dimanche 21 juillet 2019

«La promesse de Mirto» ne cherche pas à imposer une manière de penser ou de vivre: il parle de choix, de responsabilité et de la diversité des hommes. Jennifer Dalrymple, l'auteure illustratrice de ce récit, nous en raconte la genèse.


«J'ai écrit Mirto il y a une quinzaine d'années. L'histoire m'est venue comme me viennent la plupart de mes histoires, tout naturellement. Généralement je laisse couler les mots et le récit s'inscrit sur le papier. Si d'aventure je cherche à modifier, étoffer l'histoire, souvent je reviens à la première version qui est plus fluide, instinctive. Presque magique.

Mirto, comme quasiment tous mes personnages, est une partie de moi. Il est mû par l'empathie. Si tous les enfants sont touchés par la mort et la souffrance de la marmotte dans le récit, lui se laisse imprégner par cette émotion. Il ne met pas de barrière, ni émotionnelle, ni intellectuelle. Puis il agit sur ce qu'il a ressenti. Il fait un choix – celui de ne plus tuer ni manger d'animaux, de ne plus utiliser leur peau – et il l'assume.

J'ai décidé pour ma part de ne plus manger d'animaux pendant la guerre de Yougoslavie. Il a été clair pour moi à ce moment que ma propre violence n'était qu'une avec la violence que je voyais dans mon poste de télévision, que les actes de barbarie de ces simples gens en situation de guerre étaient présents en nous tous. Je devais agir sur cela, et le premier acte de non-violence, d'ahimsa, était de ne plus manger ni viande ni poisson. Végétarienne, végétalienne et frutarienne pendant un temps, ma pensée a cependant subi plusieurs cahots par la suite. Il me fallait faire  dans tout ça la distinction entre colère et haine, violence et cruauté, autonomie alimentaire... Mirto, lui, se situe dans le domaine du conte. Et comme on laisse les personnages de contes de fées vivre heureux et pour toujours, je l’ai laissé, lui et son clan, à leur nouvelle harmonie. Moi je reste avec mes questionnements, ma vie à vivre et mes autres histoires à écrire…

Un premier éditeur a accepté ce texte à l’époque où je l’ai écrit. Il avait même bénéficié d'une bourse et donc de l'appui du CNL. Puis il s’est ravisé, le trouvant finalement inapproprié pour un public de jeunes lecteurs. J'en ai été très déçue, mais en fin de compte je pense que ce n'était pas le moment pour cette histoire. Quand je l’ai proposé quinze ans après pour la collection Trimestre, aux éditions Oskar, ce qui a plu à ce second éditeur, c’était la façon dont je parlais du choix et de l'acceptation du choix par les autres. Ce n'est facile ni pour les uns ni pour les autres: assumer ses choix demande beaucoup de force, accepter la différence demande de s'ouvrir à quelque chose qu'on ne comprend pas, qu'on estime tabou ou même dangereux.

Je voulais laisser un autre illustrateur faire les images, ayant entre temps perdu confiance en ma capacité à illustrer quoi que ce soit autre que des chèvres et des moutons [les «classiques à succès» de Jennifer Dalfrymple, ndlr] mais j’ai été plus qu'encouragée  par l’éditeur à les faire moi-même – et en cela je le remercie du fond du cœur car il m'a remis le pied à l'étrier! La collection Trimestre possède une unité graphique dont Benoit Morel a défini les grandes lignes: bichromie, images en gravure ou proche de la gravure. Mais inquiète du côté aléatoire de cette technique (un coup de gouge de travers et l'image est changée, je n'ai pas la souplesse d'artiste nécessaire en la circonstance), j'ai opté pour une pseudo gravure à l'ordinateur et ma souris s'est faite gouge! C'est Benoit Morel qui a rajouté le fond ocré et donné cette touche rugueuse et paléo-mésolithique… qui me plaît beaucoup! »

Jennifer Dalrymple (son site ici)

La promesse de Mirto, ou comment le premier humain refusa de tuer l’animal - Auteure illustratrice: Jennifer Dalrymple - Éd. Oskar - Coll. Trimestre Les récits illustrés - 14,95€
Parce qu’il faut donner la mort pour assurer la vie du clan, les enfants qui ont atteint sept ans vont participer à leur première chasse. Parmi eux, Mirto est mal à l’aise et refuse d’achever la marmotte blessée. Il décide alors qu’il ne chassera plus jamais. Et il assume les conséquences de son choix radical. En cette aube des temps où la chasse est indispensable à la survie de l’espèce humaine, Mirto se dépouille des peaux de bêtes qui l’habillent et se nourrit de graines et de fruits. Son choix, d’abord incompréhensible pour les siens, sera finalement respecté, parce que sa décision «illumine tout le clan». Le végétarisme est à la mode mais ici, Jennifer Dalrymple réussit à ne rien éluder des questions que soulève le fait de refuser de tuer des animaux pour les manger. Mirto devient «celui qui fit une promesse à la marmotte» et est accepté comme tel par son clan parce que celui-ci reconnait la diversité des hommes et des choix qui guident leur vie. Le texte de Jennifer Dalrymple est très beau, tout comme ses images qui évoquent des peintures rupestres. Il donne du sens, bien au-delà des modes, au choix de ne pas tuer d’autres êtres vivants pour assurer sa subsistance. Mirto ne juge pas les autres, il décide simplement de respecter, pour lui-même, la promesse qu’il a faite. - Librairie Comptines

Roman graphique très épuré, Etenesh raconte le périple d'une jeune Éthiopienne quittant Addis Abeba en 2004 pour rejoindre, deux ans plus tard, les côtes de Lampedusa en Italie. Son auteur, Paolo Castaldi, nous raconte comme il l’a rencontrée et comment il a décidé de raconter son histoire.


«Tout commence par le fait que je vis à Milan. On peut vivre à Milan dans deux mondes distincts. Maintenir à distance ces deux univers est hélas très facile. Il y a le Milan du shopping, de l’apéritif pris entre amis, de la vie nocturne et des événements culturels, le Milan du divertissement et des paillettes. Et puis, si on y regarde d’un peu plus près, si on y prête un peu plus d'attention, on découvre qu’il y a un Milan parallèle et silencieux. Le Milan de celui qui arrive chargé d’un espoir, d’un rêve caché au plus profond de lui, le Milan de celui qui est en quête d’un futur. L’immigration est un élément important de ce Milan-là – et cela dérange certains… Avec cet album, je souhaitais raconter une histoire qui fasse caisse de résonance avec toutes ces histoires semblables à celle vécue par Etenesh. Pour beaucoup d'entre nous le drame de ces «voyages» reste en réalité méconnu, si ce n'est leur ultime étape parce qu'elle est la plus médiatisée: la traversée de la Méditerranée. Mais celle-ci ne représente qu'un faible pourcentage du parcours infernal de celui qui, par un chemin ou un autre, migre vers l'Italie.
Etenesh, la première fois que je l’ai rencontrée, c'est à travers mon écran de télévision. J’étais en train de regarder un reportage d’Andrea Segre et Dagmawi Yimer, Comme un homme sur la terre, un documentaire poignant qui aborde de front la thématique des personnes qui migrent en traversant d'abord le Sahara puis la Méditerranée. Est alors apparu sur l’écran le visage d’une jeune exilée au regard mélancolique mais fier, qui était  interviewée. Un déclic s’est aussitôt opéré en moi. Cette jeune fille avait une histoire énorme sur les épaules. Je ne pouvais pas me satisfaire des deux minutes de visibilité que lui avait offert ce documentaire. Via le site de la production, j'ai pu entrer en contact avec Dagmawi et avec la jeune fille. Nous avons fixé un rendez-vous à Rome. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés face à face.
Nous avons eu une longue discussion, dense, émouvante, entrecoupée des larmes des uns et des autres. Après trois heures d’enregistrement j’avais l’histoire d’Etenesh entre les mains, l’histoire d’une odyssée dont je devais prendre soin. C’était une grande responsabilité. J’avais dans cet enregistrement deux années de la vie d’un être humain. Deux ans de douleur, de sacrifice et d’espoir. Mais qui étais-je, pour me permettre de m’approprier ainsi son histoire? La question ne faisait que commencer à m'obséder...
J'avais le projet de dessiner et divulguer le récit qu’Etenesh m’avait confié, et ma plus grande peur était de lui manquer de respect. Je pouvais peut-être me laisser emporter ou guider par le métier d’écrivain, rendant trop spectaculaires certaines scènes, romançant trop certaines autres, créant une histoire accommodante et spectaculaire afin de charmer le lecteur. Et c'était tout ce que je voulais éviter. En ce qui concerne le dessin, l'apport et le soutien de Dagmawi ont été précieux. Aujourd'hui Dagmawi est réalisateur en Italie. Mais lui aussi a fui l’Éthiopie et traversé le désert. Son voyage fut très semblable à celui d’Etenesh. Sa description des paysages, des lieux, et même des parfums, m’a été très précieuse. Cela m’a permit de «voir» ce que par chance je n’ai pas eu à voir de mes propres yeux. Il m’a décrit minutieusement chaque détail. Celui des camions qui transportaient les migrants à travers le désert, les uniformes des soldats libyens, les visages...
Et puis j’ai fait de nombreuses recherches pour trouver un traitement qui soit graphique, synthétique mais poétique en même temps. J’ai fait de nombreuses études de visages. J’ai éliminé aussi le passage à l’encre de chine sur les planches, laissant le dessin au trait pur du crayon, libre de raconter, sans la rigidité typique du feutre noir... Ainsi est né l'album dans lequel j'ai essayé de rapporter sur le papier, l'histoire qu’Etenesh m’avait racontée. En étant simplement sincère et honnête comme elle le fut avec moi.»
Paolo Castaldi, traduit par Nathalie Baillot

Etenesh, l'odyssée d'une migrante Auteur: Paolo Castaldi
Collection Histoire
Éditions Des ronds dans l’O 
en partenariat avec Amnesty International
De l’Éthiopie en passant par le Soudan et la Libye, Paolo Castaldi, nous livre l'histoire tragique d'Africains de l'Est, pris dans l'engrenage des circuits de l'immigration clandestine pour rejoindre l'Europe. Avec le récit de leur traversée, dont peu réchappent, le lecteur mesure un peu mieux les enjeux, les rêves, les espoirs portés par ces migrants. Au fil des pages, nous suivons ainsi Etenesh et Yimer Dagmawi, jeunes Éthiopiens en quête de nouveaux horizons, de nouveaux possibles, passant des mains d'esclavagistes à ceux de trafiquants d'hommes. C'est plus d'un an de leur vie dont nous sommes témoins. Aujourd'hui tous deux vivent en Italie et cherchent à transmettre cet épisode de leur vie. Avec cette BD, et particulièrement ses dessins, Paolo Castaldi les accompagne dans cette démarche. Il nous offre des plans rapprochés qui nous plongent dans l'univers effroyable des personnages, mais sans voyeurisme. Les planches, en alternance de couleur sable, kaki et bleues sont tout en sensibilité. Seule couleur chaude, le rouge du vêtement d'Etenesh semble symboliser la détermination et le courage de cette héroïne. - Librairie Jean-Jacques Rousseau

Un texte humain, sensible et percutant: Rien dire, de Bernard Friot



Demain, ce sera au tour de Brahim. De parler. De lui, de sa situation, de ses projets. Mais il n’a rien à dire. De quoi s’agit-il donc? D’une idée de la professeur de français, en vue de préparer ses élèves à l’oral du bac –une classe transplantée, dans un ancien pensionnat à la campagne : cours le matin, ateliers l’après-midi… et, le soir, le « jeu » de la bougie.

L’élève tiré au sort la veille doit prendre la parole devant les autres et la garder le temps que se consume une bougie. Karine vient de terminer, c’est au tour de Thomas, à présent. Mais Brahim n’écoute pas, obnubilé par l’épreuve qui l’attend le lendemain.

Si Brahim admet être un moulin à paroles, il est conscient que sa logorrhée n’a pas d’autre fonction que de lui permettre de «ne pas entendre les mots dans [sa] tête». Aussi, alors que c’est Thomas qui parle, impossible de contenir ce flot de pensées qui pendant une heure environ va envahir le champ de sa conscience.

La crainte obsessionnelle d’avoir un trou à la chaussette droite, le Stollen, l’oncle Walid immigré à Dresde, marié à une Allemande, Anja, leur fils (son filleul) Anton, l’amour qu’il porte à la langue allemande… Au fil de multiples associations d’idées, le monologue intérieur de Brahim culmine dans l’expression, pleine d’une colère et d’une amertume longtemps contenues, de ses griefs à l’encontre d’un pays qui se sera toujours refusé à l’assimiler, tout Français qu’il soit, né de parents Français.

Son «crime»? Avoir des grands-parents nés en Algérie. Par ironie du sort, il ne parle même pas arabe. Un jour, il en est sûr, il partira, quittera la France pour son pays d’élection, l’Allemagne, où son statut bien sûr demeurera celui d’un étranger mais celui de Français, enfin.

Thomas a fini de parler. Brahim n’a rien écouté. Demain, ce sera son tour. C’est décidé, il ne dira rien. Réserve naturelle, honte, peur de n’être pas compris ou d’être davantage rejeté encore? Ce repli sur soi, ce rejet de la parole libératrice, ce silence dans lequel Brahim s’emmure caractérisent bien ceux qui souffrent sans parvenir à l’exprimer. Brahim dira-t-il ou non sa colère? Malgré sa résolution, on peut penser que la suite demeure ouverte.

Par le biais de son personnage, Bernard Friot réussit à donner corps à la douleur et au désarroi éprouvés par ces jeunes «FOI» («Français d’origine incontrôlée»), continuellement victimes de suspicionsa priori, de ce racisme latent qui ne dit pas son nom. Encore une fois, il signe là un texte humain, sensible et percutant. Et quel plaisir, au passage, que de voir louer les beautés et la sensualité de l’allemand, encore trop souvent perçu en France à travers le prisme de clichés consternants!

Thomas Savary, librairie Voyelles aux Sables d'Olonne 
Rien dire - Bernard Friot - Éd. Actes Sud Junior - Coll. D'une seule voix - Date de parution: 2007, réédité en mai 2014

Cécile Roumiguière: «J’ai voulu Lily comme un roman d’émancipation»

Entretien avec une auteure qui «tant que le monde ne sera pas idéal, [écrira], sans doute, des histoires qui dénoncent l’oppression des femmes, celle des plus démunis.»
ANNIE FALZINI: Dans ton roman Lily, tu mêles le monde de la danse et la guerre d’Algérie, pourquoi?
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Le roman a pour embryon un texte… d’album musical. J’avais envie de construire une histoire musicale autour du duo de Lily et de Michel, une sœur et d’un frère trop proches l’un de l’autre. L’absence du frère était le déclencheur de l’histoire. Qu’est-ce qui pouvait retenir un frère loin de sa sœur avec un poids dramatique? Est-ce l’idée de musique? Les Parapluies de Cherbourg se sont imposés à moi, et avec ce film la guerre d’Algérie. La danse vient peut-être de La Goule, le personnage d’une très vieille danseuse qui devient l’amie de Pablo, dans Pablo de la Courneuve. Et l’Opéra de Paris, comme les théâtres à l’italienne, sont des repères qui jalonnent mes routes, je viens de là, j’y retourne par vagues, ils sont mon «royaume à rêves».
ANNIE FALZINI: La guerre, on en découvre l’horreur, je dirais presque à demi-mot, mais tout est dit. C'était nécessaire pour justifier la désertion de Michel. Ce qui est poignant c'est que tout passe par ce qu'il ressent.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Comme le dit son grand-père à Lorie «... la guerre, c’est forcément du in». J’ai beaucoup travaillé les passages, la voix de Michel. Au départ, elle passait par des lettres. Puis la voix en direct s’est imposée. Cela fait écho aussi à la façon dont les médias traitent ce sujet. La guerre, aujourd’hui, on la voit à travers un écran, la télé, l’ordinateur, le téléphone. Elle devient une vignette omniprésente dans nos vies, mais une vignette distanciée, au risque de devenir une image d’Épinal au pouvoir de séduction nauséabond. Alors que la guerre, c’est avant tout des corps mutilés, des êtres humains qui tuent, sont tués, d’autres qui sont faits prisonniers, des idées, des façons de vivre interdites. La guerre, c’est physique. Quand Michel parle de ce qu’il vit, il soulève l’écran, il laisse entrevoir une réalité crue. Le choc peut être rude, mais il me semble salutaire. Lorie en reste muette un moment: « Daddy… On n’est pas dans un jeu vidéo, là. Les mots ne pèsent pas pareil quand on les entend par quelqu’un qui a vécu des choses.»
ANNIE FALZINI: Michel va choisir la liberté, certes une liberté difficile, et Lily aussi va choisir, quitter le classique pour Béjart, ce qui est une forme de liberté.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Les premiers brouillons de l’album aboutissaient déjà à la vitale émancipation de ce lien trop fort entre un frère et une sœur. On était au départ dans une relation mortifère, il fallait s’en libérer. Cette idée d’émancipation court sur tous les thèmes du roman. Ce choix de la liberté, comme tu le dis, est le cœur du roman. Émancipation d’un lien fraternel étouffant, émancipation d’une façon de danser trop rigide, d’une vie imposée par d’autres que soi, émancipation, bien sûr, par rapport à des ordres inhumains avec la désertion de Michel. Oui, Lily est un roman d’émancipation.
ANNIE FALZINI: Dans Lily, de nombreux clins d’œil au cinéma: Les Parapluies de Cherbourg, Demy, Agnès Varda et, peut-être, Les Enfants du paradis. Nino m'a fait penser à Baptiste.
CÉCILE ROUMIGUIÈRE: Tout le livre est un hommage à Jacques Demy. Ceux qui connaissent son univers trouveront des tas de clins d’œil dans le texte, le nom de certains personnages, la couleur de cheveux lilas de Marthe qui est comme une fée pour Lily… Je suis sortie de l’enfance avec Les Parapluies de Cherbourg, ils m’ont fait découvrir la guerre et son inhumanité. Je me souviens de la première fois où j’ai vu le film, c’était sur une télé en noir et blanc, je crois que je n’ai pas pleuré. Comme Lorie, je suis restée muette: alors c’était ça, le monde des adultes? Muette et en colère devant la stupidité des hommes. Agnès Varda, bien sûr! C’est elle, la femme réalisatrice du film sur lequel travaille le cousin de Lily à la fin du roman. J’ai écrit mon mémoire de maîtrise sur Jean Vilar et l’éclairage à partir de ses photos d’Avignon. Elle est là, toujours présente dans les étapes de mon travail. Quant aux Enfants du Paradis, c’est un film que j’évoque dans Dans les yeux d’Angel, un film qui a beaucoup compté aussi. Encore le monde du théâtre… Nino a un côté fleur bleue et un côté sombre. Il est comme ces personnages des films de Demy qui devraient croiser le personnage principal mais ne le font jamais. Au départ, je voulais que ces passages soient comme les pages d’un carnet, avec des dessins, des esquisses, comme aurait pu le faire Cocteau.

Propos recueillis par Annie Falzini, librairie L’Oiseau Lire à Évreux

Lily
Auteure: Cécile Roumiguière 
Éd. La Joie de lire - 14,50€
Romans ados
La vie de Lily a basculé en 1961 quand Michel, son frère qu'elle aimait plus que tout, est parti en Algérie. Elle a seize ans, prépare le concours d'admission à l'opéra et travaille depuis des années pour devenir ballerine. Mais, peu à peu, les lettres de Michel se font rares, puis cessent. Comment continuer à danser, plus rien n'a de sens pour Lily. Et cette guerre, ces «événements» qu'en sait-elle? Peu de choses. Pourtant elle va se trouver mêlée à ce qui se passe en France à cette époque. Et si Michel n'écrit plus, nous, nous découvrons ce qu'il vit en Algérie, ce qui le révolte, ce qui le mènera à la rébellion. Un récit où s'entrecroise, en 1961, la vie de Lily à Paris, celle de Michel en Algérie, et par petites touches, les réactions d’une adolescente d'aujourd'hui. Cette construction du roman nous permet de souffler entre des événements durs, parfois difficiles à supporter. Savourons les clins d’œil au cinéma. Un très beau roman sur une période de notre histoire peu connue des adolescents.
Librairie L'oiseau lire à Évreux

dimanche 14 juillet 2019

Comme Benoîte Groult (1) - Dures à cuire


La quatrième de couverture le dit clairement, cet ouvrage est «pétillant et culotté  ! Et force est de constater que les 50 femmes choisies par Till Lukat sont décapantes. Certes, une fois encore, Marie Curie est au casting (et c’est bien mérité) mais elle ne sert pas comme souvent de caution féministe. Le parti pris de l’auteur (eh oui, c’est un homme !) est ici de mêler femmes inconnues et femmes célèbres dont les vies disent toutes quelque chose d’une manière d’être femmes à travers l’histoire et les continents. Ces femmes ne sont pas toutes formidables et certaines sont même des criminelles, comme Aileen Wuornos dont la vie a été portée à l’écran par Petty Jenkins (Monster avec Charlize Theron extraordinaire dans le rôle de Aileen Wuornos), ou des escrocs comme Thérèse d’Aurignac. Ces «Tuff ladies» comme l’annonce le titre original, sont toutes différentes et leurs histoires rendent justice à la fois à diversité des femmes et aux difficultés qu’elles ont rencontrées dans leur vie, en tant que femmes. 

Un autre aspect intéressant de ce livre est que, écrit et dessiné par un auteur illustrateur allemand qui partage sa vie entre l’Allemagne et le Royaume Uni, il présente des femmes venues du monde entier : les Japonaises Tome Gozen et Mimeko Iwasaki, l’Angolaise Nzinga de Ndongo, l’Iranienne Tahirih, la Russe Valentina Terechkova, l’Indienne Phoolan Devi, les Pakistanaises Shazia Parvee et Malala Yousafzai…

Enfin, dernière originalité remarquable, la forme de cet ouvrage qui propose sur chaque page de gauche un portrait, en situation, dessiné de la personnalité décrite et sur la page de droite une courte bande-dessinée en 4 cases complétée par un bref texte de présentation. 

Plusieurs doubles pages réparties au fil du livre présentent un vocabulaire illustré (noms propres et nom communs) qui vient compléter les portraits précédents.

Pas destiné aux enfants mais parfaitement accessible à des adolescents, Dures à cuire, est, sous une forme très ludique, une lecture très instructive. Un livre engagé et malin à la fois. 


Till LUKAT
Traduit de l’anglais par Julie Étienne
Éd. Cambourakis, février 2016, 123 pages