mardi 15 avril 2014

Zelda la rouge, lu par la librairie La Boîte à Histoires de Marseille






A seize ans Zelda est
en fauteuil roulant depuis qu’une voiture l’a renversée quelques années plus tôt. Elle vit avec sa sœur aînée, Julie qui n’a qu’un but : la venger et retrouver le chauffard.

Le père est inconnu au bataillon , la mère a mis fin à ses jours quand elles étaient enfants et Mémène, la grand-mère chérie, s’est éteinte en leur laissant la maison en héritage.

Voilà, voilà … vous allez me dire c’est pas gai gai tout ça, et bien détrompez-vous.

Contre vents et marées, les deux frangines ont réussi à se bricoler une petite vie bien à elles dans cette grande maison emplie de souvenirs. Elles ne roulent pas sur l’or, ça c’est sûr et si leurs fins de mois sont parfois difficiles elles peuvent compter sur l’indéfectible bonne humeur de Katy, leur colocataire. Cette quinquagénaire complexée et malmenée par l’existence ne désespère pourtant pas de refaire sa vie amoureuse et leur concocte de bons petits plats en attendant le prince charmant.

Complices et très attachées l’une à l’autre, les deux sœurs sont pourtant foncièrement différentes: Julie est devenue un bon petit soldat entièrement dévoué à sa jeune sœur. Son don un peu étrange de « voir » les disparus et son boulot en maison de retraite semblent parfois la plomber un peu plus. Ce n’est pas faute de mettre tout son cœur à s’occuper de ses petits vieux …. Mais Julie semble coupée de ses sentiments, enfermée dans son seul désir de vengeance : «Moi je suis une force brute, tendue par le désir de venger quelqu’un qui n’en a que foutre, et ma raison d’être réside toute dans cet acte purificateur. Il n’y a pas de place en moi pour l’amour, en dehors de celui que j’éprouve pour Zelda».

Zelda quant à elle déborde d’énergie, de projets et semble avoir fait le deuil de sa vie d’avant: «Moi j’ai eu tant à me battre qu’il ne m’est pas resté de place pour la haine (…). Aujourd’hui j’ai envie de dévorer la vie et un appétit d’ogre que tout intéresse: les choses, les lieux, les gens. Je suis redevenue apte aux grands moments. Vous savez, ces moments que les gens appellent des petits bonheurs ? Il y a un truc primordial qui jamais ne les effleure, c’est que le bonheur ne peut pas être petit. Jamais».

Dans cette vie bien réglée, dans cette chaleureuse colocation un peu foldingue, un nouvel arrivant va faire son apparition: un certain Baptiste, qui va bien évidemment changer quelque peu la donne….

En voilà un bon roman bien revigorant ! Malgré la gravité du sujet initial Martine Pouchain parvient à insuffler beaucoup d’énergie et d’optimisme dans son texte. Le thème du handicap y est abordé de manière directe et frontale à l’image de la jeune Zelda qui ne s’embarrasse pas de faux-semblants.

La langue est fluide, très vivante et sans fioritures tandis que la narration au présent renforce cette sensation de proximité et d’empathie que le lecteur ressent immédiatement envers les personnages.

Je ne cache pas qu’il y a un petit côté « à la Gavalda » un brin sucré mais ne boudons pas notre plaisir : c’est fort bien fait ! (en prenant de l’âge je deviens sentimentale)

Et enfin je tenais à signaler que pour ma part, contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là dans d’autres chroniques, et bien je ne m’attendais pas du tout au dénouement, mais alors pas du tout ! ( C’est clair, je me ramollis complètement…).

Allez-y, plongez ! C’est à partir de 14 ans et c’est un vrai bon moment de lecture !

Véro, librairie La Boîte à Histoires, Marseille

zelda


Zelda la rouge
Martine Pouchain
Editions Sarbacane
Collection Exprim’. 14,90€