dimanche 15 juillet 2018

Le foot comme l'air qu'ils respirent : une interview de Baru


«Tel que je l’envisage, le sport ce n’est rien d’autre que le résultat de l’impérieuse nécessité qui veut qu’on fasse d’un chiot un chien : il faut qu’il s’agite …». Claude André a rencontré Baru (son site), auteur de BD qui a décidé de mettre en scène la culture qui était la sienne : la culture ouvrière.  (Un article  paru dans le n°47 de Citrouille, 2007)

A relire les quatre volumes des Années Spoutnik à l’occasion de cette rencontre avec son auteur Baru, on réalise à quel point cette chronique d’une enfance ouvrière au Pays haut, où vivaient et travaillaient côte à côte des familles venues d’Italie, de Pologne ou d’Algérie, a la force des grands récits d’enfance. Les Années Spoutnik c’est de la bande dessinée anti-Titeuf. Quand Baru met en scène avec énergie, tendresse, humour, colère ces enfants bagarreurs, frondeurs, insolents, téméraires, il nous fait sourire, rire parfois, mais il va tellement au delà ! Au cœur de ces affrontements  il y a le football. Mais  ce n’est pas parce que le foot est à la mode, non, c’est parce que tout simplement il faisait partie de la vie de ces enfants là « comme l’air qu’ils respiraient ».

Claude André : Quel était ton projet, avec Les Années Spoutnik?
Baru : Les Années Spoutnik font partie d’un projet beaucoup plus global, largement antérieur à leur réalisation  et qui remonte au moment où j’ai décidé de mettre en scène, via la bande dessinée, la culture qui était la mienne, la culture ouvrière. A partir de là, j’ai fait mon premier album,  Quéquette blues, dont les héros sont des adolescents des années  soixante. Beaucoup plus tard j’ai repris les mêmes personnages, en remontant le temps, et en racontant leurs 9-10 ans à la fin des années cinquante. Je veux dire ce qu’était cette culture ouvrière avant son effondrement lié à la fin de la sidérurgie. J’ai aussi travaillé sur ce qui a suivi cet effondrement, c’est à dire sur ce qui se passe aujourd’hui, avec L’enragé et L’autoroute du soleil. Et je compte aussi parler de la période plus antérieure, celle qui ramènera au début de l’émigration de masse des Italiens en France dans les années vingt. 

Claude André : Dans Les Années Spoutnik les gamins se traitent  de  « Par en haut tête de veau » et de «  Par en bas tête de rat », ils se  castagnent et pour finir ils s’affrontent par match de foot interposé 
Baru : Ce qui m’intéressait avec Les Années spoutnik c’était de faire le portrait d’une classe, la classe ouvrière,  et de voir comment on y devenait un grand, un adulte… De voir comment les petits garçons étaient éduqués à cette époque là pour être prêts à aller à l’usine. Moi j’y ai échappé, mais la majorité travaillait ensuite à l’usine. Il y avait un encadrement, une pression sociale qui s’exerçait sur les petits garçons. Il y avait des choses qu’un garçon devait savoir faire, notamment prendre des coups de poing dans la gueule et ne pas se laisser marcher sur les pieds. Cette éducation liée à l’idée de la virilité encourageait l’usage de la violence et reposait sur la culture de la force. D’une manière spontanée, dès qu’il y en avait un qui voulait te dépasser, tu lui rentrais dedans, et ça finissait en coup de poing sur le pif ; ou alors c’était un peu plus ritualisé et il y avait des conflits entre les cités de la Vacherie et celle de « Par-en-bas », ou entre ceux de « Par-en-bas » et ceux de « Par-en-haut ». Il y avait tout un arsenal très codifié d’affrontements, commençant par les insultes, passant par des affrontements individuels, et ça allait jusqu’à des formes très élaborées de cette culture de l’affrontement. L’aboutissement en était souvent le match de foot. Le match de foot que je décris dans Le penalty, le premier tome  des Années Spoutnik, n’est pas aussi structuré qu’un match de foot officiel : il n’y a pas de terrain, pas de but, pas de gazon, pas d’arbitre, pas d’entraîneur, mais juste des gamins qui tapent dans le ballon avec pour  seuls spectateurs quelques adultes, voire un seul badaud. Mais toujours avec adulte. Je ne me souviens pas d’un match qui n’ait pas eu un adulte comme témoin, un adulte qui intervenait quand il trouvait que ça commençait à dégénérer. Tout ça c’était très ritualisé, il y avait des lieux, soit c’était « Par-en-haut » soit c’était « Par-en-bas ». Tout cela contribuait à la socialisation définitive  de ces garçons de 10-11 ans, c’est à dire à la canalisation de leur énergie hormonale grâce à leur inscription à un club de foot très officiel. Moi, ce fut celui de la Jeunesse Sportive de Thill… Je réalise aujourd’hui que cette pratique sauvage du foot  ne proposait rien d’autre qu’un lieu où s’apaisaient les conflits. Quand ceux de «Par-en-haut» battaient ceux de « Par-en-bas » les choses étaient claires, jusqu’à la fois suivante…

Claude André : Donc le sport, le foot, c’est ce qui canalise, tout en la valorisant quelque peu, l’agressivité de tous ces gamins ?
Baru : Tel que je l’envisage, le sport,  surtout dans la première partie de la vie, ce n’est rien d’autre que le résultat de l’impérieuse nécessité qui veut qu’on fasse  d’un chiot un chien : il faut qu’il s’agite. Ça n’a rien à voir avec le sport tel qu’il est organisé aujourd’hui de façon très structurée. Quand je parle du sport, je le conçois dans sa forme la plus primitive. Le sport tel qu’il est organisé aujourd’hui, ça ne m’intéresse pas. Je ne parlerai jamais de la vie de Michel Platini… Ça ne m’intéresse pas du tout. Quand j’ai travaillé pour les Japonais c’est ce qu’ils m’avaient proposé : parler du football à la japonaise, avec des matchs à n’en plus finir, la vie des joueurs, leur rivalité à  l’intérieur du football. Moi  je n’ai pas envie de faire ça. Le sport ne m’intéresse pas en tant que sport. Je ne dessinerai jamais un match de foot pour savoir qui va gagner, les enjeux… Quand j’étais gamin, je ne savais même pas que le mot sport voulait dire autre chose que football ou vélo. J’ai découvert qu’il existait d’autres sports comme le handball ou le basket  très tard, quand la télévision est arrivée ; quand j’ai découvert qu’on pouvait jouer au ballon avec les mains j’en suis resté sur le cul. Le foot, pour moi, c’était du sport sans être du sport, c’était pareil que ce que je mangeais à la maison ou que l’air que je respirais, ça faisait partie intégrante de ce que j’étais. Alors que le mot sport lui, recouvre des pratiques qui sont extérieures à soi et auxquelles on peut éventuellement adhérer : on va faire du basket, on va faire de l’escrime. Je peux en parler de ces pratiques, je suis prof de gym, et donc le sport j’ai vu ce que ça pouvait être…

Claude André : Dans Les années Spoutnik les gamins s’affrontent pour conserver leur terrain de jeu, il y a des lignes frontières à ne pas dépasser, on se dispute le terril… Ça se règle par le sport, parfois, mais ce sont aussi de vrais affrontements pour des questions de territoire…
Baru : Tout à fait. Après tout sur un terrain de foot, quand tu empêches le ballon de rentrer chez toi tu empêches l’ennemi de t’envahir. Dans sa forme mais aussi sur  le fond, le foot renvoie à une vision guerrière. Ce qu’il faut savoir c’est que le foot et le rugby, avant qu'ils ne se séparent,  viennent d’une pratique antérieure qu’on appelait la soule. La soule c’était deux villages qui s’affrontaient  avec une balle ou une boule qu’il fallait amener d’un village dans l’autre. L’espace d’affrontement était monumental et tous les coups étaient permis, c’était le moment où tout le monde réglait ses comptes. C’était dangereux, il y avait parfois des morts… Après on a policé tout ça et d’une manière générale le sport qui était l’expression d’une rivalité s’est  civilisé grâce à  la mise en place de règles. La boxe, par exemple a commencé par être bestiale, avec des combats qui duraient des journées, sans règles, sans gants, et peu à peu on l’a policée pour lui donner une forme socialement acceptable qui permette aux participants comme aux spectateurs d’abaisser leur  niveau d’agressivité et d’accéder à une acceptation de l’autre. A partir du moment où on acceptait les règles on devenait fréquentable.

Claude André : Les affrontements se ritualisent, mais le vocabulaire utilisé, lui, reste guerrier, non ?
Baru : C’est un phénomène remarquable et qui s’est encore exacerbé. Il est probable que lorsqu’on a inventé le sport moderne, ce n’était pas aussi flagrant qu’aujourd’hui. A partir du moment où le sport est devenu une affaire colossale, internationale, quasiment une affaire d’état, le vocabulaire guerrier a fait un retour en force. C’est comme un retour du refoulé.

Claude André : Cela m’a énormément frappée au moment du mondial, à commencer par cette devise  des bleus  "Vivre ensemble, mourir ensemble" ! et certains gros titres de la presse qui évoquaient davantage un conflit qui allait marquer à jamais l’histoire plutôt qu’un jeu… En passant  devant la maison de la presse  où les gros titres étaient affichés côte à côte dans la vitrine j’ai cru un court instant que la troisième guerre mondiale était déclarée…. 
Baru : Ce qui est étonnant c’est que personne ne s’offusque de cet usage de la langue. Moi j’adore le foot, c’est l’affaire de ma vie le football, et jamais je ne me suis offusqué de ce genre de vocabulaire… Pour moi c’est un bruit… Sauf que ceux qui en font usage m’agacent et que je sais que ça renvoie à une réalité. Je sais aussi qu’après on débouche sur le Heysel… Je ne dis pas que c’est à cause du vocabulaire guerrier qu’on arrive au Heysel, mais les deux sont le symptôme d’une réalité du sport.

Claude André : La ritualisation est fragile, et sur les marges il y a ceux qui ne l’acceptent pas….
Baru : Ils  prennent la proposition au pied de la lettre, l’autre est vraiment un ennemi.  «  Si tu viens ici j’te tue ».  Et effectivement ils le  tuent...

Claude André : Ce qui m’a marquée quand j’ai vu en direct les affrontements du Heysel ce sont ces morts dont les supporters ne savaient rien alors que le match reprenait, je n’ai pas supporté que ce match reprenne…
Baru : Quelquefois je me dis que ce qui se passe aujourd’hui sur les stades, les hooligans, tout ça, c’est né au Heysel. A partir du moment où on peut jouer au ballon à côté de 10 morts quelles sont les limites entre  ce qu’on a le droit de faire ou de ne pas faire ?

Propos recueillis par Claude André - 2007 

François Bégaudeau : «Les phénomènes que vous évoquez ne sont pas créés par le jeu appelé football, ils en sont un dévoiement»

Un entretien avec François Bégaudeau, publié en 2009 dans Citrouille, à l'occasion de la première parution de son roman L'invention du jeu

— T’as fait quoi aujourd’hui maman ?
— J’ai écrit à François Bégaudeau pour lui demander une interview.
— …
— L’auteur de Entre les murs.
— Ah…
— Il écrit dans So Foot.
— Wahouhh trop classe ! C’est comme Onze Mondial mais avec des articles à la place des pubs !

Les ados, mêmes passionnés de football à haute dose, ont un aussi cerveau. Leurs petits frères et sœurs itou. François Bégaudeau, auteur né sur les terrains de foot nantais, s’adresse à eux pour la première fois. Il leur parle de ballon rond – d’une sphère qui sent la vache et roule sur elle-même quand on la touche – dans une fable animalière tendre, lucide, morale et drôle. Interview.


Corinne Chiaradia : En librairie jeunesse, on trouve une multitude de documentaires pour tous les âges sur le foot, des albums, des romans, des séries entières consacrées au foot. Votre avis sur cette profusion ?
François Bégaudeau : Je ne pensais pas que c’était à ce point. Je suppose que les éditeurs parient sur la prédilection très répandue et surtout très précoce (3-4 ans, dans mon cas) des enfants, et notamment des garçons, pour ce sport. Pas très original. Ça deviendrait plus intéressant si des petites filles se laissaient attirer par ce magma. C’est peut-être le cas. Je l’espère.

Corinne Chiaradia : L'invention du jeu n’appartient à aucune de ces catégories… Mythe fondateur en sept chapitres, fable animalière à 24 personnages (deux fois douze apôtres ?) et un ballon, exercice de style qui réinvente le plaisir du jeu collectif… Comment le définissez-vous et à qui est-il destiné ?
François Bégaudeau : Difficile pour moi d’identifier un objet que j’ai voulu non-identifiable. Disons que c’est un conte fantaisiste. J’y ai développé un goût pour le récit qui s’aperçoit dans mes travaux « adultes ». Je l’ai écrit pour tout le monde. Pour moi livre jeunesse ne veut pas dire livre exclusivement destiné aux jeunes ; cela veut dire livre pour tous, y compris les jeunes.

Corinne Chiaradia : À quel moment avez-vous décidé d’adopter ce style si particulier d’écriture, mêlant sagesse (les petites maximes en fin de chapitre) et loufoquerie, langage fleuri et précision de l’intention ?
François Bégaudeau : C’est venu en cours d’écriture. Écrivant ce texte je me suis senti très libre, très disponible à ce que suggéraient les phrases en tombant sur la page. Par exemple une première maxime en a appelé d’autres. Et puis la mouche s’est mise à zozoter, etc. Quant au mixage entre loufoquerie et précision, c’est celui que j’essaie de développer en permanence. J’ai deux pentes quand j’écris : la captation du réel, et le glissement fantaisiste. En pariant sur le fait que le second sera d’autant plus efficace et jouissif que la première sera juste.

Corinne Chiaradia : Chaque chapitre est construit sur la « découverte » d’un geste et de fondamentaux du foot – le toucher, la frappe, le dribble, le but, le partenaire, l’échange, le face à face, l’invention de l’équipe et de la passe… Qu’est-ce qui a motivé votre désir de retour aux sources, aux premiers gestes ?
François Bégaudeau : Pour moi l’écriture jeunesse – et peut-être la littérature tout court, ou plus précisément la poésie – a quelque chose à voir avec le primitif. On remet les choses à plat, on gomme le vernis d’époque ou les complications pseudo-psychologiques, et on revient aux problématiques fondamentales de l’existence. Une créature est seule, puis elle en rencontre une autre, puis une troisième. Comment vivent-ils ensemble ? Comment se parlent-ils ? Appliqué au foot, cela revient à reprendre ce sport par le plus simple : le ballon, l’herbe, le pied.

Corinne Chiaradia : Que s’est-il passé le 3 mai 1876 ?
François Bégaudeau : C’est le genre d’entourloupe dont je suis un coupable récidiviste : cette date a la couleur de la précision encyclopédique, elle est crédible comme date fondatrice du foot, et pourtant elle est complètement loufoque. Si ce n’est que c’est ma date de naissance à deux ans près.

Corinne Chiaradia : Vous ne donnez pas le résultat du match, vos personnages n’inventent pas la compétition… Le désir de gagner, le plaisir de la victoire ça compte beaucoup pourtant dans le jeu entre enfants… Est-ce le 8e chapitre où tout se gâte que vous ne vouliez pas écrire ?
François Bégaudeau : Cette question est tellement pertinente que je me demande si la problématique de la compétition ne va pas impulser une sorte de suite. Par exemple les personnages s’engueulent et donc en viennent à réfléchir à comment détourner le conflit en grâce. Ressurgira ce qui est pour moi une question centrale : comment négocier avec nos affects négatifs, avec nos passions tristes (envie, jalousie, ressentiment, etc)

Corinne Chiaradia : Vos personnages sont de tous genres et de tous sexes – mammifères, insectes, mollusques, oiseaux et même une ampoule électrique. Le jeu de ballon c’est un langage universel ? Un antidote contre le racisme ? Ce n’est pourtant pas ce que l’on voit aujourd’hui dans les stades (du district à la première ligue) où les insultes fusent…
François Bégaudeau : Vous savez, je suis intarissable sur ces sujets, dans So foot ou dans ma chronique hebdomadaire pour Le Monde. Mais là je ne voulais que retrouver la jouissance élémentaire du foot, et plus généralement, comme le titre l’indique, celle du jeu. Les phénomènes que vous évoquez ne sont pas créés par le jeu appelé football, ils en sont un dévoiement. Le foot ne charrie toute cette saloperie que parce qu’il est ultra-populaire et devient comme la doublure du réel social.

Corinne Chiaradia : Pourquoi le vert-rouge-noir de la couverture ? Jean-Luc le chat gaucher est-il italien ? N’est-ce pas aujourd’hui du côté de l’Espagne et du Barça qu’on trouve le plus beau jeu collectif de la planète ?
François Bégaudeau : Je vois que madame est parfaitement renseignée, et je suis un grand admirateur du Barça actuel. Mais les couleurs de l’Italie, ça ne se refuse pas. Peut-être parce que c’est par excellence le pays du jeu (de la comédie en tout cas). [Suite de l'interview sur le site de la Librairie Comptines]

Propos recueillis par Corinne Chiaradia, août 2009. 



L'invention du jeu
François Bégaudeau
Éd. Hélium

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Du foot et des filles...




En Angleterre en 1921 les femmes furent bannies des terrains des clubs de la Football Association, quand après un match de Noël ayant rassemblé plus de 53000 spectateurs, les dirigeants de la F.A. redoutèrent que le football féminin dépasse en popularité celui des mâles ; une exclusion levée en... 1971 ! Une information extraite de La Passion du football, Hugh Hornby, éd. Gallimard - [Un article de Corinne Chiaradia paru en 2007 dans le n°47 de Citrouille]


D'une part, le football est sans conteste une valeur sûre de l’édition jeunesse, pas forcément en termes de qualité d’écriture (quoique cela arrive aussi) mais en termes d’accroche. Il suffit de consulter quelques catalogues d’éditeurs pour constater que « Football » est souvent une entrée thématique référencée, ce qui n’est pas le cas de « Politique », « Machisme » ou « Bobsleigh ». Ce sport partage avec la danse et l’équitation le privilège de séries dédiées (Gagne ! chez Pocket, ou Fooot ! chez Bayard). D'autre part le football féminin, quant à lui, s’est développé à la fin du XIX siècle et a été popularisé en Angleterre (entre autres par le « British Ladies Club » de Londres). De nombreuses filles le pratiquent aujourd’hui et il existe d’ailleurs une Coupe du monde féminine (dotée d’un trophée plaqué or quand celui du Mundial masculin est en or massif 18 carats...). Pour les enfants, la mixité est la règle théorique dans les clubs français jusqu’à treize ans. La pratique du foot par les filles reste toutefois encore étonnamment discrète en France. Une discrétion reflétée par l’édition jeunesse ? Quelle est la place faite aux têtes, aux mollets et aux cœurs féminins dans les pages footballistiques à destination des jeunes lecteurs ? Comment les filles y tiennent-elle les rôles de supportrices et/ou joueuses et/ou empêcheuses de dribbler en rond ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes jetées pieds en avant dans la lecture de quelques albums et roman footballeux. Bien sûr ce ne sont que quelques exemples, pris presque au hasard de nos tables de libraires. Mais impossible de faire le tour de tout ce qui s’écrit et se dessine autour d’un ballon rond sur fond vert, tout Citrouille y passerait !

Parmi les livres recensés, certains ont une fille pour personnage principal. Ils sont assez rares, mais existent depuis qu'en 1995, avec Fous de foot de Fany Joly, les apprenties footballeuses ont effectué une entrée remarquée en littérature jeunesse. Ce roman retrace avec humour les déboires d’une jeune adepte qui peine à se faire admettre dans l’équipe locale, quand bien même elle serait une excellente recrue. En guise de représailles anti-sexistes, elle imagine monter une équipe féminine, mais ne rencontre que scepticisme et raillerie de la part de ses congénères. Tout finira bien quand l’occasion lui sera donnée de montrer, enfin, son coup de pied magique. Ce roman connut un très vif succès et, couronné par plusieurs prix, il a été plusieurs fois réédité. Sa trame est des plus classiques et il représente bien la catégorie des footballeuses héroïques que l’on nous présente sur le mode défensif, victimes de moqueries ou de l’incrédulité des joueurs, des entraîneurs ou de leur propre entourage. C’est aussi le cas de Monelle (Monelle et les footballeurs, de Geneviève Brisac), une pionnière dans son collège où aucune fille n’a jamais joué au foot, comme le lui apprend la conseillère d’éducation, prévenante. Idem pour la mal-aimée Agathe (Je ne suis pas comme toi, d'Isabelle Rossignol), dix ans et une sainte horreur des tares féminines : jupes, danses, minauderies… et émotions. Agathe met autant d’acharnement à ne pas montrer ses sentiments qu’à perfectionner ses tirs au but. Sa mère ne partage pas la passion du ballon, ni le goût pour les survêtements de sa fille. Ce roman, d’une grande sensibilité, est moins le portrait d’une footballeuse en herbe que celui d’une gamine écorchée vive qui a toutes les peines du monde à dire « je t’aime » et à communiquer avec sa mère. À noter qu’une bagarre à l’école est punie par un concours de rédaction pour toute la classe, où la consigne est de créer un héros de sexe opposé au sien. Agathe écrit tranquillement : « Je m’appelle Martin et j’ai neuf ans. Tout le monde me traite de fille parce que je fais de la danse. »

D’une manière générale, on regrette un peu que les livres qui mettent en scène des footballeuses appliquent souvent les mêmes tics et travers que ceux qui ont des garçons pour héros : survalorisation de la compétition, du champion, du gagneur... L’égalité est-elle à ce prix, jusque dans les albums et documentaires pour les plus petit(e)s ? Monelle ne s’en sort que parce qu’elle est surdouée et marque des buts... Lutter contre le machisme par le vedettariat ? Il semble que l’excellence soit indispensable pour pratiquer un sport quand il y a opposition. Au fond, ce n’est pas si réjouissant... et pas sûr que cela rassure les petites filles qui voudraient – simplement – s’amuser avec un ballon, sans être pour autant des zidanettes en herbe... Mais cette règle souffre quand même quelques belles exceptions, qui « jouent le jeu » de la mixité, ou au moins de l’égalité des plaisirs et talents potentiels, sans transformer le moindre personnage féminin en wonderwoman ou en pom pom girl… Rotraut Susanne Berner avec Tommy joue au foot offre un album qui ne nous parle pas d’un « super-héros-footballeur-futur-champion-du-monde » mais qui met en scène une après-midi de jeu familial et débridé. Voilà du foot-plaisir, totalement mixte (jeunes, vieux, petits, gros, grands, hommes, femmes, enfants, famille, voisins, passants, taupes et canards). Garçons et filles partagent le même plaisir de jouer, la même énergie loufoque et sérieuse à la fois... Dans Le Match d’Alice (d'Arnaud Almeras et Béatrice Rodriguez), une petite fille après une partie improvisée avec son père et d’autres grands garçons décide d’organiser un match pour son anniversaire : c’est bien mieux que la danse (qui fait fuir les garçons) ou la pêche aux canards. Cette première lecture sympathique parle bien du plaisir de jouer à six ans, que l’on soit fille ou garçon. Le tout introduit par une relation père/fille crédible. En fait, les hésitations d’Alice au départ tiennent moins à son inexpérience (« c’est du sérieux... il y a des grands... ils jouent avec un vrai ballon ») qu’à son sexe. Un progrès !

Voyons maintenant du côté des titres, pléthoriques, qui ont un garçon pour héros. Comment les personnages féminins y interviennent ou pas, sur le terrain ou dans l’entourage des joueurs... Première impression : les filles y brillent d’abord souvent par leur absence. Aucune fille à l’horizon dans le documentaire première découverte Football, ni dans le grand classique Fous de football de Colin McNaughton : bien qu’il s’agisse de jeu amical avec des supporters bon-enfants, de foot de quartier (l’Ajax d’Alexandre contre le Real d’Isidore), ours, chien renard, cochon, lapin se partagent le terrain… mais de femelle point ! Marcel le magicien (d'Anthony Browne) affronte, quant à lui, sa peur et des gorilles, mais aucune guenon. Idem pour Le Footballeur Totof de Lionel Koechlin ou Footballeur tout court de Dedieu. Celui-ci, qui introduit une bonne dose d’humour dans un monde de poncifs, nous montre un lapin bleu arborant du seyant maillot jaune orné d’un énorme 10 rouge, un lapin bleu qui sait jongler avec le ballon, se blesse, se dore la pilule à la piscine, fait aussi des publicités et des lessives presque tous les jours… sauf que, c’est un lapin rose qui étend le linge. Normal, puisque quand on est footballeur « on se marie avec des blondes ».

En revanche il existe moult nouvelles et histoires courtes mettant en scènes des situations variées du point de vue masculin/féminin. Le recueil Droit au but (nouvelles de W. Crouch, P. Dixon, A. Gibbons, M. Hardcastle, A. MacDonald) est à ce titre un bon exemple. Il rassemble cinq textes dans lesquelles les matchs et la technique se tirent la part du lion. Cela dit, l’ensemble est plutôt plaisant dans la diversité des situations et des caractères qu'il expose et, au-delà des anecdotes, chaque histoire est une variation sur l’esprit d’équipe et l’amour du sport. Trois nouvelles sur cinq ont un élément féminin. Dans la première (Que du bonheur ! d’Alan Gibbons), la sœur de l’un de joueurs est au cœur de l’enjeu d’un tournoi local, dont les vainqueurs recevront un prix en argent à affecter à un projet de solidarité : or Ramila est très malade et la victoire aiderait à financer son opération aux États-Unis. Ramila n’intervient pas en tant que personnage actif dans l’histoire, juste comme une figure tutélaire, un argument (de poids !) à la motivation des joueurs. La cinquième nouvelle (Droit au but de William Crouch) a pour cadre une équipe en perte de vitesse, dont la cohésion est malmenée par Sydney, un avant-centre exécrable mais surtout le fils d’un gros sponsor. Tous les joueurs rêvent de se débarrasser de Sydney (qui d’ailleurs n’aime pas le foot) sans fâcher son père... La solution viendra du côté des deux seules filles de cette équipe mixte : elles sauveront l’équipe, l’une grâce à son ingéniosité, l’autre la balle au pied. Enfin, L’affaire est dans le sac ! de Peter Dixon, clôt le recueil du côté du clin d’œil, nous invitant à partager les tourments de l’immodeste Jason, capitaine de l’équipe de Tanner, condamné à admirer de loin l’irrésistible Thalia, elle-même capitaine des supporters et pom pom girl, laquelle préfère la compagnie d’un « Grand Nul » à celle du futur David Beckham, ouf !... Pour un panorama quasi exhaustif des clichés, préférez le seizième volume de la collection Fooot ! intitulé Coup franc ! où une jeune fille, belle, blonde, fragile, très intimidante pour les garçons et pas très douée au lycée, sème la zizanie dans l’équipe de Miraval en sortant alternativement avec les deux leaders, Louis le gentil bon élève et Jan le taureau (lequel était d’ailleurs l’ex-petit ami de la sœur de Louis, qui projette de se venger en créant une équipe féminine de débutantes). On croit rêver… Pour se rassurer, je conseillerai la lecture de deux bons romans, qui bien qu’il n’y soit pas question de mixité sportive, présentent une qualité d’écriture et de composition qui les tient éloignés du prêt-à-penser sexiste.

Une équipe de rêve (de Sergio Olguin), tout d'abord, qui met en scène trois jeunes de Buenos Aires - Ariel, Pablo et Ezequiel - unis par leur passion du foot, bien qu’aucun n’envisage une quelconque carrière professionnelle. Ariel travaille dans l’épicerie de son oncle, en bordure du bidonville de Fiorito. C’est de là qu’il voit pour la première fois une jeune fille, Patricia, qui sera l’élément déclencheur de l’intrigue. Les trois amis seront amenés à franchir la frontière de ce territoire interdit, hostile - le bidonville - à la recherche du tout premier ballon de Maradona, volé au père de Patricia. Patricia n’est ni maman ni putain, et si elle ne partage pas l’ardeur footballeuse des garçons, elle connaît le sens profond du cadeau que Maradona fit jadis à son père, et comment il lui a ainsi sauvé la vie. Elle sait également que les rivalités qui se jouent sur les terrains de foot de son pays et de son « quartier » ne se résument pas à un enjeu sportif. Plus arrière-plan que sujet du roman, le foot y est présent comme une donnée sociologique essentielle (seuls deux matchs sont décrits, brièvement et violemment). Une équipe de rêve est ainsi moins un roman d’apprentissage sportif, qu’un roman d’initiation, initiation à la complexité des relations homme-femme comprise.

Enfin, je dirai quelques mots du Gardien (de Malcolm Pett), sans conteste l’un des meilleurs titres de notre échantillon. Par sa qualité d’écriture, sa puissance évocatrice et son étrangeté, qui emportent l’adhésion au-delà de l’intérêt pour le sport. On croit avoir affaire à un récit-type « naissance et ascension d’un champion né dans la misère » et l’on se trouve confronté aux souvenirs d’un homme complexe, pétri de doutes, et moins attaché à sa réussite qu’à ses origines, aussi troubles soient-elles. La même attention est portée à la description de la forêt, de la faune et de la flore amazoniennes, à la relation ambiguë du héros à son mentor ou aux techniques de domination psychologique de l’adversaire. Le mystérieux gardien, qui initie le narrateur, tient un rôle de passeur entre deux personnages féminins secondaires mais très forts, les deux seules figures féminines intervenant dans le récit. D’une part la mère, aimée et crainte, rêve pour son fils d’une réussite passant par les études. Un rêve d’ascension sociale totalement inaccessible, au point que l’enfant pour ne pas blesser sa mère s’invente une passion pour la botanique afin de justifier ses entraînements en forêt... À l’opposé, cette autre femme, bourgeoise richissime, qui propose au jeune El Gato son premier contrat dans un club digne de ce nom, c’est-à-dire loin de la boue des chantiers de déforestation, loin de celui qui lui a tout appris… et loin des rêves d’instruction maternels. Le livre ne nous dit pas – et c’est heureux – de quel côté penche la femme de footballeur idéale !

Corinne Chiaradia, Librairie Comptines à Bordeaux - 2007, Citrouille n°47


Références des ouvrages cités

Coup franc !
Patrick Bruno, éd. Bayard jeunesse, coll. Bayard poche « Fooot ! »

Droit au but
W. Crouch, P. Dixon, A. Gibbons, M. Hardcastle, A. MacDonald, ill. Pierre Bailly, traduit de l’anglais par Bertrand Ferrier. Éd. Gallimard jeunesse, coll. Folio junior

Le Football
Pierre-Marie VALAT (texte & ill.), Donald GRANT, Jame’s PRUNIER (ill.), éd. Gallimard jeunesse, coll. Mes premières découvertes techniques

Footballeur
Thierry DEDIEU (texte & ill.), éd. Seuil jeunesse, coll. Les métiers de quand tu seras grand

Fou de football
Colin McNAUGHTON (texte & ill.), éd. Gallimard jeunesse

Fous de foot
Fany JOLY & Christophe BESSE (ill.), éd. Casterman, coll. Casterman cadet

Le Gardien
Malcolm PEET, traduit de l’anglais par Olivier Malthet, éd. Gallimard jeunesse, coll. Hors-piste

Je ne suis pas comme toi
Isabelle ROSSIGNOL, éd. L’École des loisirs, coll. Neuf

Marcel le magicien
Anthony BROWNE, éd. Kaléidoscope

Le Match d’Alice
Arnaud ALMÉRAS (texte) & Béatrice RODRIGUEZ (ill.), éd. Bayard jeunesse, coll. Mes premiers j’aime lire

Monelle et les footballeurs
Geneviève BRISAC, éd. L’École des loisirs, coll. Neuf

La Passion du football
Hugh HORNBY, Andy CRAWFORD (photos originales), en association avec le musée du football à Londres, adaptation et traduction Véronique Dreyfus, éd. Gallimard, coll. Les Yeux de la découverte

Tommy joue au foot
Rotraut Susanne BERNER (texte & ill.), éd. Seuil jeunesse

Une équipe de rêve
Sergio S. OLGUIN, trad. de l’espagnol (Argentine) par Laura Ciezar, éd. Seuil / Métailié

« Je me demande si le foot ne parle pas d’écriture.» (une interview de Jean Noël Blanc)




Jean-Noël Blanc est né en 1945. Ecrivain, sociologue spécialisé dans l’architecture et l’urbanisme, Il vit à Saint-Étienne. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, publiés en adulte et en jeunesse. Madeline Roth (Librairie L'Eau Vive) a eu envie de le rencontrer. - Un article paru dans le n°47 de Citrouille (2007)

Dans Jeu sans ballon, Jean-Noël Blanc fait dire à son personnage : « Un footballeur, c’est quelqu’un qui fabrique du rêve pour lui et qui le distribue tout de suite aux autres ». Moi je n’ai pas la télévision, je ne regarde pas les matchs de foot, et malgré toute une famille – ou presque – partagée entre l’Olympique Lyonnais et Saint-Étienne, je n’aime pas ça. Mais j’ai lu Jeu sans ballon, et j'ai ressenti un plaisir immense. L’écriture, c'est sans doute ça aussi, du rêve que l’on distribue. … J’ai lu Jeu sans ballon, parce qu’avant j’avais lu Fil de fer, la vie, Bardane, par exemple, ou encore Tête de moi. Et qu’il y a, dans les textes de Jean-Noël Blanc, une parole qui me touche. Qui dit le petit dans le grand, qui dit l’homme dans l’Histoire. Plusieurs de ses textes sont comme des « romans par nouvelles » : des recueils de nouvelles dont chaque texte peut être lu indépendamment, mais dont l’ensemble constitue une sorte de « roman éclaté ». Dans plusieurs textes également, Jean-Noël Blanc mélange le sport et le polar : magouilles financières du football, dopage au cyclisme, combats de chiens. Petite interview, trop courte, sur le sport et l’écriture, autour de deux de ses livres, Jeu sans ballon et Tête de moi.


Madeline Roth : La dernière nouvelle du recueil Tête de moi se termine par ces mots : « Je me demande si le foot ne parle pas d’écriture. Le foot m’a peut-être appris à écrire ». Quel rapport établissez-vous entre le sport et l’écriture ?
Jean-Noël Blanc : C’est un rapport assez curieux, plus évident si l'on rapporte l'écriture aux sports individuels (pas mal d’auteurs sont d'ailleurs adeptes du vélo…). Mais de toute façon, même si l’on est en groupe, le sport c'est un effort que l’on fait seul. Et c'est cet effort solitaire qui ressemble à l’écriture d’un roman. Dans le sport, il s’agit de trouver l'équation exacte entre la pente, la force qu’on a, la respiration, le développement. Pour écrire c’est un peu pareil. Il faut réussir à faire la synthèse de plusieurs choses, dont des aspects très techniques. Je dis souvent que mon plaisir au foot, c’est de faire une belle passe. En bien avec l’écriture, c’est pareil. Mais en France, il y a une saleté d’opposition entre les intellectuels et les sportifs. Les intellectuels ont une attitude méprisante envers le sport. Ça ne serait pas digne, le sport. Aux Etats-Unis ce n’est pas comme ça. Il y a beaucoup de romans américains qui tournent autour du sport, et notamment de la boxe. En France, très peu. Et dès qu’un écrivain écrit quelque chose sur le sport, on tient ça avec des pincettes.

Madeline Roth : Pensez-vous que le sport a une place particulière à tenir en littérature jeunesse ?
Jean-Noël Blanc : Oui, surtout pour les garçons et notamment ceux "qui ne lisent pas". Parce qu'avec un texte qui parle de sport, ils lisent. J’ai des retours qui me le montrent. Aussi le sport peut -t-il occuper une place singulière à cet endroit, mais à condition qu’on ne fasse pas des bouquins édifiants. A condition que le sport ne devienne pas le prétexte pour faire passer une belle leçon de morale, où tout se termine bien. Parce que ça, c’est un réel mépris pour les lecteurs. Et un réel mépris de l’écriture. Lorsque j’ai commencé la nouvelle Tête de moi (un jeune boxeur, Nouredine, se fait tabasser par des skins), je ne savais pas du tout que je parlerais de ça, que j’écrirais cette fin parfaitement injuste, parfaitement dégueulasse. Et c’est peut-être ce qui fait la force de ce texte : t’as une saleté dans les doigts, t’en fais quoi ? Les lecteurs comprennent très bien. Dans une des rencontres que je fais avec les lecteurs, une jeune fille, une fois, n’osait pas poser sa question. Elle a attendu que tout le monde sorte et elle venue me demander si pour gagner il fallait être méchant. Oui, il faut être méchant, contre soi-même, pour aller aussi loin qu’on peut. C’est pas du tourisme. C’est d'ailleurs ça qui frappe les ados, c’est ça qui les intéresse. Le sport ce sont des histoires humaines. Des hommes ou des femmes qui se dépassent, qui vont au bout d’eux-mêmes. Et cela arrive très peu ailleurs - sauf peut-être dans des états amoureux extrêmes, ou à la guerre, mais je n’ai pas trop envie de parler de la guerre… Le sport ça raconte toujours une histoire. Y’a les bons et les méchants. Des renversements de situation, la peur, les méchants, les traîtres. C’est une histoire.

Madeline Roth : Ne pensez-vous pas que les jeunes qui font du sport de haut niveau y laissent un peu de leur enfance ? Dans Jeu sans ballon, on a le sentiment qu’il a vraiment vieilli trop vite, ce personnage…
Jean-Noël Blanc : Jeu sans ballon, c’est un roman d’initiation qui dure le temps d’un match. 90 minutes au lieu d’une année… C'est pour ça. Autrement oui. on peut sans doute y perdre de l’enfance. Maintenant, quand d’anciens coureurs du Tour de France me parlent du passé, je les vois vraiment heureux. Ce sont de grands gamins, ils ont des souvenirs extraordinaires. Finalement, peut-être qu'alors l’enfance se retrouve sur le tard…

Propos recueillis par Madeline Roth, Librairie L’Eau Vive - un article paru dans le n°47 de Citrouille en 2007

Jeu sans ballon
Jean-Noël Blanc
Points virgule, Seuil
La finale de la Coupe des Coupes au mythique stade du Nou Camp, à Barcelone, vécue du banc de touche par un adolescent. Le récit se déroule en trois temps. Première période, mi-temps, seconde période. Les voix alternent, entre le joueur qui ne joue pas et les commentateurs télé. Le match qui se joue et dont l’on parle ici, c’est aussi le match d’une vie, le récit d’un gamin de banlieue parachuté dans l’argent, la gloire et le rêve.


Tête de moi
Jean-Noël Blanc
Scripto, Gallimard jeunesse
Quinze nouvelles qui traitent du sport avec un regard acéré et une écriture dense et presque sévère. Quinze petits textes ciselés au plus précis des mots, qui parlent de cyclisme, de boxe, de course, de tennis, qui parlent de la vie lorsqu’elle s’efface sous les coups du destin.