mardi 8 septembre 2015

On a qu’à tout mettre dans ma culotte ! - par Véro, librairie La Boîte à Histoires


Si vous suivez la page Facebook de la librairie, ce dont je ne doute pas, vous savez que j’ai été contactée pour une interview en direct à la télé dans une émission matinale. Je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de propositions en ce sens: Canal +, TF1, CNN, Arte… J’ai finalement opté pour France 3 Région, ce dans un souci permanent de proximité avec mes fans.

Sachez que trois minutes de direct c’est beaucoup de boulot en amont, et je vous propose aujourd’hui de délaisser un instant le monde des livres pour celui des coulisses du showbizz.

Cela a commencé par le travail d’un caméraman venu faire des prises de vue à la librairie une semaine avant, ce qui m’a valu quatre heures de ménage absolument dantesque au cas où le type aurait voulu, sait-on jamais, faire un gros plan sur l’arrière de la cuvette des toilettes. Bizarrement non.

Le jour dit, le direct commençant à 10h15, un caméraman et une preneuse de son ont débarqué à la librairie à 9 heures pétantes pour m’équiper et faire les réglages ad hoc avec la régie. Pas grand chose, juste deux oreillettes et deux boitiers, un pour que j’entende ce qu’on me dit sur le plateau et un autre pour que le plateau m’entende (en gros).

Fastoche, on accroche tout ça à la ceinture et roule galette. Sauf que ce jour-là enfer et damnation, j’avais troqué mon jean et mes baskets contre une tenue de fille (ma coquetterie me perdra). J'avais opté pour une jolie robette, avec rien du tout pour accrocher le boitier… Rien du tout, donc.

- Ah, on vous a rien dit avant pour votre tenue ? m’a demandé la preneuse de son.
- Ben non.
- Et par hasard vous ne portez pas une jarretière ?
a tenté le caméraman.
- Non … mais je peux vous donner mon 06 quand même. Ah ah .


Je n’ai pas rigolé longtemps en voyant la mine déconfite des deux techniciens qui discutaient à voix basse («Là ça va être galère, y’a rien pour accrocher…. je vois pas comment on va s’y prendre...»).

Mon sang n’ a fait qu’un tour: après une semaine de stress à réviser mon texte dans ma tête, alors que je m’apprête à toucher du doigt les étoiles (France 3 Région quand même, merde!), alors que je suis à ÇA de mon quart d’heure de gloire (j’avais prévenu ma mère, la mère de ma collègue Gigi et ma voisine), je devrais renoncer à mon rêve pour une stupide histoire de tenue inadaptée ??

- On a qu’à tout mettre dans ma culotte! me suis-je entendue claironner.

Aussitôt dit, aussitôt validé. Voilà Gigi qui se précipite vers mon séant pour fixer le boitier en question. Tandis qu’elle était agenouillée derrière moi, s’escrimant sur ma culotte, je pensais in petto combien nous étions toutes deux solidaires, toujours, face à l’adversité…

Hélas, trois fois hélas, (était-ce l’émotion ou la sidération ?) Gigi ne parvenait toujours pas à fixer correctement le fichu boitier où, maintenant, vous savez… Pendant ce temps l’heure tournait et aucun essai plateau n’avait été réalisé.

- Vite! J’ai besoin d’un coup de main, a-t-elle rugi à l’adresse de la preneuse de son.

Au point où j’en étais, pudeur et dignité n’étaient plus que de vagues souvenirs, c’est avec gratitude que j’ai accepté l’aide de Sylvie (c’est son petit nom). Après tout, je connaissais cette dame depuis déjà vingt bonnes minutes, bien assez pour nouer de solides liens d’amitié et accepter sans façon de lui montrer mes fesses.

C’est ce que je fis, priant en mon for intérieur qu’aucun livreur ou autre représentant ne vienne perturber ce moment d’intimité féminine.

Un boitier c’est lourd. Figurez-vous un téléphone portable des années 80 et vous aurez une idée de l’engin. Ainsi, quand le caméraman m’a gentiment conseillé de me déplacer un peu dans la librairie «pour que ça fasse plus naturel», j’ai légèrement tiqué étant donné que ma culotte était déjà à mi-cuisses.

Mais professionnalisme oblige, on va dire que j’ai fait le job, répondant avec de grandes phrases pleines de mots à des questions que je comprenais à peine (c’est pas mon Q.I, hein, c’était juste le stress).

Par exemple la journaliste sur le plateau a fait son lancement en me soumettant une citation d’Alphonse Allais, à laquelle je n’ai strictement rien compris. Si ce n’est qu’à l’énoncé de ce patronyme s’est incrustée dans mon esprit l’image de Jacques Martin (???) qui m’a accompagnée jusqu’à la fin.

Bref, un grand moment de poilade et de stress aussi, mais je crois que je ne suis définitivement pas faite pour le star system. C’est pourquoi incessamment sous peu je reviendrai ici aux livres.

Véro, librairie La Boîte à Histoires à Marseille

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