jeudi 13 mars 2014

Vues d’Ivry… et d’ailleurs - Par Joëlle Jolivet (+ vidéo)


Ivry. Je suis née en banlieue, ne l'ai jamais quittée (pas forcément par choix!). Et j’aime les paysages urbains. J'ai de la tendresse pour les espaces délaissés, poussés de bric et de broc, un peu sauvages et moches. J'ai rapidement essayé, dans mon travail, de rendre cet entre-deux qu'est la banlieue - à l'origine pour répondre à une commande de quelques pages pour un recueil intitulé Périphéries et publié par l'Association. La plupart des paysages que j'ai gravés alors n'existent plus aujourd'hui, c'était aussi une façon de fixer leur mémoire. J'avais à peine commencé que j'ai découvert l’œuvre de Frans Masereel, graveur belge des années 30, et en particulier La Ville, récit muet en images. Cela m’a d’autant plus donné envie de continuer, et je voulais arriver à une centaine d’images. Je me suis arrêtée à trente-sept, mais peut-être reprendrai-je ce travail un jour... J'ai aussi en projet trente-six vues de l'usine d'incinération d’Ivry  - l'usine avec sa paire de cheminées est un repère urbain, et une sorte de volcan. Je prévois de tourner autour comme Hokusai autour du Fuji Yama...


Bologne. Il y a quelques années, j’ai réalisé un petit livret sur Bologne, en Italie,  à l’occasion de la Foire du livre. C’était une commande de Hamelin, une association de promotion de la littérature pour la jeunesse. Pendant une quinzaine de jours, j’ai dessiné sur place, et j’ai ensuite gravé huit images: mon parcours dans la ville. J’ai adoré ce travail et je suis prête à recommencer partout où on m’invitera!


Paris. Actuellement, je travaille sur un livre sur Paris pour les éditions Grandes Personnes. Cela fait plus d'un an que je suis dessus, et je peine... Sujet trop vaste et trop connu! Mon idole en ce domaine est Miroslav Sasek, un illustrateur des années 60 qui vient d’être largement réédité, et dont Casterman a notamment publié l’album Paris. Miroslav Sasek a dû dessiner une vingtaine de livres sur des villes. Enfant, je possédais quelques-uns de ses livres. Ils ont quarante ans, et ça reste tellement juste et frais... difficile de lui arriver à la cheville! Pour Ivry, j'ai d'abord fait des croquis sur place puis des linogravures à partir des croquis. Idem pour Bologne, avec en plus des photos. Pour Paris, je pars de photos... pour recomposer une image qui corresponde à ma vision…


La ville de Rapido. Rapido est né d'une envie de parler de la ville d'aujourd'hui aux petits. Je suis partie d'une représentation mi plan, mi élévation, comme dans les plans de ville anciens, où les façades sont redressées. C'est une sorte d'imagier de la ville, avec le port, le centre ancien, la ville XIXe avec le grand magasin et le square, la zone pavillonnaire, les grands ensembles, l'autoroute, la voie de chemin de fer, le supermarché en périphérie, etc... Au départ, je voulais dessiner une ville «universelle» mais cela n'existe pas; les villes françaises ont des spécificités que n'ont pas les villes italiennes ou allemandes... Les bâtiments, eux viennent d'un peu partout. Même si elle a l'air faite de bric et de broc, urbanistiquement, cette ville est plausible... C'était amusant de la construire, un peu comme de jouer aux legos.

La ville d’Oups. Si la ville de Rapido est fictive, celle de Oups! est bien réelle. Même si ce n'est jamais mentionné, tout se passe dans Paris, et il m'a fallu méchamment tordre les perspectives pour satisfaire les demandes extravagantes de Jean-Luc Fromental l’auteur, ndlr] et faire par exemple rentrer dans la même image la ménagerie du jardin des plantes, la grande galerie et le métro aérien! Pour ce livre, même si j'ai aussi fait des photos sur place, streetview de Google Maps m'a beaucoup aidée. Les technologies évoluent… mais la gravure reste.