mercredi 4 novembre 2015

Un album qui décoiffe: Tempête, de Sandrine Bonini et Audrey Spiry - conseillés par les librairies La Boîte à Histoires et M'Lire


«Le plus ennuyeux avec les histoires vraies, c’est que personne n’y croit jamais. Surtout les gosses. Rien que pour ça, je m’étais promis de ne jamais raconter celle de la Tempête. Mais celui qui ouvrira ce livre sera, je l’espère, différent des autres.»

Ça c’est ce qu’on appelle un début d’album très réussi, voyez-vous.

C’est un jeune garçon de douze ans qui parle, jeune habitant de cette ville un peu terne, un peu triste. Une ville assez morne et ordinaire comme il en existe tant, où les jours gris s’écoulent, où les enfant s’ennuient.

«Le plus dur avec cette grisaille, c’était pour les petits. Ils étaient complètement désorientés. Avec leur façon d’exister si intensément, ils n’arrivaient pas à se faire à tout ce gris qui commençait à leur rentrer sous la peau.»

Comme tous les ans, une grande fête est organisée pour son anniversaire: nappes blanches, grand buffet, voisins tirés à quatre épingles, petits fours et champagne. Une fête sans rires, où les enfants ne doivent pas déranger les adultes qui discutent.

Mais ce jour là, quelque chose d’incroyable s’est passé: les boissons ont commencé à pétiller dans les carafes, les chignons des dames se sont écroulés, comme au ralenti. Les nappes ont commencé à gonfler, le sucre glace des gâteaux s’est envolé comme une neige légère. Le tailleur de la directrice d’école s’est transformé en robe-fourreau panthère. On a même vu des invités escalader les arbres, d’autres se mettre à aboyer.

Un vent de folie semble avoir envahi la ville. Même Félicie, la petite sœur du jeune garçon, voit ses cheveux pousser à une vitesse folle! Il faut les entortiller et les attacher pour ne pas qu’ils traînent par terre.

Les animaux font partout leur apparition, dans les rues, dans les maisons, la ville s’illumine de mille et une couleurs. Les costumes des messieurs se changent en costumes de clowns. Les gens sortent dans la rue, courent, s’embrassent, s’enlacent, se mettent à rire.

«Le monde semblait devenu fou, mais d’une folie douce et enjouée, toute faite de rêves inavoués.»

Alors Félicie et son grand frère décident de monter sur la colline, tout en haut près de vieux kiosque, pour observer cette tempête arc-en-ciel qui tourneboule la ville sans un souffle de vent. Plein d’enfants ont fait comme eux, pour ne pas en perdre une miette, pour ne pas oublier et s’amuser encore et encore de ces adultes redevenus enfants.

Face à des gens trop lisses, trop sérieux, dans des réunions ennuyeuses et compassées, j’ai toujours ce fantasme que quelque chose parte en live, déraille, foute tout par terre. C’est exactement ce qui arrive dans cet album et ça fait un bien fou !

Racontée à la première par le jeune homme qui en est témoin, cette tempête souffle tout sur son passage: la hiérarchie, les codes vestimentaires, les codes sociaux. Chacun retrouve sa part d’enfance, renoue avec son instinct, ses sensations.

Le texte, posé et très descriptif, dépeint parfaitement cette douce folie qui s’empare des gens et de la ville tout entière.

Les couleurs sombres et ternes du départ s’embrasent littéralement et éclaboussent toute les pages. Les lignes et les arêtes s’arrondissent jusqu’à se fondre, se dissoudre et ce sont alors de véritables tableaux abstraits qui prennent la place des illustrations, composant de grandes fresques oniriques tout en mouvements qui se déploient sur de larges rabats.

Sandrine Bonini au texte et Audrey Spiry aux illustrations forment décidément un duo de choc. Souvenez-vous à quel point nous avions aimé Lotte où déjà les éléments se déchaînaient! Ici c’est un vent de folie qui souffle sur cette histoire vibrante, pleine de couleurs et de mouvements, de mystère et de fantaisie!

Un album intrigant et réjouissant à découvrir dès 6 ans !


Onlikoinou #55 - Librairie M'Lire à Laval

Tempête. Texte de Sandrine Bonini. Illustrations d’Audrey Spiry. Editions Sarbacane. Date de parution: octobre 2015