lundi 25 juillet 2016

«La culture est le plus court chemin de l'homme à l'homme» : peut-être est-ce bien pour cela que je suis libraire


«Le temps vide, c'est le monde moderne. Mais ce qu'on a appelé le loisir, c'est-à-dire un temps qui doit être rempli par ce qui amuse, est exactement ce qu'il faut pour ne rien comprendre aux problèmes qui se posent à nous. Bien entendu, il convient que les gens s'amusent, et bien entendu que l'on joue ici même ce qui peut amuser tout le monde, nous en serons tous ravis. Mais le problème que notre civilisation nous pose n'est pas du tout celui de l'amusement, c'est que jusqu'alors, la signification de la vie était donnée par les grandes religions, et plus tard, par l'espoir que la science remplacerait les grandes religions, alors qu'aujourd'hui il n'y a plus de signification de l'homme et il n'y a plus de signification du monde, et si le mot culture a un sens, il est ce qui répond au visage qu'a dans la glace un être humain quand il y regarde ce qui sera son visage de mort. La culture, c'est ce qui répond à l'homme quand il se demande ce qu'il fait sur la terre. Et pour le reste, mieux vaut n'en parler qu'à d'autres moments: il y a aussi les entractes.»

Ces propos sont extraits du discours prononcé par André Malraux à l'occasion de l'inauguration de la Maison de la Culture d'Amiens le 19 mars 1966. Près de cinquante ans plus tard ils me semblent toujours d'actualité.

Peut-être est-ce bien pour cela que je suis libraire: répondre au besoin de loisirs, à celui du temps du plaisir; mais aussi, par la lecture, proposer d’essayer de comprendre le monde.

Peut-être que c'est pour cela, aussi, qu’au Bateau Livre nous avons décidé d'organiser un grand nombre de rencontres, et d'être partenaire à 100% des organismes qui organisent des salons avec présence d'auteurs.

Ces moments magiques, où se conjuguent la présence de l’auteur, et son texte porté par sa voix, le libraire que je suis les vit auprès des autres lecteurs comme si je sentais le tumulte d'une pensée et d'un cœur.

Bien sûr, parfois la lassitude nous gagne. Mais souvent, comme ce mercredi 9 février où nous avons accueilli Bernard Noël au Musée des Beaux Arts avant de le recevoir à la librairie, nous sommes certains de partager avec nos clients de réels moments de plaisir et d'intelligence.

Ces moments magiques, où se conjuguent la présence de l’auteur, et son texte porté par sa voix, le libraire que je suis les vit auprès des autres lecteurs comme si je sentais le tumulte d'une pensée et d'un cœur. À chaque fois nous avons l'envie de nous rapprocher, un peu comme les enfants qui écoutent les histoires lues par leurs parents avant d'aller se coucher – précieuse intimité que celle permise par ces rencontres!

Malraux disait que «la culture est le plus court chemin de l'homme à l'homme». Les rencontres que nous organisons régulièrement correspondent à cette vision. Elles contribuent à l'émerveillement, au renouvellement de la foi que nous avons dans l'écrit.

Même si «la vérité d'un homme, c'est d'abord ce qu'il cache», nous pensons que la rencontre de l’auteur et de son œuvre ainsi réunis nous aide à mieux comprendre ce que nous sommes.

Aujourd'hui, plus qu’hier encore du fait d’un environnement fortement concurrentiel, le libraire doit plus que jamais sortir de sa librairie, aller à la rencontre de tous les publics, être aussi un médiateur qui fait l'interface entre auteurs, éditeurs et lecteurs.

C’est là notre vision – pour le plus grand plaisir, je l'espère, de nos clients, de nos partenaires et des invités de la librairie.