, de formats, de scénarios, d'idées. On peut vous donner là quelques exemples.
En février 2019 : les éditions Auzou sortent un roman de Vashti Hardy pour pré-ados sur la couverture duquel on peut voir un bateau-dirigeable beige sur fond bleu (illustration de George Ermos) :

 

Qu'à cela ne tienne, les éditions Gallimard sortent un roman en juin 2019 sur la couverture duquel on peut voir un bateau-dirigeable beige sur fond bleu, et les nuances sont quasiment les mêmes (illustration de Tomislav Tomic) :



Astrid Desbordes et Pauline Martin réalisent une série d'albums au style unique chez Albin Michel, qui plaisent autant aux libraires qu'aux enfants et à leurs parents :


 Qu'à cela ne tienne, les éditions Fleurus se lancent dans une série d'albums écrite par Sandrine Beau et illustrée par Marie Leghima, visuellement très proches : 




Entendons-nous bien : ces redites ne remettent absolument pas en cause la qualité du travail de Sandrine Beau et de Marie Leghima, ni nos rapports avec les éditions Gallimard et Fleurus. Non, le problème est autre part.

Quand nos représentants viennent nous présenter les nouveautés à venir, de plus en plus souvent, malheureusement, on se dit : « Ah, c'est dommage, ça ressemble à tel ou tel titre ! ». Et la probabilité qu'on les lise et qu'on les défende autant – voire mieux, pourquoi pas ! - que ce qui existe déjà se prend un sacré coup...

Alors ces livres encombrent nos tables, nos bacs, nos étagères, et jamais ne trouvent un jeune lecteur, une jeune lectrice qui voudrait les adopter !

Librairie Sorcière Chantepages à Tulle