lundi 27 janvier 2014

Comment (bien) rencontrer un auteur ? par Anne Percin


Dans une lettre envoyée à des ados dont elle avait dû décliner l’invitation, Anne Percin pose la question du rapport entre l’auteur, ses personnages et ses lecteurs...
 (un texte paru en 2012 dans Citrouille N°63)

Comment (bien) rencontrer un auteur?... En lisant ce titre, vous vous dites: «Elle est folle, la Percin, elle a Alzheimer, elle croit qu’elle est venue nous voir!»

Je sais, vous ne m’avez pas rencontrée. Je ne suis pas venue, je n’étais pas là devant vous. Je sais, je sais…

Et pourtant, si vous saviez! À chaque fois qu’on ouvre un de mes livres, je suis là. Sans blague: je suis là, des pieds à la tête (pourtant avec mon mètre soixante-dix-sept, c’est pas facile), je suis là en long, en large et en travers… ou plutôt au travers. Vous ne m’avez pas vue en vraie, pas entendue vous parler, c’est juste, mais vous avez rencontré Maxime Mainard, et d’après ce que j’ai vu pu voir de vos votes, ça a été pour beaucoup d’entre vous une belle rencontre, voire carrément un coup de foudre, même si ça fait un peu dindon de dire ça (là, c’est Max qui parle).

Eh bien, figurez-vous que j’étais là aussi.

Derrière Max (coucou! c’était moi!) derrière sa sœur Alice (kikou!), derrière Mamie (hello!), derrière le chat Hector (miaou!) il y a un petit bout de moi…

Dingue, non?

C’est ça, la magie du roman. Whaou!


Si j’étais venue en vrai, qu’est-ce que j’aurais pu vous dire de plus? Que j’adore mes personnages, au point d’avoir donné depuis deux suites à Comment (bien) rater ses vacances, parce que je n’arrivais pas à les quitter?

Que j’aime bien me marrer en écrivant? Que c’est même la seule raison qui m’a fait écrire ce livre: l’envie de m’amuser, de me laisser aller à rire et à faire rire (ce que je fais souvent dans la vie, mais que je n’avais encore jamais osé faire dans mes livres) et que, faisant cela, j’ai libéré tout un pan de mon imagination? Vous raconter comment, en écrivant ce livre, je me suis surprise à raconter des scènes auxquelles je n’avais même pas pensé cinq minutes avant, comment l’écriture devenait une aventure, un jeu de rôles, dans lequel j’avais hâte de me replonger, pour voir où Max allait m’entraîner?

Et comment, au détour d’une page, avec Maxime, je me suis laissée piéger par l’émotion, par des souvenirs enfouis et ressurgis, par de brusques accès de mélancolie? Une aventure, je vous dis! Une aventure humaine et sensible.

C’est là-dedans que nous sommes rencontrés, souvenez-vous.

C’est là-dedans que nous sommes rencontrés, souvenez-vous. Si vous avez ri, et parfois un tout petit peu pleuré, peut-être (mais vous ne l’avouerez jamais): nous nous sommes bien rencontrés. Vous et moi.

Comment (bien) rencontrer un auteur, alors? En lisant ses livres. Les romans sont des cachettes où ils vous attendent. Continuez à jouer à cache-cache avec eux, ils seront ravis, et ça vous réserve de belles surprises, vous verrez.

Et là, je parle aussi à ceux qui n’ont pas voté pour mon bouquin, parce qu’ils en ont préféré un autre. Ils ont fait une autre rencontre, et je les en félicite. Être un vrai lecteur, c’est aussi faire des choix.

Pour finir, je veux remercier tous ceux qui ont favorisé cette rencontre, tous les adultes autour de vous qui vous ont poussés à vivre cette aventure (je ne sais pas s’ils vous ont attirés avec des promesses mirobolantes ou obligés sous la torture, ça ne me regarde pas, ha ha). Je sais qu’ils ont fait un sacré boulot, et que sans eux, notre rencontre n’aurait pas eu lieu.

Anne Percin, mai 2012


Comment (bien) rater ses vacances
Comment (bien) gérer sa love story
Comment devenir une rock star (ou pas)
Anne Percin
Éd. Rouergue, coll. doAdo
Si je vous présente les trois romans d’Anne Percin en vous disant simplement: «Dans le premier, Comment (bien) rater ses vacances, Maxime, notre héros de dix-sept ans, a une conception bien à lui des vacances: ce ne sera pas la randonnée et le camping sauvage en Corse avec ses parents, et encore moins la colonie en Bretagne avec sa petite sœur. Ce sera plutôt farniente chez mamie, devant l'ordinateur qu'il lui a fait acheter il y a deux ans, Mais mamie fera un malaise cardiaque et c'est là que commenceront vraiment les vacances, ou l'enfer.» Vous me direz: ah, oui, une histoire d’ado… Et si j’ajoute: «Dans Comment bien gérer sa love-story, Maxime est amoureux, il rêve de monter un groupe», vous ajouterez à votre tour: rien de bien singulier…  Peut-être… Mais, pas si fréquent que ça dans les romans jeunesse, c’est ici un garçon qui est amoureux et, qui plus est amoureux, lui le lycéen, d’une étudiante en fac, issue d’un milieu aisé et cultivé, ce qui est loin d’être son cas… Cette différence de milieu ne facilitera pas toujours leur relation et le mettra souvent dans des situations assez improbables et très drôles. Dans le troisième, Comment devenir une rock star (ou pas), Maxime réussit à monter son groupe. Banal, dîtes-vous? Eh bien, ce n’est pas un groupe vraiment ordinaire. On y trouve: un policier, un oncle déprimé et un ado androgyne… Lisez-les, et vous le constaterez: ces romans nous étonnent, nous séduisent et nous font rire. Maxime est maladroit, mais son sens de la repartie reste très développé même dans les situations les plus incroyables (et on rit vraiment!). Anne Percin raconte le monde des ados avec talent. Elle réussit à mêler les sujets sérieux et l’humour. Et c’est assez rare chez les auteurs de littérature jeunesse français. Les ados ne s’y sont pas trompés puisqu’ils lui ont décerné plusieurs prix.