lundi 25 juillet 2016

Je suis libraire pour enfants, ça veut dire: je cherche des trésors


C'est l'histoire d'un petit garçon.

Et puis non le début c'est pas ça.

C'est l'histoire d'une petite fille. À qui sa mère raconte des histoires. Michka, Les Bons amis, Cigalou.

Quand cette petite fille devient grande, et qu'on lui demande ce qu'elle veut faire, elle veut faire des livres. Bon, elle sait pas trop comment on fait. Elle commence par en vendre. Le jour où elle arrive à Avignon, elle a plusieurs heures devant elle avant l'entretien à la librairie. Elle s'assoit sur la place du palais des Papes. Elle lit.

C'est l'histoire d'un petit garçon. Il s'appelle Max. Chaque samedi, à onze heures, la petite fille qui est devenue grande raconte des histoires aux enfants dans la librairie où elle travaille. Max vient tous les samedis. Il vient depuis qu'il est tout petit. Pour lui, elle raconte Bébés chouettes, et Les Trois brigands, et des histoires de chevaliers, et d'animaux, et chaque vendredi soir, quand elle cherche les livres qu'elle va raconter le lendemain, elle pense à Max, à ce qu'elle voudrait qu'il entende, lui.

Max grandit et la petite fille devenue grande vieillit. Max vient toujours s'asseoir et écouter. Il est drôle, là, au milieu des tout-petits. Il dépasse.

C'est juste une histoire. À l'heure où j'écris, Max est encore tout petit. Mais j'ai envie de le voir grandir, oui.

Je ne sais pas si je suis libraire. Ou plutôt: je suis libraire pour enfants. Parce que les livres pour enfants parlent une langue secrète. Une langue qui dit ce qu'il y a de beau, ce qu'il y a comme poème, ce qu'il y a de bleu, ce qu'il y a de rêve – et parfois, quand on devient grand, on oublie. Il y a la course des jours – mais si vous ouvrez un livre, chuuuut. Il y a des dragons. Et des hippopotames. Il y a des poissons. Et de la musique. Et ça fait comme une berceuse. Ça vous enveloppe, parfois ça ne dure que trois minutes, mais après, si c'est un bon livre, vous marchez avec tout le jour, toute la vie.

Je suis libraire pour enfants, ça veut dire: je cherche des trésors. Je peux faire apparaître des soleils dans des jours gris, et des princes charmants (ou des crapauds). Je suis magicienne. Un peu docteur parfois, un peu grande sœur, un peu maman. Un peu boulangère aussi, j'ai le droit? Ou fleuriste.

Je vends des parapluies s'il pleut et des roses, oui, des roses. Un enfant à qui on raconte des histoires, après, il peut rêver le jour.

Madeline Roth, librairie L’Eau Vive à Avignon