mardi 3 juin 2014

Le Balthazar de Marie-Hélène Place




Marie-Hélène Place, l’auteur de la collection Aide-moi à faire seul et de son héros Balthazar, fut la première invitée des signatures-débats organisées par la librairie Chat Perché du Puy en Velay, il y a plusieurs années. Anne Helmann l'interviewa pour Citrouille à cette occasion. Revoici cette interview, à quelques jours de la matinée découverte de la pédagogie Montessori organisée par la librairie Lune et l'Autre de Sain-Étienne


Anne Helmann : Marie-Hélène, pouvez-vous nous décrire l’essence d’Aide-moi à faire seul ?
Marie-Hélène Place
: C’est une collection d’ouvrages interactifs pour les jeunes enfants (2-6 ans). Chaque titre aborde un apprentissage fondamental différent (couleurs, formes, sons…), sensoriel, corporel, vocal, mais aussi, bien évidemment, ludique. Ces ouvrages, en éveillant leur imagination, les incitent à “faire pour apprendre” et sont adaptés de l’un des principes essentiels de Maria Montessori : travailler sur un seul apprentissage à la fois, à partir d’une méthode interactive. Pour les lettres, par exemple, formées en relief et en toile de jute dans l’ouvrage (une lettre par page), l’enfant va les toucher, s’y promener à loisir avec son doigt, les prononcer phonétiquement jusqu’à les faire siennes. De même, dans Les chiffres de Balthazar, le jeune enfant utilisera la mémoire du corps du chiffre en relief. Les formes de Balthazar allient la promenade, l’observation et l’exploration de la nature afin de sensibiliser l’enfant à l’univers géométrique qui l’entoure. Mais, j’insiste, on est dans le champ de la sensibilisation.

Les sons de Balthazar est un petit bijou à consommer sans modération en animation… Le bruit du vent, des pleurs, du cœur, reproduits ensemble par une ribambelle de bouts de chou hauts comme trois pommes, créent une synergie formidable… Chacun produit le son par rapport à son vécu et sa sensibilité propre, et pourtant il en résulte une véritable cohésion… Un grand plaisir pour la libraire devenue animatrice à cette occasion ! Parlons de la colonne vertébrale de vos livres, le petit Balthazar… l’enfant avec un grand E, celui qu’on chérit… qu’on éveille à la vie et aux notions. Comment est-il venu au monde ?
L'équipe de coauteurs que nous formons a voulu que Balthazar soit à l’image de l’enfant qui se voit de l’intérieur. Il était hors de propos pour nous de créer un enfant vu par les adultes, mais de le faire à l’image du plus profond de lui-même.


Balthazar, c’est de l’impressionnisme littéraire entre Claverie et Oxenbury, un trait léger pour comprendre, et surprendre à chaque détour de page les petits comme les grands lecteurs. Quel désir, quel parcours se trouvent à l’origine de cette collection?Vous devez vous en douter, j’ai toujours aimé et profondément désiré écrire. De plus, j’ai voulu travailler pour les enfants. Cela s’est imposé à moi, c’était fondamental.

Mais pourquoi des ouvrages liés étroitement à la pédagogie de Maria Montessori ? Vous auriez pu simplement écrire des albums plus “traditionnels”. Comment avez-vous découvert Montessori ?En fait, beaucoup de gens connaissent son nom et sa démarche d’une manière superficielle, mais n’ont pas conscience de l’ampleur de son travail. Moi-même, c’est en tant que mère que je l’ai découverte. Il m’a semblé que, par ses méthodes, on atteignait les points tout à la fois les plus nécessaires et les plus fondamentaux des apprentissages de l’enfant. On est au cœur de l’important. La logique de Maria Montessori n’est pas d’enseigner, d’inculquer, ce n’est pas son registre, ni le nôtre, mais plutôt d’accompagner la richesse intérieure de l’enfant, ce qu’il porte en lui. On part de l’inné pour arriver à l’acquis. C’est cela, le domaine de la sensibilisation plutôt que celui de la transmission de savoirs. De cet accompagnement découle l’enrichissement, non seulement de l’enfant, mais aussi de l’adulte : c’est l’interactivité, fondement de Montessori comme de la collection. Cet échange, qui nous paraît pourtant si évident, n’est pas toujours une réalité, du moins n’est pas toujours vécu comme tel.

Pourquoi Hatier comme éditeur ?Sans doute grâce à l’accueil que nous avons reçu, et les relations privilégiées que nous avons très vite établies avec cette maison. D’ailleurs, la fréquence de nos entrevues et leur régularité nous satisfait pleinement. On est dans le registre d’une véritable collaborations, auteurs-éditeur. De plus, il nous semblait que l’image de marque de Hatier en tant qu’éditeur jeunesse et parascolaire collait bien à l’esprit de la collection.

Et Pépin, cette souris, cet ours… en tout cas cet acolyte témoin des découvertes de Balthazar, complice de chaque instant… Quelle est sa raison d’être ?Pépin c’est l’Autre, sans pour autant être un adulte. On reste dans le monde de l’enfance qu’aucun adulte, au cours des titres, ne viendra perturber… Au départ, Pépin était un jouet, une sorte de doudou… Par la suite, il est devenu de plus en plus présent, fidèle compagnon de Balthazar, qui s’est plu à le charger affectivement de différents sentiments.

Pépin c’est aussi l’alter ego, le Jiminy Criquet de notre petit Pinocchio, Balthazar.C’est justement là l’intérêt majeur de Pépin : on y met ce qu’on veut y mettre, la porte reste ouverte.
Et les parents dans tout ça ? Quelle est leur place ?
Elle est indispensable. Ils tiennent un rôle clé, d’accompagnateur. Ainsi, en préface de chacun des livres se trouve un petit texte à l’attention des adultes, expliquant simplement leur rôle fondamental face à l’enfant, afin que l’apprentissage fonctionne de façon optimale. Bien sûr, chacun adapte ces conseils à son enfant et à lui-même. Et après l’accompagnement de l’adulte… l’enfant s’approprie très rapidement les ouvrages.

En conclusion, comment résumeriez-vous votre petit Balthazar ?Balthazar propose avant tout un message de paix intérieure et de tranquillité, par rapport à une société qui va de plus en plus vite. Je voudrais citer un texte de Maria Montessori, un texte où je trouve la raison d’être essentielle de mes livres, pourquoi je les écris : “L’enfant est le constructeur de l’adulte (…) Travailler pour l’enfant, dans l’intention prodigieuse de le sauver, équivaudrait à conquérir le secret de l’humanité.”

Propos recueillis par Anne Helman, librairie Chat Perché au Puy en Velay