vendredi 28 novembre 2014

Prix de l'Imaginaire de la librairie Lucioles: L'Océan au bout du chemin - lu par la librairie la Soupe de l'Espace


Passé maître dans l'art de mêler le merveilleux au réel, Neil Gaiman possède cette faculté à se réinventer à chaque fois. Il est un des rares auteurs à réussir à nous faire peur et nous attendrir au même instant. À donner corps et âme à des personnages fantastiques, joyeusement inquiétants. À créer des mondes et des univers si particuliers, et pourtant étrangement familiers. Dans ce nouveau roman, il se livre beaucoup, et nous fait part d'un témoignage vibrant sur l'enfance et sur ce que l'enfance fait de nous comme adultes.

À l'occasion d'obsèques, on suit un jeune homme, de retour dans la maison familiale, sur les traces de son passé. Nous plongeons avec lui dans ses souvenirs, nous remontons jusqu’à ses sept ans, lors de sa rencontre avec Lettie, sa voisine un peu plus âgée, lors de sa découverte de «l'océan», qu'il pensait n'être qu'une mare. Nous pénétrons avec lui dans les méandres de son esprit d'enfant, lorsque l'imaginaire s'immisce dans le réel pour ne faire plus qu'un, lorsque le souvenir d'une vision traumatisante nous fait basculer dans l'irréel, quand le sol se dérobe sous nos pieds pour nous dévoiler un univers fantastique et inconnu.

Gaiman nous prend par la main pour nous accompagner dans des contrées inquiétantes, peuplées de créatures maléfiques, où les peurs enfantines nous sont décrites de manière précise, et nous apparaissent comme essentielles. Où les monstres effrayants ne sont pas ceux que l'on croit.

Neil Gaiman nous exprime de manière très personnelle que l'enfance est quelque chose éminemment précieux, que nous ne pouvons nous construire correctement en tant qu'adulte qu'en respectant profondément cela, en n'oubliant jamais qui l'on a été ni d'où l'on vient.

Sans pudeur, et avec une immense bienveillance, il livre ici un roman à l'imaginaire brillant, à mettre entre toutes les mains (à partir de onze/douze ans), et qui donnera aux lecteurs plus âgés l'envie de replonger dans l'océan de leur enfance...

Librairie La Soupe de l'Espace à Hyères

L'Océan au bout du chemin - Neil Gaiman- Éd. Au Diable Vauvert - Prix Locus du meilleur roman de fantasy 2014 - Prix de l'Imaginaire de la librairie Lucioles à Viennes - Ce livre est l'un des 51 coups de coeur mis en avant dans le n°69 de Citrouille, qu'on vous remettra sur le stand C2 du Salon de Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil.

Prix de l'Imaginaire de la librairie Lucioles, première édition: «Un jury composé de lecteurs se réunit autour d'un choix initial de quatre livres (qui peuvent être modifiés au cours de l'année mais sont forcément Fantaisie ou SF grands ados / adultes), et vote finalement pour celui qu'il a préféré. L'ouverture aux débats, la discussion et la découverte sont au rendez-vous, et nous sommes fiers et honorés que Neil Gaiman (que nous adorons) ouvre le bal de ce nouveau prix littéraire!» Antoine

jeudi 27 novembre 2014

Créer au besoin des fêtes pour l'offrir: Le Voyage de Pippo - lu par la librairie Les Sandales d'Empédocle


Pippo la grenouille est désespérée : elle a oublié tous ses rêves. En comptant les moutons pour s’endormir, elle va faire la connaissance d’une amie merveilleuse, une petite brebis qui sait voyager dans les songes et qui va l’entraîner avec elle au fil des saisons pour un voyage onirique à nul autre pareil !

Comment vous dire l’émotion, le sentiment de plénitude qui vous envahit tout au long du récit et de ses images, vous entoure de douceur et de bien être? Chaque nouvelle page est un enchantement et un bonheur, un plaisir chaque fois renouvelé.

Juste vous dire, donc, que cet album est magnifique et qu’il faut absolument l’offrir pour les fêtes ou pour toute autre occasion (à créer si besoin). Génial!

Jean-Luc, librairie Les Sandales d'Empédocle à Besançon

Le Voyage de Pippo - Satoe Tone - Éd. nobi nobi ! - Date de parution: novembre 2014 -  Premier Prix de l’Illustration de la Foire Internationale du Livre Jeunesse de Bologne 2013. Satoe Tone est en dédicace sur le stand de l'éditeur au SLPJ de Montreuil.

mercredi 26 novembre 2014

Un livre-CD loufoque valorisant le courage et l’amitié: Le Maître du monde - lu par la librairie Tire-Lire


Une histoire très drôle et pleine d’entrain qui démarre autour d’un paquet de céréales!

On suit le héros et son anneau magique du seigneur des anneaux dans une aventure pleine de rebondissements.

Il va se lier avec un ours, un lion et un tyna… tynana.. un tyranono… un lézard gros et moche quoi, et qui s’appelle Rex.

Une aventure loufoque valorisant le courage et l’amitié à mettre entre toutes les mains !

Librairie Tire-Lire à Toulouse

Extrait:

Le maître du monde - Vincent Loiseau et Charlotte Gastaut éd. Benjamins Media - coll. Taille M – Date de parution : octobre 2014 - Coup de cœur Académie Charles Cros, automne 2014, Catégorie disques pour enfants

mardi 25 novembre 2014

Un seinen manga fantastique: Area D - lu par la librairie Dans ma librairie


Il y a 12 ans, suite à l'explosion d'Antarès, l'étoile la plus brillante de la constellation du scorpion, une nouvelle race d'hommes développant des pouvoirs surnaturels est apparue, on les appellent les Atteints.

Le gouvernement les plaça alors dans une zone spécialement conçue pour eux, Area D, où une organisation secrète s'occupe de les surveiller.

Satoru Ida, un jeune adolescent condamné à être emprisonné là-bas, libère Jin Kazarugi un prisonnier de rang S, durant le trajet sur le bateau, afin qu'il lui vienne en aide.

Commence alors une aventure sur l'île des talents inhabituels où nos compagnons luttent pour survivre et tentent de percer le terrible mystère de cette île...

Un démarrage sur les chapeaux de roue pour ce seinen fantastique très prometteur, servi par le graphisme impressionnant du Sud Coréen Kyung-Il et l'univers dense et original du japonnais Nanatsuki.

Grégory Belfio, librairie Dans ma librairie à Agen

Area D tome 1-  Nanatsuki et Kyung-Il - Pika - Date de parution: juin 2014 - Le tome 5 sort le 3 décembre 2014



lundi 24 novembre 2014

70 artistes se mobilisent pour l'égalité femme-homme: En chemin elle rencontre… Lu par la librairie Comptines

 

Au fil des trois volumes de la série En chemin elle rencontre…, ce sont 70 auteur-e-s (scénaristes, illustrateurs –trice, coloristes…) qui se mobilisent pour les droits des femmes, au travers d’une trentaine d’histoires contenues dans une seule image ou plusieurs pages.

Ils - elles mettent leur talent au service d’une cause juste et urgente, et avec quel talent! Charles Masson, Jacques Ferrandez, Florence Cestac, Daphné Colligon…: leur engagement est réel et la -très belle- maquette  leur laisse une large place pour expliquer les raisons qu’ils et elles ont de participer à ce travail collectif et militant proposé et coordonné par Marie Moinard, auteure et éditrice.

A partir d’un premier tome paru en 2009 et consacré aux violences faites aux femmes (par les hommes), les deux volumes suivants s’ouvrent à d’autres questions -sous tendues par la violence qu’exerce un monde où règne la domination masculine- comme l’accès à l’IVG, l’éducation, le travail…

Aux histoires, toutes différentes tant par leur style graphique que leur ton, s’ajoutent des pages remplies d’informations essentielles: rappel de la loi, statistiques et même témoignages comme celui, passionnant de Nicole Abar, championne de France de football, qui appelle les filles à conquérir l’espace que les garçons s’approprient, pour qu’ensemble, filles et garçons soient des «enfants réussis».

C’est dans ce troisième volume qu’on trouve le plus d’espoir et d’humour aussi. Dans le deuxième opus, Noémie, l’héroine de Florence Cestac, avait définitivement perdu tout espoir d’une vie meilleure, elle qui voulait devenir vétérinaire et «est devenue grosse et moche et elle fait des ménages», après avoir subi vexations, moqueries et tyrannie jusqu’au viol.

Dans ce troisième opus, toujours co-édité avec Amnesty International, les petites sportives de Marie Moinard et Anne Rouvin, ont devant elles la possibilité d’un monde plus juste. Non qu’elles soient épargnées par le poids d’une éducation qui leur assigne une manière d’être fille mais parce qu’elles rencontrent une entraineuse* qui leur ouvre les yeux, autant qu’aux garçons, et leur propose une autre manière d’être au monde dans l’égalité et la mixité.

Un peu comme ces trois recueils qui par la place qu’ils font au 7e art tant prisé des adolescent-e-s, peuvent participer à leur faire prendre conscience du chemin qui reste à parcourir vers l’égalité entre les sexes.

Ariane Tapinos, librairie Comptines à Bordeaux

* En référence au savoureux Memory masculin féminin proposé par Aurélia Aurita
En chemin elle rencontre…, Volumes 1, 2 et 3 - Collectif - Éd. Des Ronds dans l'O / Amnesty International - Date de parution: 2009, 2011, 2013 - Lire également la chronique De la violence faite aux femmes, par Ariane Tapinos

vendredi 21 novembre 2014

Un album qui donne au lecteur la très agréable conviction de sa propre intelligence : Le chevalier de ventre-à-terre - lu par la librairie Croquelinottes


Acrobate de l’humour, grand génie du jeu texte- image, Gilles Bachelet est un incontournable auteur-illustrateur, et Mon chat le plus bête du monde (2004), Madame le lapin blanc (2011), pour ne citer qu’eux, sont des trésors d’albums.

On retrouve dans son dernier ouvrage son dessin minutieux et son humour subtil. Le chevalier de ventre-à-terre regorge de raisons pour le lecteur d’en savourer chaque page. Gilles Bachelet y revisite la figure du chevalier… en lui donnant ici les traits d’un escargot qui part à la bataille - bataille qui n’aura pas lieu, tout prétexte étant bon chez l’escargot pour procrastiner.

La dichotomie entre le texte laconique et l’image archi-bavarde, dont Gilles Bachelet a le secret, fonctionne comme un appel au lecteur.

Par ce procédé, par les citations iconographiques également (un petit chaperon par-ci, trois brigands par-là) l’auteur-illustrateur donne au lecteur la très agréable conviction de sa propre intelligence ! Et pour cela, eh bien, on remercie Gilles Bachelet!

ClaireD, librairie Croquelinottes à Saint-Étienne

Le Chevalier de ventre-à-terre - Gilles Bachelet - Éd. Seuil Jeunesse - Date de parution : novembre 2014


Archive 2008


Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées  - Si vous lisez attentivement les contes classiques et folkloriques, vous rencontrerez loups, sorcières, enfants et marâtres mais vous arriverez au même constat que l’auteur de cet album hilarant: il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées. Vous êtes-vous demandé pourquoi?

À travers dix-sept tableaux mettant en scène cet étrange volatile dans différents contes de notre patrimoine, Gilles Bachelet nous donne quelques éléments de réponse.

Ainsi, devant la représentation de l’animal en Autruche au bois dormant, le lecteur comprend rapidement qu’elle n’est pas à sa place car elle «ronfle et a les pieds qui dépassent du lit». Il est évident qu’elle ne pourrait pas non plus tenir le rôle du petit chaperon rouge car elle «est assez ridicule quand on l’habille avec autre chose que des plumes d’autruches».

L’auteur, ce prédateur du singe, du chat, de l’éléphant et du champignon, fait preuve d’une logique implacable: il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées car elle n’y est pas à son aise. Il profite de cette démonstration pour nous offrir un grand moment d’hilarité, grâce à ces portraits férocement drôles du plus grand oiseau du monde, et pour nous inviter à jouer à deviner dans quel conte est encore allée se promener sa nouvelle proie.

Une question se pose lorsque l’on ferme ce livre: quel sera le prochain animal à passer entre les griffes de Gilles Bachelet?

Caroline Hayot, Librairie Larcelet à Saint-Dizier
Il n’y a pas d’autruches dans les contes de fées - Gilles Bachelet - Seuil jeunesse - Date de parution: octobre 2008

Bon appétit! : Frigo vide - lu par la librairie La Courte Échelle



Quel plaisir d’ouvrir ce frigo-là! Voici un album ô combien rafraîchissant qui nous mène d’étage en étage au sein d’un immeuble où on ne pourrait manger ce soir-là qu’un petit quelque chose juste pour soi.

Mais pourquoi se priver du mélange d’ingrédients, de saveurs, de variété de couleurs, lorsqu’on peut, à plusieurs, faire une chouette recette pour un repas de fête?

Le partage n’a vraiment rien de compliqué, et Gaëtan Dorémus nous le rappelle avec son talent de fausse naïveté toujours si bien exploitée, tant par son crayonné que par les personnages qui nous sont présentés. Merci à lui, et bon appétit!

Delphine, librairie La Courte Échelle à Rennes
Frigo vide - Gaëtan Dorémus -  Éd. Seuil Jeunesse - Date de parution: mars 2009, reparution en mai 2014 - Prix Graoully 2010

jeudi 20 novembre 2014

20 novembre, jour anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant : On a le droit de le chanter!


L'émouvante vidéo ci-dessous, où les enfants chantent Je veux apprendre!, donne à voir et entendre un extrait du spectacle de la comédie musicale  Je veux apprendre! - Chansons pour les droits de l'enfant de la compagnie Les Serruriers Magiques.

On retrouve onze des chansons de ce spectacle, dont Je veux apprendre!, dans le nouvel album de Rue du monde, On a le droit de le chanter!

Elle sont accompagnées du texte d'Alain Serres qui commente les Droits de l'Enfant, et des images de Judith Gueyfier.

Ce livre-CD est disponible dès aujourd'hui en librairie, en ce jour anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant. On peut par ailleurs se procurer le DVD, les textes et les partitions du spectacle  sur le site des Serruriers Magiques.

Après la comédie musicale T'es qui dis, t'es d'où?, les petits Serruriers Magiques font entendre leurs voix pour promouvoir les Droits de l'enfant! Trois années de travail pour créer cette nouvelle et quatrième comédie musicale, dans laquelle vingt cinq enfants du quartier de la Goutte d'Or à Paris, se font ambassadeurs de la parole des 200 copains qui ont participé à l'écriture du spectacle.

La soif d'apprendre, les relations entre filles et garçons, la famille, les conflits, les contradictions, l'écriture... Concernés par le sort des autres copains d'ici et d'ailleurs, les petits Serruriers Magiques invitent enfants et adultes à découvrir la Convention Internationale relative aux Droits de l'enfant : une clé pour la paix et le respect, qu'ils brandissent avec toute la gravité, l'énergie, l'humour et la tendresse dont on les sait capables.

20 novembre, jour anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant : Kamer vous lit un poème


Kamer, accompagné de sa petite soeur Lina, lit un poème extrait de Je suis un enfant de partout, images de Judith Gueyfier, éditions Rue du monde - Vidéo réalisée dans le cadre de "A vous de lire !" © Des auteurs aux lecteurs, 2010 - d'autres vidéos sur la chaîne Youtube LisezVousEtesFilmes





mercredi 19 novembre 2014

Hilda, de Luke Pearson - lu par les librairies La Sardine à Lire et Tropismes

Avant d'être proposée par Casterman et tout juste couronnée par une Pépite BD du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse, la série Hilda était publiée par les éditions Nobrow. Elle avait été repérée à l'époque par la librairie La Sardine à Lire  : «Hilda est une petite fille qui vie seule avec sa maman dans une maison perdue au milieu de la nature. Elle adore dessiner, elle voit des choses que les autres ne voient pas. Trois tomes d’Hilda sont déjà disponibles. On y découvre un monde magique peuplé d’êtres étranges, des pierres qui bougent ou des êtres minuscules…» Ci-dessous la présentation du dernier tome lauréat des Pépites: Hilda et le Chien noir.
Quatrième tome inédit de la série, Hilda et le chien noir est paru aux éditions Casterman au mois d'avril. La série de l'auteur britannique Luke Pearson avait d'abord été publiée par les éditions londoniennes Nobrow, avant qu'elles n'arrêtent récemment de traduire leurs livres en français. C'est Casterman qui a racheté les droits d'Hilda. Hilda et le troll, Hilda et le géant de la nuit et Hilda et les parade des oiseaux ont été réédités au mois d'août.

Et on peut dire qu'il s'en est passé des choses depuis la première apparition de notre petit héroïne aux cheveux bleus dans Hilda et le troll paru en 2010 sous la forme d'un petit livre agrafé de 24 pages. Hilda a fait du chemin, et son créateur aussi.

Dans cette nouvelle aventure, Hilda qui a du déménager en ville, après avoir vécu au milieu des grands espaces, doit se faire à sa nouvelle vie. Elle vit désormais dans un petit appartement de la ville de Trollbourg, avec sa mère et son fidèle Brindille.

Pour qu'elle puisse s'épanouir au grand air et se faire de nouveaux amis, sa mère lui propose de rejoindre la patrouille des moineaux, sorte de troupe scoute locale, qu'elle a elle-même fréquentée enfant. Poussée par sa curiosité naturelle et ne voulant pas décevoir sa mère, elle se joint au groupe, persuadée qu'une nouvelle aventure l'attend. (...)

Ce nouveau tome montre une Hilda encore plus résolue. Son personnage a pris de l'épaisseur depuis l'esquisse des débuts. Elle est plus complexe et ressemble de plus en plus à une petite fille d'aujourd'hui, avec ses doutes, ses envies, ses angoisses et son humour. Comme beaucoup d'enfants, Hilda sait observer, elle voit des choses que les adultes ne voient pas, c'est comme ça qu'elle découvre toutes ces créatures qui sont invisibles à nos yeux. (...)

Le personnage de la mère, est aussi extrêmement touchant. Elle a ce côté bienveillant, parfois inquiet, mais elle fait toujours confiance aux décisions de sa fille et sait lui accorder son indépendance.

Luke Pearson crée un univers finalement assez réaliste qu'il parsème de petites touches fantastiques. On le sent influencé par les Moomin de Tove Jansson et par les mythologies scandinaves en général. On retrouve d'ailleurs l'esprit d'aventure et la bonne humeur propre à la famille Moomin.

Graphiquement le travail de Luke Pearson a énormément évolué. Physiquement Hilda a beaucoup bougé depuis le premier album. Son visage s'est arrondi, son nez est plus ramassé, ses yeux se sont considérablement agrandis. C'est tout le dessin de Pearson qui a évolué. Il semble plus fluide, moins laborieux, moins rigide, toujours en mouvement. Il y a aussi un petit côté Peanuts dans les attitudes et les expressions des personnages. La mise en couleur est sublime, sa palette de tons un peu passés colle vraiment bien à l'univers et à l'histoire.

Pearson cherche la lisibilité, il n'hésite pas à multiplier les cases pour qu'on comprenne bien la scène. Il y a aussi un gros travail sur la mise en page. La taille des cases change constamment, elles se superposent, prennent des formes originales. Ce procédé dynamise la lecture sans jamais brouiller la compréhension.

Quant à l'objet, il est très réussi. On peut se réjouir que Casterman reste dans la continuité de Nobrow en ce qui concerne la fabrication. Ils ont gardé le dos toilé, le papier mat de couverture avec un vernis sélectif.

Je pense que c'est un album qui mettra tout le monde d'accord, parents et enfants. Luke Pearson a l'air de se bonifier avec le temps, vivement le prochain Hilda, donc!!

Thalie, librairie Tropismes à Bruxelles - lire l'intégralité de la critique sur son site.
Hilda et le chien noir - Luke Pearson - Éd. Casterman - coll. Univers d'auteurs - Date de parution : avril 2014

Didier Cornille, ou l'esthétique marquée par les jeux de l'enfance

Didier Cornille vient de recevoir la Pépite du Livre d'art 2014 du Salon du Livre et de la Presse jeunesse pour son ouvrage Tous les Ponts sont dans la nature. En 2013, Citrouille l'avait rencontré pour ses deux précédents albums: Toutes les maisons sont dans la nature et Tous les gratte-ciels sont dans la nature.
Didier Cornille porte une casquette. Et c'est un homme charmant. Plongé dans la conception d'un nouvel ouvrage à paraître, il a toutefois pris le temps de nous parler de son travail pour la jeunesse, et de son précédent livre Toutes les maisons sont dans la nature (nominé pour les Prix Sorcières 2013). Il s’est entretenu avec nous avec grande passion et incroyable modestie.

En guise de présentation, Didier Cornille évoque son parcours artistique qui l'oriente vers le design plutôt que l'architecture, deux disciplines très liées dans le travail des deux maîtres qui ont marqué sa formation: Claude Courtecuisse, dont il a été élève aux Beaux-Arts de Lille, et le grand Ettore Sottsass qu'il rencontre en Italie. Aujourd'hui Didier Cornille enseigne aux Beaux-Arts du Mans, en marge de son activité de designer dans la création de mobilier, de lampes, qu'il exerce à Paris.

Il évoque sa rencontre avec l'équipe des éditions Hélium comme l’ultime rebond d'un ricochet marqué par un hasard heureux: les éditions des Trois Ourses, Gérard Lo Monaco, Hélium... Les deux premiers projets présenté à l’éditeur qui sera celui de Toutes les maisons sont dans la nature étaient des prototypes de livres objets inspirés de Munari. Et son écoute sensible pour ce travail que Didier Cornille ne destinait pas nécessairement aux enfants ne put que l’enchanter... On retrouve dans Mini Maxi et Bon voyage, les deux premiers livres qui en découleront, le même jeu sur les contraires, l'idée du «livre dans le livre» et le goût pour les sons. La naïveté vintage de ces deux objets charmants laisse deviner le grand lecteur qu'est aussi l’auteur, marqué par les «leçons de choses» du XIXe.

Didier Cornille trouve aujourd’hui chez Hélium un terrain d'expérimentation et de découvertes et se plaît à observer les contraintes liées à la création complexe d'un livre qu'il présente avant tout comme un travail collectif. Pour lui la qualité de l’objet final, indéniable, résulte de la chance de pouvoir créer avec cet éditeur... et des limites de ses propres compétences. Créer un beau livre suppose en effet qu’on sache déléguer avec un niveau d'exigence réciproque. Et il faut voir tous les détails des trois livres publiés pour le comprendre: du soin accordé aux couvertures, au choix des polices, aux subtilités de mise en page, jusqu'aux jolies tranches colorées...

La réalisation de Toutes les maisons sont dans la nature est le résultat d'un long travail dont le livre ne laisse cependant voir ou deviner qu'une partie. Elle témoigne en tout cas d'une histoire personnelle. On y trouve la fascination intacte de l'enfant visitant la cathédrale de Coutances ou le Mont-Saint-Michel mais aussi le père voyageant avec ses deux fils et leur faisant partager son goût pour l'aventure architecturale. Toutes les maisons sont dans la nature est un ouvrage étonnant de maîtrise, mais qui sait rester touchant, notamment au travers de son esthétique marquée par les jeux de l'enfance. C'est d'ailleurs ici que Didier Cornille justifie le choix du dessin plutôt que celui de la photographie. Selon lui, en architecture, la photographie donne à voir mais n'explique rien. Le dessin et la maquette offrent en tout cas plus de latitude et permettent de comprendre des qualités spatiales intraduisibles dans le langage photographique.

Comme son beau titre trouvé par Sophie Giraud l'indique, le livre se veut comme un résumé de l'architecture moderne: les maisons sont de toutes natures et varient selon les époques. Il est à sa façon un outil pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, pour expliciter notre rapport aux objets, pour solliciter notre perception des échelles. Il est aussi l'expression d'un engagement fort de l'auteur contre les réticences vis-à-vis de la modernité. Toutes les maisons sont dans la nature est moderne et ce n'est pas rien.

Gwendal Oulès, librairie Récréalivres

Photo : hélium


mardi 18 novembre 2014

Un récit fort, touchant et poignant : Tous les héros s'appellent Phénix - lu par la librairie Le Rat Conteur


Lorsque Phénix et Sacha se font ramener à la maison par Monsieur Smith, le charismatique professeur d'anglais, elles n'imaginent pas à quel point leur vie est sur le point de changer.

L'homme gentil et avenant, mais mystérieux et secret, prend de plus en plus de place dans la famille jusqu'à devenir un beau-père parfois strict, parfois charmant.

Les deux soeurs, tout à leur lien sans faille, n'y prêtent pas attention et cultivent leur jardin secret fait de découvertes zoologiques, de zombies et de théatre et de nouvelles amitiés.

Pourtant, une question se profile: jusque quand pourront-elles profiter des rayons du soleil sans l'ombre de "l'autre" qui laisse tomber les pâtisseries et les films d'horreur au profit d'une autorité de plus en plus pressante?

Un récit fort, touchant et poignant de deux jeunes filles qui cherchent à se construire malgré l'absence de leurs parents (un père parti sans explications et une mère totalement dépassée), malgré l'isolement, malgré l'adolescence.

Un roman tellement vrai par sa justesse que l'on vibre aux rythmes des joies et des peines de ces héroïnes extrêmement attachantes malgré la réalité et la dureté de la situation.

Librairie Le Rat Conteur à Bruxelles
Tous les héros s'appellent Phénix - Nastasia Rugani - École des Loisirs - coll. medium, grand format - Date de parution : septembre 2014

Le fil de la pensée, du destin, de la vie : Embrouillaminis - lu par la librairie Les Sandales d'Empédocle


Le fil.

Le fil de la pensée, le fil du destin, le fil de la vie.

Une petite fille nous emporte avec elle dans ses rêves, ses pensées et ses rencontres.

Elle virevolte le long de cette histoire, autour d’un fil, d’un lien, qui parfois s’emmêle et se noue en un embrouillamini.

Heureusement son ami Melchior n’est jamais loin pour le dénouer et sa grand-mère l’utilise pour tricoter…

Une ballade philosophique accompagnée d’un crayonné tendre, rouge et gris-bleu tout en simplicité!

Un magnifique album qui laisse place à l’imagination aussi bien pour la petite narratrice que pour le lecteur.

Sa sensibilité nous donne l’envie de s’allonger et de se laisser aller au fil des pages!

Amandine Gaudry, librairie Les Sandales d'Empédocle à Besançon

Embrouillaminis - Marie-Laure Alvarez, Illustrations Hajnalka Cserháti - Éd. Philomèle - Date de parution : janvier 2014

lundi 17 novembre 2014

«Les bateaux ont-ils des jambes?», se demande la petite fille qui n'en a plus : La Fleur des vagues - lu par la librairie Rêv'en pages


Pour ceux qui sont partis au vent salé, voici un album souvenir. Pour tous les autres, une carte postale, bleue comme l’océan. Ou encore, bleue comme La Fleur des vagues, un de ces bateaux gigantesques dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va.

Quelle que soit la saison, Hortense, Soazig (Soaz pour les intimes) et Chien-gris regardent les bateaux. Partir, revenir… Et chaque jour, La Fleur des vagues accoste au port.

Mais un jour, plus de grand bateau bleu à quai. Pas plus ce jour que les jours suivants. Les saisons passent. Plus de Fleur des vagues à l’horizon. Alors Hortense part à la recherche de l’ombre bleu de son navire fantôme…

Sur les traces de Wendy et Peter, Yves Pinguilly nous emmène dans l’univers onirique de cette jeune aventurière pas comme les autres, qui se demande si les bateaux ont des jambes. Des jambes qu’elle n’a plus mais qui, finalement, l’emmènent bien plus loin, bien plus haut.

Un album tout en poésie et qui aborde le handicap avec émotion et délicatesse, tout en nuances, comme les jolies peintures à l’huile de Olivier Desvaux.

Cyril Malagnat, librairie Rêv'en pages à Limoges
La Fleur des vagues - Yves Pinguilly, Olivier Desvaux - Belin - Date de parution : mai 2012


samedi 15 novembre 2014

Les livres de la semaine 46

Les bébés ont un goût salé - lu par les librairies Chat Perché et La Soupe de l'Espace

Il faut absolument que je vous présente Georges, drôle de magazine pour enfants! - par la librairie À Titre d'Aile

Dibri Colibri - lu par la librairie Apostrophe

Zaz : «Avec La Légende du Colibri, apporter ma petite goutte à l'océan de tous ces possibles»

La poésie source d'énergie vitale : Guerre à la guerre & Vive la liberté - lu par la librairie Le Bateau Livre

Une vraie leçon de vie, à offrir à n'importe qui, n'importe quand: Halb, l'autre moitié - lu et écouté par la librairie Les Modernes






La naissance de Little Lou, loin dans mon enfance - par Jean Claverie


Le troisième tome des aventures de Little Lou vient de paraître: Little Lou à Paris. Jean Claverie nous raconte la naissance de son héros: une histoire qui remonte bien avant ses propres sept ans…
Invariablement les enfants vous demandent comment viennent les idées. Et sur cette bonne question, précisément, l’on sent bien que le maître ou la maîtresse ont eux aussi envie d’en savoir plus.

Alors on explique. Chaque projet a son propre enchaînement de désirs, d’intuitions, d’hypothèses, de paris… Mais l’envie de parler de telle ou telle expérience vous fait presque toujours remonter le temps, votre propre temps. C’est peut-être ainsi qu’un auteur ou un illustrateur qui s’adresse à la jeunesse est dans une situation de vieillesse anticipée… Il puise plus tôt qu’autrui dans sa "réserve" d’enfance.

Pour Little Lou, grâce aux repères que constituent les déménagements, je sais que c’était bien avant 7 ans. Ma mère tricotait, cousait, confectionnait avec les moyens du bord les vêtements de la famille en ces temps difficiles de l’après guerre. Elle le faisait à côté du gros poste de radio sous le chiche éclairage de la lampe à piétement d’aluminium.

Musique classique, opéra, chanson française faisaient parfois une petite place à une musique stridente et exotique. Du jazz ? Des Noirs ? De la danse ? Maman tentait de m’expliquer ce que devaient être les soirées enfumées dans les boîtes de Saint Germain des Prés. Elle qui avait passé son bel âge en privations et en exodes en rêvait et cela, je le sentais bien. Elle me montrait ces photos de Paris-Match où des danseurs de bop ou de rock’n roll faisaient voler leur partenaire dans un tourbillon de jupons. En arrière-plan effectivement, un trompettiste, la crosse de la contrebasse ou un bout de cymbale attestaient que c’était du "live" comme on dit aujourd’hui. Et moi je m’habituais à ces petites fenêtres musicales.

Puis vint le jour de s’établir en ville. C’est dans une grosse traction que nous fîmes le voyage. Son propriétaire nous avait prévenus: vous allez voir ça, j’ai la radio à bord! Lorsque l’homme marcha sur la lune, quelque dix années plus tard, j’en fus infiniment moins étonné. Un poste de radio dans une voiture! Ça crachotait bien un peu mais je compris le nom de celui qui avait enregistré auxTrois Mailletz: Memphis Slim!

Le temps passa. Quand j’eus 12 ans ma mère fit l’acquisition du Teppaz décisif. Elle fonda la discothèque familiale avec un Bach, un Mozart, un Chopin auxquels le vendeur, pour faire bonne mesure avait ajouté un… Memphis Slim! Ça vient de sortir avait-il ajouté. C’était du blues mais je ne le savais pas.

Au gré de notre argent de poche et des rares disques d’export, mon frère et moi enrichissions notre petite collection. Avec du jazz surtout: Earl Hines, Art Tatum, Duke Ellington, puis Gerry Mulligan, les Adderley…

Et bizarrement ce n’est que vers 16 ans que je renouai avec le blues. Un cousin "parisien" nous avait fait entendre John Lee Hooker, Willie Dixon… et je compris que la musique de Memphis faisait partie de cette famille, que Memphis n’était pas un styliste isolé. À l’époque il n’y avait pas toute la littérature qu’on trouve aujourd’hui; la connaissance reposait sur la brève lecture du verso de la pochette. Plus tard des émissions de radio, des revues nous rendirent un peu moins ignorants.

Nous avions la chance d’avoir un piano à la maison. Il faut dire que nos parents avaient cru bon de nous épargner l’apprentissage qu’ils avaient subi. L’un et l’autre jouaient plutôt bien mais le prix payé avait été jugé trop lourd.

Alors c’est à l’oreille que nous nous appliquions à reproduire la musique aimée. Le piano connut une alternative aux tangos de mon père. Mon frère bricola une batterie. D’un gros carton à chapeaux il fit sa grosse caisse actionnée à coup de pieds; les plateaux de la balance Roberval s’avérèrent d’acceptables cymbales et, au terme d’une sélection rigoureuse, une boîte de conserve plate qui avait contenu du confit de canard fut retenue comme caisse claire après avoir été lestée de quelques billes.

Il fallut pourtant se rendre à l’évidence: le jazz sophistiqué que nous aimions était hors de notre portée.

Entre-temps la radio s’était mise au rock’nroll et les rockers français fleurissaient un peu partout. Ça semblait plus facile.

Mais nous n’avions pas de guitare. Alors Ray Charles puis les as du Rythm’n Blues nous montrèrent la voie. La même idée taquinait quelques copains… Vous devinez aisément la suite !

Le temps passa. Vers quarante ans, faire quelque chose avec tout cela s’imposa. Il n’y avait aucun livre pour la jeunesse sur le sujet.

Croquis, bouts de textes, voyage de La Nouvelle Orléans à Chicago… La routine quoi. Rapidement je compris qu’il me fallait un personnage. Ce fut Little Lou. Et avec mon histoire et mes dessins dans un carton, je m’armai de courage pour solliciter de ma première "idole" Memphis Slim une belle préface.

Ce soir-là, au Petit Journal-Montparnasse, à la fin du premier set, Memphis, grand seigneur en cape noire et canne à pommeau d’argent, m’affirma dans un rire puissant, que j’avais, à peu de choses près, raconté son enfance.

Avant d’être un succès le livre a connu des débuts difficiles, "bluesy" suis-je tenté de dire aujourd’hui. J’avais vraisemblablement à donner comme un gage au monde que mon album saluait. Mais c’est une autre histoire.

Certes Little Lou et sa suite La Route du Sud ne racontent pas mon enfance, plutôt un goût apparu pendant l’enfance et qui m’a construit mais, en revanche, La Batterie de Théophile, à coup sûr, a été faite en pensant à mon frère bricolant sa première batterie.

Jean Claverie, décembre 2006

vendredi 14 novembre 2014

Les bébés ont un goût salé - lu par les librairies Chat Perché et La Soupe de l'Espace


Difficile d’écrire sur ce livre sans que l’émotion ne resurgisse, celle qui m'a étreinte à la lecture de ce beau récit racontant un séjour en colonie de vacances pour enfants défavorisés. Un message d’espoir et de justesse, sans être larmoyant malgré la dureté des situations familiales et sociales que ces personnages d’enfants vivent. La plume de Sampiero est parfaite. On se souvient de P’tite mère publié chez le même éditeur en 2002 (et Prix Sorcières romans junior en 2003), où Lætitia, du haut de ses 5 ans, se débattait avec courage contre son quotidien pour le moins difficile… Plus de 10 ans après, on retrouve dans le personnage de Malika, âgée elle de treize ans, la vivacité et la pugnacité de sa «P’tite sœur» littéraire. Merci Monsieur Sampiero. Malika deviendra-t-elle maman, à son tour, dans 10 ans ?… Pour mon bonheur de lectrice, je le souhaite!

Anne Helman, librairie Chat Perché au Puy en Velay


Son papa est parti suite à la naissance de sa petite soeur, sa mère ne va pas bien et fuit régulièrement le foyer familial… Et Malika dans tout ça ? Notre narratrice, Malika, a 13 ans. Elle s'occupe beaucoup de Malvina, sa petite soeur de cinq mois.

Malika est aussi une adolescente dont le coeur bat pour Steven, un jeune du quartier avec lequel elle est amie. Entre les biberons et ses potes de cité, son coeur balance. Pourquoi choisir? Steven a raison: pourquoi ne pas partir à la mer avec le centre social, avec lui et sa petite soeur vraiment petite ?…

- Qu'est-ce qui t'as pris d'emmener ce bébé? Tu te rends compte, Steven? T'es inconscient ou quoi? Et toi, Malika, tu sais que ta mère peut porter plainte? Et que ça suffirait pour faire fermer le centre?
- C'est pas la première fois qu'elle fugue, sa mère… Tout le monde est au courant aux Noires Terres. Elle va rentrer. C'est sûr. Elle rentre à chaque fois. Mais quand? ça, on sait pas !
Je retrouve mes esprits et arrive à parler enfin, à toute vitesse, pour vite finir ma phrase.
- Et j'ai laissé ton numéro de portable sur la table… pour la prévenir… avec un petit mot: on est parties à la mer.


Un texte engagé, très humain qui bouscule. Parfois drôle, très émouvant. J'ai adoré sa lecture! Une collection à suivre de près.

Mel, librairie La Soupe de l'Espace  à Hyères

Les bébés ont un goût salé - Dominique Sampiero - Zestes, Rue du Monde - Date de parution : mai 2014 - Photo : La Soupe de l'Espace

jeudi 13 novembre 2014

Aidez Georges à nous rendre visite! (et téléchargez une grue à découper!)

Georges se déclare lui-même être «une sorte d'ovni, un magazine alternatif, sans aucune publicité, qui s'affranchit des contraintes commerciales et qui choisi une esthétique qui n'est connotée ni fille ni garçon..». Et voudrait pouvoir faire la tournée des librairies de France pour les en convaincre. Alors aidez Georges à nous rendre visite, en cliquant ici !
Mais que découvre-t-on quand on ouvre les pages du magazine Georges?

Commençons par le commencement. D'abord, c'est La partie des histoires, pour une histoire confiée à un auteur-illustrateur différent à chaque numéro, et que le thème du présent numéro inspire.

Ensuite, c'est L'interview : Georges interroge un des personnages de l’histoire, comme si celle-ci était un film où il avait joué. On les appelle «les comédiens d'histoires», et parfois, ils ont un peu la grosse tête…

Puis,  c'est L'histoire courte : une BD, avec Panpi et Gorri, deux chiots, cousins de surcroît, qui trouvent toujours des occupations assez sottes, mais rigolotes (comme kidnapper un géranium ..).  

L'histoire vraie raconte, elle, une invention ou l'histoire d'une personne ayant réellement existé.  

L'histoire à suivre,  quant à elle, est composée de quatre épisodes, à suivre sur quatre numéros. C'est une des rubriques les plus récentes de Georges, même si nous voilà déjà au dernier épisode de la saga Il était une forme, l’histoire d'une prince charmant, plutôt carré, qui croise tout un tas de personnages de contes en drôles de formes.

La deuxième partie  comprend six jeux, qui tournent autour de la thématique du numéro et sont confiés à des illustrateurs différents. C'est l'occasion de revisiter les labyrinthes, mots mêlés, jeux des 7 différences… Mais aussi des jeux où il faut  écrire, dessiner, classer, observer…

En bonus, au milieu du magazine, il y a toujours un paper-toy inédit à découper et fabriquer. Voici le dernier, que vous pouvez même télécharger en cliquant sur l'image!


Enfin, la troisième partie, intitulée Les rubriques à brac, comporte des fiches où l'on apprend différentes choses… Une vraie personne nous parle de son métier, puis un cours de langue étrangère express nous permet par exemple de savoir dire «T'as de beaux yeux» en turc. En science, le laboratoire de Georges explique comment fabriquer des volcans, des nuages ou encore des bulles géantes. Au cinéma on trouve les dialogues d'une scène de film à rejouer à la maison, comme une pièce de théâtre.

Et pour finir, on ajoute toujours une rubrique bricolage ou cuisine...

C'est un beau programme, Georges, non ? (et son site, c'est ici: magazinegeorges.com)

Carole Ohana, librairie À Titre d’Aile, Lyon

http://fr.ulule.com/magazine-georges/

mardi 11 novembre 2014

Dibri Colibri - lu par la librairie Apostrophe

Dans la savane, c'est l'heure de la sieste. Soudain, les oiseaux hurlent « Au feu ! » Tous les animaux fuient mais Mouth le lionceau ne comprend pas ce qu'il se passe. Qu'est-ce que le feu ? Il n'a jamais vu cette chose que tout le monde a l'air de craindre.

Alors que les animaux fuient, un tout petit oiseau, Dibri le colibri décide de «faire sa part» et essaye d'éteindre le feu. Mouth se dit alors que si tout le monde prenait exemple sur Dibri, le feu pourrait être vaincu.

Un magnifique album qui apprend aux petits ce qu'est le feu mais aussi l'esprit d'équipe : à plusieurs, on est plus fort que seul.

Anaïs Dubois, librairie Apostrophe à Chaumont
Dibri Colibri - Emmel et Mia – Lilly Jeunesse Éditions - Date de parution : mars 2013

lundi 10 novembre 2014

Une vraie leçon de vie, à offrir à n'importe qui, n'importe quand: Halb, l'autre moitié - lu et écouté par la librairie Les Modernes


Halb est un livre, Halb est un CD, Halb est un livre-CD: comme vous voulez! Mais que vous le preniez comme ceci ou comme cela: Halb est par-fait!

Halb, ça veut dire «l’autre moitié» en yiddish. Et l’autre moitié, c’est celle de la mélodie que Baka, la grand-mère, a oublié alors qu’elle offre sa clarinette à sa petite-fille Tallinn pour fêter ses dix ans.

À partir de là, nous voilà partis pour un grand voyage à la recherche de la mélodie perdue… Car «Baka a décidé d’apprendre à sa petite fille ce qu’elle sait de la vie, et ce qu’elle sait tient dans une clarinette».

Le rapport texte/image/musique et voix est totalement réussi.Pour nous avoir offert une grande leçon de vie et de joie, loin des morales ruminées et des histoires qui ne disent plus grand chose, tous nos remerciements vont à Alexis Ciesla, clarinettiste virtuose qui a composé la musique et interprété de nombreux morceaux, à Sigrid Baffert pour l’histoire (et les chansons!), à Barroux pour les illustrations, à Elsa Zylberstein pour la lecture à haute voix et bien évidemment aux éditions Des Braques pour l’édition.

À offrir à n’importe qui, n’importe quand!

Gaëlle Partouche, librairie Les Modernes à Grenoble


Halb, l'autre moitié - S. Baffert, A. Ciesla, Barroux - - Éd. Des Braques - Ce livre est l'un des 51 coups de coeur mis en avant dans le n°69 de Citrouille, en librairie le 15 novembre et distribué sur le Salon de Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil.

Ecoutez trois extraits de Halb, l'autre moitié: Extrait 1 - Extrait 2Extrait 3


Interview vidéo de Christophe Mauri, en dédicace à la librairie L'Oiseau Lire


À l'occasion de la sortie du 5e et dernier tome des aventures de Mathieu Hidalf, Christophe Mauri sera de nouveau en dédicace à la librairie L'Oiseau-Lire d'Évreux le samedi 15 novembre. Au début de l'année, il y avait répondu à quelques questions à propos de son héros Mathieu, et de la fin annoncée de ses aventures :

  

Mathieu Hidalf, Tome 5: La dernière épreuve - Christophe Mauri - Éd. Gallimard jeunesse - Date de parution: septembre 2014

vendredi 7 novembre 2014

14-18, de Thierry Dedieu - lu par les librairies Papageno, Rêv'en pages, Tire-Lire, Les Sandales d'Empédocle, Croquelinottes et La Boîte à Histoires


Pas besoin de mots, juste regarder.
Nous avons le souffle coupé face à ces illustrations.
Tout est là, tout y est. Un mélange de terre, de fumée, de boue, de sang nous laisse pantois.
Nous touchons la souffrance, la solitude, la peur, la mort.
Et cette lettre, à la fin, nous donne tant d'émotion, que ce soldat-là ne sera jamais plus inconnu.

Florence, librairie Papageno à Clermont Ferrand


Inclassable. Il est vrai que l’on pourrait dire cela de la plupart des albums signés Dedieu. Mais là, force est de constater que l’illustrateur est véritablement au sommet de son art. Avec cet album-hommage aux soldats de la grande guerre, il parvient encore à nous surprendre. En silence. Dans ce magnifique ouvrage grand format, Dedieu l’insaisissable, nous invite cette fois à « une minute de silence à nos arrière-grands-pères courageux », sous-titre ô combien évocateur qui résume à lui seul toute la force et l’émotion qui émanent de ce livre singulier. Car vous l’aurez sans doute compris, il s’agit ici d’un album sans texte, ou presque. Sobres et violentes à la fois les images de Thierry Dedieu prennent alors possession de chacune des immenses pages de ce livre, dans un vacarme assourdissant. Armé de ses seuls pastels sépia, l’illustrateur se fait alors chroniqueur de guerre, saisissant autant d’instantanés d’un réalisme troublant et qui ramènent le lecteur un siècle en arrière, dans la grande Histoire, celle qui sent la poudre, le sang, la vermine, la fin du monde. Au fil des pages, on ne peut alors s’empêcher de voir, dans l’esthétique violente et tourmentée de cet album hors-norme, une influence expressionniste qui renforce encore davantage cette plongée sourde dans l’absurdité et l’obscénité de 14-18. La preuve en images, s’il en fallait encore une, de l’immense place conquise par l’album jeunesse dans la littérature d’aujourd’hui.

Cyril Malagnat, librairie Rêv'en pages à Limoges


Pas de mots. Des images. Et quelles images ! Bouleversantes et bien plus fortes que n’importe quel discours. L’introduction l’annonce : «Hélas, ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis. Gustave». Les illustrations nous plongent dans l’enfer des tranchées avec une force spectaculaire. Dans ces planches grands formats, on ressent la tension, on entend le silence, on attend, on se cache des explosions, on fuit la mort. On a la chair de poule devant chaque portrait. C’est terrifiant, c’est superbe. Puis, à la fin du livre, il y a une lettre : la réponse d’Adèle à Gustave.
Avec le centenaire de la Grande Guerre, une foule de livres arrivent sur nos tables. L’hommage de Thierry Dedieu, en grand format et en sépia, est le plus éloquent. Le lecteur en frissonnera longtemps…

Librairie Tire-Lire, à Toulouse


Grand format, cet album est sans paroles. Dès que vous l’aurez ouvert, vous saurez pourquoi et que les illustrations au pastel de Thierry Dedieu n’en avaient pas besoin, porteuses en elles-mêmes d’une force évocatrice suffisante.

En l’ouvrant, vous entrerez un peu dans le monde des tranchées, celui de ces hommes partis se battre pour quelques semaines et qui des mois plus tard n’en peuvent plus et ne comprennent plus ce qui leur arrive, comme le montre l’extrait d’ouverture : « hélas, ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis. Gustave ».

La vie encore au départ avec ce lièvre aux aguets alors que les premiers obus tombent, et puis, des paysages dévastés, des visages d’hommes aux regards perdus, ces ciels bouchés…

Des pages bouleversantes comme avec cet homme aux bras croisés, souriant et la page suivante où deux corps volent propulsés par l’explosion : lui ?

Les pages se suivent, se ressemblent, nous entrainent avec eux dans ce monde absurde qui mène au désespoir, à la mort. A la fin la lettre de l’épouse de Gustave comme un écho lointain de l’arrière qui sent que tout s’est dégradé, que plus rien ne fonctionne qui attend des nouvelles, des preuves de vie…

Difficile de vous dire l’émotion ressentie à la lecture de cet album, difficile de vous dire la beauté des pages, couleur sépia, issues d’un autre monde qu’on espère disparu à jamais. Un album somptueux, dont les pages et les illustrations plus que les mots montrent l’absurdité de la guerre, sa violence, son appétit insatiable de mort et qui nous abandonne, une fois fermé bouleversés et pantelants.

A regarder, découvrir, certainement le plus bel hommage « à nos arrière-grands-pères courageux ». Un album juste sublime à faire découvrir à toutes générations confondues.

Jean-Luc, librairie Les Sandales d'Empédocle, à Besançon


À moi aussi, les mots manquent. J’ai reçu une claque.
L’album de Dedieu, immense, nous confronte à l’horreur.
Voici l’incipit : «Hélas, ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis.»
Gustave, auteur de la laconique lettre, se tait. Et la guerre est racontée par les images, poignantes parce que sublimes et terrifiantes. Et l’horreur croît, de pages en pages, jusqu’aux deux images finales, difficilement supportables.
L’enveloppe fixée sur la couverture donne le point de vue d’Adèle qui, de l’autre côté, subit aussi, mais d’une autre façon, la guerre.
À partir de quel âge ?… pas trop tôt, le plus tard possible en fait…

ClaireD, librairie Croquelinottes à Saint-Étienne


Je crois vous avoir déjà dit que j’étais une fan absolue de Thierry Dedieu, non?

« AGNES! (Je crie) , tu savais toi que j’étais une inconditionnelle de Dedieu?»

Et bien ma passion n’a pas faibli, loin s’en faut.

Avec ce dernier album j’ai pris une claque.

La commémoration de la première guerre mondiale jette sur les tables des libraires des tonnes d’ouvrages sur le sujet: documentaires, romans, rééditions, témoignages. Ils sont pour la plupart passionnants, instructifs, émouvants … Et puis il y a l’album de Dedieu, qui m’a laissée sans voix.

Les illustrations nous sautent au visage, nous empoignent et nous jettent direct au fond des tranchées. On est dans la boue, le bruit et la fureur. Il y a les explosions, le froid, la vermine, le fracas des bombes, les tirs d’obus, les blessés et les morts.

«Hélas, ma chère Adèle, il n’y a plus de mots pour décrire ce que je vis.» Gustave.

Dans ce grand format, les illustrations sont véritablement saisissantes: réalisées au pastel dans des déclinaisons de tons bruns et sépia, elles explosent en pleine page et disent tellement de la terreur et de la solitude de ces hommes engagés sur le front.

En fin d’ouvrage, une enveloppe avec une lettre d’Adèle. Elle attend, elle guette la moindre nouvelle, voyant revenir de la guerre des gueules cassées, des hommes fracassés : «Mais eux sont rentrés vivants! Ici, même si la vie est dure sans tes bras à la ferme, sans ton corps dans mon lit, je ne dois pas me plaindre. (…) La patrie a besoin de héros soit! Moi je n’ai besoin que de toi! RENTRE VIVANT! ». Ton Adèle.

L’album est d’une force rare. Une fois encore on reste éblouis par la justesse de l’écriture, par la maîtrise du trait de Dedieu.

Les univers qu’il arpente et nous fait partager sont toujours différents et son immense talent d’illustrateur nous emporte à chaque fois.

Cet hommage là qu’il rend aux Poilus paraît lui tenir à cœur et l’émotion est palpable dans chaque image. On en ressort sonnés et la gorge serrée.

Un ouvrage magnifique à lire, à regarder et à partager avec le plus grand nombre.

Véro, librairie La Boîte à histoires à Marseille 

14-18. Une minute de silence à nos arrières grands-pères courageux - Thierry Dedieu -Seuil Jeunesse – Parution février 2014 -  Ce livre est l'un des 51 coups de coeur mis en avant dans le n°69 de Citrouille, en librairie le 15 novembre et distribué sur le Salon de Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil - Le blog de Thierry Dedieu : Thierry Dedieu fait des histoires



jeudi 6 novembre 2014

Les Autodafeurs. Tome 2: Ma soeur est une artiste de guerre - lu par la librairie Croquelinottes

Souvent, pour les libraires, lire le deuxième tome d'une série paraît loin d'être indispensable, tant l'offre de nouveautés est vaste sur nos étals, et l'on se dit que lire une suite, c'est un peu une perte de temps, surtout qu'on est très intelligent et que l'on sait où l'auteur veut nous emmener (on ne nous la fait pas), alors le tome 2 …

Mais parfois, aussi, on fait tant corps avec le récit, les personnages prennent tant vie et deviennent à ce point nos frères et sœurs, leurs aventures deviennent à ce point nos aventures qu'on veut absolument, et toute affaire de librairie cessante, savoir ce qu'il va nous arriver dans le tome suivant!

Alors, le tome 2 avalé, je me demande: les Autodafeurs mettront-ils leur plan à exécution ? Césarine sera-t-elle capable de mettre un nom sur ses sentiments? Auguste, son idiot de frère, le sera-t-il un peu moins? Est-ce que je peux leur être d'une quelconque utilité ?

Le tome 3 arrivera-t-il bientôt pour combler le trou qui est en moi depuis que j'ai dû abandonner mes frères et sœurs à leur sort ? Ils sont sûrement perdus sans moi...

En tout cas, rien de plus certain: je le suis sans eux.

Thomas, librairie Croquelinottes à Saint-Étienne

Les Autodafeurs. Tome 2: Ma soeur est une artiste de guerre - Marine Carteron - Rouergue - Date de parution : octobre 2014. Lire des extraits ici - Le tome 1 est l'un des 51 coups de coeur mis en avant dans le n°69 de Citrouille, en librairie le 15 novembre et distribué sur le Salon de Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil

Les Autodafeurs. Tome 1: Mon frère est un gardien - lu par la librairie Libr'Enfant


Commençons par résumer un peu les choses: à la suite du décès «accidentel» de leur père, Auguste Mars, quatorze ans, et sa petite sœur autiste Césarine sont plongés malgré eux dans une guerre secrète opposant depuis des siècles La Confrérie et les Autodafeurs (oui oui il y a un rapport avec les autodafés, vous verrez!). L'enjeu du conflit est le contrôle du savoir et la mainmise sur sa forme la plus ancienne: les livres.

Pour son premier roman, Marine Carteron commence fort, très très fort! Et honnêtement, si elle poursuit à ce rythme, elle risque de vite se faire une place dans vos rayons «coups de cœur». Par son écriture fluide et proche de l'adolescence, elle réussit un vrai de coup de maître: tout au long du récit, vous vous croyez aux côtés d'Auguste, elle retranscrit avec justesse son comportement de jeune adolescent… et c'est parfois à mourir de rire!

Au-delà de cette écriture, de ce ton décalé et savoureux, elle a su mêler tous les ingrédients des romans d'aventure: action, apprentissage, suspense, amour, amitié… Nous nous sommes régalées avec ce premier opus d'une trilogie qui deviendra une véritable référence littéraire, tout comme celle d'Anne Percin (Comment bien rater ses vacances, Comment bien gérer sa love story et Comment bien devenir une rock star, publiés d'ailleurs chez le même éditeur…) Donc si vous êtes-vous prêt(e) à enfiler le chapeau d'Indiana Jones, à courir pieds nus comme John McClane ou faire des prises avec des nunchaku comme Jackie Chan, vous êtes le lecteur, la lectrice, idéal(e) pour les premières pages de cette trilogie détonante!

Dans ce premier tome, Marine Carteron n'effleure que la surface du complot, et lorsque vous lirez ces lignes,vous aurez de la chance: le tome suivant, Ma sœur est une artiste de guerre, aura dû paraître. Mais au moment où nous rédigeons cette critique, nous sommes, nous, dans l’obligation douloureuse de devoir prendre patience avant de le dévorer!

Rachel, librairie Libr'Enfant à Tours
Les Autodafeurs: T1, Mon frère est un gardien - M.Carteron - Rouergue - Date de parution : mai 2014 - Ce livre est l'un des 51 coups de coeur mis en avant dans le n°69 de Citrouille, en librairie le 15 novembre et distribué sur le Salon de Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil

mercredi 5 novembre 2014

Un livre optimiste et positif : Les Princes charmants n’existent pas - lu par la librairie Chat Perché

À partir d’une correspondance plutôt atypique pour deux jeunes gens de notre époque, Rodrigue et Nora finiront par tomber dans les bras l’un de l’autre...

Maïa Brami nous offre ici un roman juste et sensible sur les émois amoureux d’adolescents.

Le livre met à l’honneur les romans épistolaires classiques que l’auteure revisite avec talent, et surfe sur la vague des sentiments avec intelligence, sensibilité, voire, sous couvert de divertissement, avec une certaine profondeur.

Un régal de lecture, un livre optimiste et positif.

Anne Helman, librairie Chat Perché au Puy en Velay
Les Princes charmants n’existent pas - Maïa Brami - Grand Format, Nathan - Date de parution : avril 2014 

Des livres-CD mais des bras aussi - par Sophie Nanteuil, éditrice

 Portrait © Nicolas Duffaut
Tous les soirs, c’est obligatoire, Lise a droit à une histoire.
Tous les soirs, c’est la maman de Lise qui lui lit l’histoire.
Sauf le mardi et le vendredi parce que ces soirs-là, la maman de Lise fait du fitness dans le club de gym du quartier.
Alors le mardi et le vendredi soir, c’est le papa de Lise qui lui raconte l’histoire.
Enfin, ça c’est ce que croit la maman de Lise.
Car ces soirs-là, le papa de Lise, lui aussi, fait du sport.
Mais pas au club de gym du quartier.
Non, ses clubs (il en a plusieurs, c’est un grand sportif) s’appellent Eurosport, Canal +, L’Equipe TV, Sport +, TF1 et France 2 parfois aussi.
Et il ne fait pas du fitness de nana, lui.
Il fait du foot, du tennis, de la boxe, du ski pendant les J.O. d’hiver, de l’athlétisme pendant les J.O. d'été. C’est un grand sportif, le papa de Lise.
Le papa de Lise ne peut donc pas lire l’histoire du soir à sa fille.
Mais il a un secret.
Il a trouvé des livres qui se racontent tout seuls.
Des livres qui, quand on appuie sur la touche play du lecteur CD, se mettent à parler!
Tous les mardis et vendredis, ce n’est donc pas le papa de Lise qui lui raconte l’histoire, mais plein de gens différents, parfois même des célébrités: Marlène Jobert, Bernard Giraudeau, André Dussollier, Bruno Solo!
Lise a trop de chance…
Mais, parfois, l’histoire finie, la petite fille se glisse sur le canapé et elle s’endort bercée par les voix de Gérard Holtz ou Nelson Montfort dans les bras de son papa.
Parce que les bras de son papa, aucun livre-CD ne pourra jamais les remplacer…

Sophie Nanteuil, éditrice
Citrouille n°47
, 2007 : du sport dans les livres (lire ce numéro en ligne)

mardi 4 novembre 2014

Pour bientôt ? : Des ados parfaits - lu par la librairie Le Chat Pitre


Rêve ou cauchemar?

Dans un futur pas trop lointain, sera-t-il possible de remplacer des enfants turbulents par des clones dociles et soumis ? Combien de parents y aura-t-il pour souhaiter profiter de l’échange ?

Plus inquiétant, quel type de société encouragerait une telle pratique et qu’adviendrait-il des «originaux» rejetés ?

Sous des airs de récit d’anticipation, Yves Grevet poursuit la réflexion entamée dans L’école est finie (Mini-Syros, 2012) autour de l’avenir d’une société inégalitaire et intolérante.

Le ton reste celui de la nouvelle fantastique, mais le malaise va crescendo, à mesure de l’avancement de l’intrigue, face à la déshumanisation d’un monde où les nouvelles générations seraient conçues pour s’adapter parfaitement aux désirs des parents.

Cette aventure déroutante inaugure –avec Ascenseur pour le futur, de Nadia Coste– une nouvelle collection de romans chez Syros pour lecteurs à partir de 10 ans. Les deux premiers titres sont une réussite !

Librairie Le Chat Pitre à Paris
Des ados parfaits - Yves Grevet - Éd. Syros, coll. Mini Soon + Date de parution: septembre 2014 - Une première version de ce roman a été publiée en 2012 dans la revue Je bouquine (n°335)

http://www.syros.fr/feuilletage/viewer.php?isbn=9782748515015

Ma seule ambition: susciter la réflexion - une interview d'Yves Grevet

Des ados presque parfait, le nouveau roman d'Yves Grevet vient de paraître aux éditions Syros. L'auteur y poursuit sa réflexion entamée dans L'école est finie, paru chez le même éditeur, et dont il nous parlait dans le numéro 62 de Citrouille (lire l'intégralité de cette interview dans ce numéro en ligne).

SILVIA GALLI: L’École est finie est un livre petit par la taille mais qui frappe par la force et la pertinence de son propos: le portrait d’une école de demain complètement asservie à une logique d’entreprise. Comment est né ce roman?

YVES GREVET:
Dans mon travail d’enseignant. J’avais le sentiment, partagé par beaucoup de mes collègues, de me sentir de plus en plus abandonné par l’institution. La disparition progressive du réseau d’aide aux enfants en difficulté (R.A.S.E.D), réseau qui répondait à un réel besoin au sein de notre établissement, a été un des éléments déclencheurs. Ceci ajouté à ce refrain sans cesse rabâché, selon lequel l’État endetté doit imposer des efforts à tous et que l’École devrait porter sa part… L’École est un investissement d’avenir. On n’a donc pas à la mettre à contribution, ni à sacrifier les nouvelles générations sous prétexte qu’il faudrait faire des économies. Et puis, il y a ce mythe tenace de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage qui résoudraient tout. Personnellement, je suis très respectueux des travailleurs manuels, je suis même admiratif, mais il faut s’engager dans ces filières en l’ayant choisi. Je ne pense pas que si un enfant ne réussit pas à l’école on doit le mettre en apprentissage le plus tôt possible. C’est comme si l’État républicain avait renoncé à assurer pour tous un minimum de culture générale et d’ouverture sur le monde. Le livre est donc parti d’une sorte de coup de colère.

Était-ce au départ, un texte à destination des enfants?


Non, en effet, L’École est finie est l’adaptation d’un texte sollicité par une revue militante, N’autre école, qui m’avait demandé d’imaginer l’École de demain. L’invitation avait d’ailleurs été lancée à d’autres écrivains (F. Bégaudeau, M. Cantin, J. Héliot, B. Mordillat…). C’était donc au départ un texte visant un lectorat adulte qui avait la forme d’un récit pour enfants. Après sa parution en presse, je me suis dit qu’il pourrait aussi intéresser des plus jeunes et je l’ai donc retravaillé pour en faire un livre jeunesse. Je pense y être arrivé. Quelques-uns de mes élèves de CM2 qui l’ont lu ont tout de suite fait le parallèle avec la situation des enfants au XIXe siècle qui étaient employés dans les mines et les usines. Depuis sa sortie, j’ai été content d’apprendre que ce texte était également lu en lycée professionnel et que des adultes en offraient à des amis.

Il est désigné sur la quatrième de couverture comme un livre de politique-fiction. Comment l’avez-vous construit?

Je suis parti de la dictée, scène classique, voire nostalgique, de l’école sauf qu’on découvre bien vite que le texte est tiré d’un prospectus publicitaire. Autour de cette idée d’École des entreprises, j’ai imaginé un environnement cohérent, comme on le fait quand on construit une dystopie comme Méto. Là, c’était plus facile car il suffisait de s’inspirer de la réalité mais en amplifiant certaines dérives d’aujourd’hui. Même si certains éléments décrits peuvent paraître excessifs, comme la retraite à quatre-vingt-cinq ans, d’autres comme la «loterie du dentiste» sont presque déjà une réalité quand on sait qu’aujourd’hui, une partie de la population ne se fait plus soigner les dents car les soins dentaires ne sont pas suffisamment remboursés.

Qu’est-ce qu’un livre comme L'École est finie a en commun avec d’autres de vos ouvrages, comme la trilogie Méto parue chez Syros?

On peut voir des similitudes entre les deux livres. C’est à chaque fois, l’histoire d’une prise de conscience. Ce sont deux héros confrontés à une réalité qu’ils pensaient immuable. Au départ, ce sont des personnages normaux qui, mis en face d’évènements, doivent se positionner en se demandant: est-ce que je détourne le regard et j’attends que ça se passe ou est-ce que je réagis? Et si je décide de m’engager, qu’est-ce que je peux faire? Aurai-je le courage d’aller jusqu’au bout? Au départ, Méto est un bon petit soldat, quelqu’un qui a appris à respecter les règles et qui veut rester dans le rang. C’est en initiant Crassus, un petit nouveau, qu’il découvre l’absurdité du discours qu’il doit transmettre. Alors va germer en lui l’idée de percer les secrets de la maison, puis de se révolter. C’est le cas aussi pour Noé, dans C’était mon oncle, qui découvre un soir qu’on lui a caché l’existence d’un oncle parce qu’il était SDF. Le narrateur va s’opposer au schéma familial et social en allant à la recherche des souvenirs de son oncle, en dépassant sa peur pour aller rencontrer ceux qui vivent dans la rue. Il montrera à tous la valeur et l’humanité de cet homme disparu.

Si on vous demandait de définir l’engagement en littérature, que pourriez-vous dire?

Je ne me perçois pas comme un écrivain engagé. Je veux avant tout partager des émotions, des sensations et des réflexions avec mes lecteurs. Ce qui transpire dans mes livres ce sont les valeurs auxquelles je crois et qui animent mes héros. Ma seule ambition dans ce domaine serait plutôt de susciter la réflexion, de donner à entendre la voix de chacun, d’ouvrir des portes. Ce n’est jamais imposer une manière de penser. Apprendre à rester soi-même, à se méfier des idées toutes faites, à prendre de la distance. Je me méfie depuis l’enfance de toutes les formes de manipulations et d’embrigadements surtout vis-à-vis des enfants. J’ai vécu quand j’avais dix ans une expérience traumatisante qui m’a vacciné à jamais de ce genre de dérives.

Vous pourriez nous raconter?

C’était pendant des vacances d’été quelques années après les événements de 68. Mes parents pour la première fois avaient décidé de nous envoyer mon frère et moi en colonie de vacances. Ce centre avait un projet social d’intégration d’enfants issus de bidonvilles. Mes parents n’étaient pas au courant qu’il y avait aussi un projet politique au sein de l’équipe d’animation constituée de militants d’extrême gauche. Un jour, les animateurs nous ont séparés en deux groupes. Ils ont fait travailler les enfants d’immigrés. Les filles nettoyaient les chambres qui étaient immédiatement resalies et les garçons devaient transporter des briques en plein soleil. Les «petits français» pouvaient jouer et boire à leur guise. En fait, ils maltraitaient les enfants d’immigrés pour les pousser à la révolte et cherchaient à nous culpabiliser. Quand les choses ont commencé à mal tourner, ils ont tout arrêté et nous ont expliqué les raisons de cette action lors d’une grande réunion. J’ai vécu cette journée, comme beaucoup, comme une agression violente que je ne suis pas prêt d’oublier. Un détail encore, cette expérience a été filmée. Si quelqu’un en a entendu parler, qu’il me fasse signe.

Propos recueillis par Silvia Galli, librairie Le Chat Pitre à Paris - 2012

lundi 3 novembre 2014

J'éponge mes peurs - l'Alphabet d'Emmanuelle Houdart

A l'occasion de la mise en ligne du site d'Emmanuelle Houdart et de la parution de son nouvel abum, Abris, un des 51 coups de coeur du n°69 de Citrouille bientôt disponible dans les Librairies Sorcières, revoici son Alphabet écrit à l'invitation de la librairie L'Autre Rive et publié en 2003 dans notre revue.

A comme asticot, aliments, animal, absurde, acidulé, associations d'idées, ambiguité
Association d’idées : je travaille par associations d’idées, un peu comme dans une psychothérapie. Par exemple, si je suis en train de créer une image du fond de la mer, j’essaie d’associer toutes les images mentales qui me font penser à l’eau, à la mer ; les personnages porteront forcément des chapeaux en forme de poisson. Ensuite je me mets à divaguer un peu et l’un de ces personnages tiendra un appareil photos à la main parce qu’il me fait penser à mon homme (qui est photographe). Il y a parfois des associations d’idées logiques et puis j’installe soudain des trucs qui n’ont rien à voir pour qu’on essaie de ne pas s’ennuyer - Ambiguïté : l’ambiguïté de mes dessins vient de l’équilibre que j’instaure entre la menace et la protection. Il y a souvent un objet ou un personnage menaçant dans mes dessins, il dépasse d’une poche ou est à moitié planqué derrière un autre personnage, mais il est bien là et il personnifie la part de risque, la fragilité de la vie, mes angoisses de mort et de disparition. Mais il a toujours son petit contraire : un petit être bénéfique qui n’a l’air de rien mais qui peut tout. Cependant je ne contrôle pas toujours la présence de ces deux forces, c’est tout à fait inconscient et ce n’est qu’après avoir terminé mon dessin que je les découvre, et ça me fait bien rigoler…

B comme bonhommes, bonbons, bouche - C comme chaussures et chapeaux
Chaussures et chapeaux : petit à petit, ils ont pris, comme d’ailleurs les autres pièces de vêtements, beaucoup d’importance dans mon travail. C’est qu’ils peuvent à eux seuls dire beaucoup sur celui qui les porte, raconter sa vie, sa fonction dans l’image ou son humeur de l’instant. Et puis aussi, c’est comme si le personnage venait dire à l’enfant : "Tu vois, moi, je m’habille comme ça, avec deux chaussures différentes, une cage à oiseaux sur la tête, des bracelets en cheveux tressés et une écharpe en caramel. Fais en autant ! Choisis ta vie ! Choisis la fantaisie !"

D comme devinette, durer - E comme échelle, enfant, étoffe, éponge
Éponge :
Certains objets reviennent dans presque tous mes dessins : le poisson, l’éponge, le livre, le crayon. Je ne cherche pas trop à savoir pourquoi l’éponge, par exemple, finit toujours par pointer le bout de son museau dans l’une des poches des personnages. Mais sûrement c’est parce qu’elle a cette faculté merveilleusement réparatrice de venir dire : "Allez, on efface tout et on recommence, autrement !"

F comme farfelu, fariboles, Fantine, feutres
Fantine : c’est le prénom de ma plus jolie raison de vivre, c’est le prénom de ma fille, ma perle, qui a eu deux ans en mai. C’est aussi le titre d’un de mes derniers livres paru au Seuil Que fais-tu Fantine ? J’ ai commencé ce livre en même temps que grandissait en moi ma petite fille et je l’ai terminé lorsque je l’ai sevrée. Ce livre a été fait d’instants volés entre les tétées, les couches et les câlins et s’est nourri de cette tempête que déclenche un enfant qui arrive dans notre vie. Il reste, pour le moment, mon ouvrage préféré, pour toutes ces raisons mais aussi pour l’échange de grande qualité que j’ai eu avec Fani Marceau, directrice de collection, qui est une interlocutrice enthousiaste et exigeante et une véritable accoucheuse d’idées - Feutres : je travaille avec des petits feutres noirs très fins pour le trait et des feutres pantone à l’alcool pour les couleurs. Je fais beaucoup de mélanges pour donner de la matière à la couleur. Je n’aime que les matériaux qui résistent et je n’ai jamais pu me faire aux techniques de l’aquarelle ou de l’encre.

G comme gourmandise, Genève
Genève : j’ y ai fait mes études aux Beaux-Arts. J’y ai beaucoup flemmardé… Je faisais des peintures sur papier boucherie ( je les ai toutes perdues dans un train, un jour) des sculptures en papier mâché et j’ai présenté un livre géant pour mon diplôme.

I comme image d’Epinal, inspiration
Inspiration : je puise mon inspiration dans ma propre vie que j’assaisonne, exagère, transpose. Et puis j’aime regarder ce que font les autres. J’aime particulièrement le très beau travail de Nikolaus Heidelbach qui est follement absurde et irrévérencieux et qui me semble pénétrer très justement l’état d’esprit des enfants. J’admire aussi beaucoup le travail de Kitty Crowther, de Peter Sis, de Michael Sowa, d’Antony Browne et pour les plus anciens je suis une fan de Topor, Sendak et Bosch. Quand je sens que je me répète et que je piétine dans la mélasse, je me plonge dans le Cabinet de curiosités naturelles d’Albertus Seba, qui est une pure merveille.

J comme J’y arrive pas
J'y arrive pas : c’est le titre d’un livre que j’ai fait très vite, à une époque où j’en avais ras le bol de mes innombrables incapacités, de mes impuissances et de la culpabilité qui en découlait. C’est un livre qui m’a apporté une catharsis… C’est mon seul livre pour adultes et je ne crois pas qu’il ait un succès mirobolant…

L comme lutin, larme, loufoque
Larmes : j’aime bien faire pleurer trois ou quatre personnages dans mes livres. Faut pas nous faire croire que le vie va se passer comme ça sans qu’on ait trois ou quatre gros chagrins… Loufoque : je dessine un personnage, bon, voilà ! Et puis je le regarde , j’attends qu’il m’en dise plus sur lui et je cherche ce qui le pourrait le rendre plus loufoque, plus étrange. Au fond je cherche ce qui pourrait le rendre le plus “lui-même”.

M comme monstres, magie
Monstres : j’ai toujours eu le sentiment d’en abriter ; ça pullule de monstres là-dedans ! Il a fallu trouver un moyen poétique et pas trop sanglant de faire sortir cette meute de monstres de moi-même. Et c’est ainsi qu’à raison d’une bonne vingtaine de monstres par livre, je garde ma lucidité et mon appétit de vivre, merci. J’ai illustré en 1999 Le Dico des monstres d’Elizabeth Brami, ça été un livre très libérateur - Magie : la magie, comme chacun le sait, est le meilleur talisman contre la peur. Et comme je suis une sacrée trouillarde, qui voit du danger partout, je me soigne à grands coups de baguette magique, d’êtres étranges et merveilleux qui font pousser des fleurs dans les narines des géants, d’objets transitionnels qui rassurent et de fées maternelles qui protègent des cochons à roulettes. J’ose espérer que toutes ces fariboles font rigoler les enfants et leur ouvrent un espace de jeu imaginaire où tout peut se vivre. Le dessin est un lieu de libertés infinies… Si on prenait les mêmes dans la vie courante, on serait vite mis sous les verrous avec un sparadrap sur la bouche.

N comme nicotine, navet, noix, nuit - P comme peur, poupée, poisson, projet
Projet : mon prochain livre parle une fois encore de monstres [article publié en 2003, ndlr]. Il leur arrive une chose courante et très désagréable : ils sont malades, tous. La sorcière a la grippe, l’ogre a une indigestion, Barbe-Bleue a des poux, le géant fait une dépression nerveuse, le diable a la diarrhée. On apprend les symptômes précis de leur maladie ainsi que les façons, pas toujours très catholiques de les soigner. Ce livre paraîtra chez Thierry Magnier, chez qui j’ai déjà publié trois albums.

R comme réalité, rêve, rire, réveil - S comme surréalisme, sucrerie, Suisse
Suisse : J’y ai passé les 29 premières années de ma vie. La Suisse est un pays rassurant où on n’a pas peur des colis piégés dans le métro, où on pourrait manger sur la cuvette des chiottes tellement c’est propre (mais bien sûr personne ne le fait) et où on peut avoir une forte amende si on ne traverse pas dans les passages piétons, même un dimanche après-midi quand il n’y a pas de voitures. C’est là-bas que vivent beaucoup de gens que j’aime : mes parents, mes sœurs et mes amis les plus chers.

Emmanuelle Houdart - 2003 - http://emmanuellehoudart.fr/