vendredi 27 novembre 2015

Stéphane Michaka: «Je me demandais que faire de cet imaginaire et il est devenu Faustine»


Cité 19, le nouveau roman de Stéphane Michaka (deux tomes), nous fait faire un bond dans le Paris de 1860 – en pleine mutation haussmannienne – par l'intermédiaire de Faustine, ado d'aujourd'hui qui, à la veille de son bac, est projetée à cette époque. Où Stéphane Michaka est-il allé chercher cette idée? (interview réalisée à la parution du premier tome, présenté ici. Extrait du second )

MARYLINE COLOMBET: Quelle est, Stéphane, la genèse de ce premier tome que votre éditeur présente comme aux confins du thriller, de la science-fiction et de l'histoire?
STÉPHANE MICHAKA: L'envie d'écrire Cité 19 m'est venue il y a longtemps. Je venais de publier mon premier roman qui était déjà une plongée dans une grande ville, New York, ainsi qu'une enquête policière. En écrivant Cité 19, j'avais envie d'aller à la fois plus près et plus loin. Faire un voyage dans Paris, la ville de mon enfance, et me libérer du réalisme. Je ne savais pas que ce livre allait devenir pour moi une initiation à ma propre ville, et prendre la forme d'un diptyque.

MARYLINE COLOMBET: Comment Faustine, l'héroïne de Cité 19, s'est-elle imposée à vous? Quelle proximité entretenez-vous avec ce personnage?
STÉPHANE MICHAKA: Je ne résiste pas à l'envie de répondre «Faustine, c'est moi», parce que je m'identifie totalement à elle: à sa timidité et aussi à son audace qui reste cachée mais se révèle sous la pression des circonstances. Adolescent, je passais beaucoup de temps au musée d'Orsay à rêver comme elle du XIXe siècle. Son imaginaire est le mien. Je me demandais que faire de cet imaginaire et il est devenu Faustine.

MARYLINE COLOMBET: Bluff, faux-semblants, avatars, manipulations, simulacre: il y a tout au long de Cité 19 comme une mise en abîme de l'intrigue qui passe de notre époque au XIXe siècle, où les rêves ont des impacts dans la réalité et inversement, où les certitudes sont ébranlées. Quelles sont ici vos sources d'inspirations?
STÉPHANE MICHAKA: Cela peut faire sourire, mais je suis très myope, et je crois que cela a une réelle influence sur mon écriture, mes thèmes: la vision qui a besoin d'être ajustée, la crainte de «mal voir» et le besoin concomitant de voir au-delà, de percer à jour. Dans cette perspective, le Second Empire a une résonance particulière avec notre époque: la place que prend l'image, la mode, l'avènement de la photographie... Être assailli par les images peut susciter à la fois de la fascination et de l'angoisse. Le besoin de recourir aux mots devient alors très puissant. Et bien sûr, dans Cité 19, il y a des échos d'auteurs que j'aime beaucoup, comme Jules Verne, Kafka ou Philip K. Dick.

MARYLINE COLOMBET: Le découpage de votre récit n'est pas sans rappeler celui de la littérature populaire et des feuilletons publiés dans la presse... Votre style, très évocateur, la reconstitution historique créent immédiatement une image et un mouvement. Cela vous vient-il de votre expérience sur France Culture où la radio doit créer des images pour frapper l'imagination des auditeurs ou d'une parenté directe entre la littérature «y-a» (young adult) et le cinéma?
STÉPHANE MICHAKA: Il est vrai que je cherche une immédiateté visuelle, une transparence de l'écriture pour que le mot suscite des images. En même temps, j'en fais l'expérience tous les jours, les mots, comme la réalité, ont une opacité qui leur est propre, une étymologie qui peut être cachée, mystérieuse, obsédante. J'aime donner à voir, mais j'aime aussi que les mots aient une résonance particulière, qu'ils «accrochent» l'oreille, dans une tension entre le sens premier et des sens plus flous qui peuvent venir du passé. J'espère que cette tension est à l'œuvre dans Cité 19.

Propos recueillis par Maryline Colombet, librairie Autrement Dit à Dijon





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