lundi 6 juin 2016

Anushka Ravishankar : «Il y a toujours une façon non-violente de résoudre un problème» (août 2001)


CITROUILLE (août 2001): Qu’est-ce qui vous à conduit à écrire des livres pour enfants ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Je suis diplômée en mathématiques et j’ai travaillé comme informaticienne pendant quelques années. Mais, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé écrire. Tout comme Gita Wolf, après la naissance de ma fille, et quand elle a été assez grande pour écouter des histoires, puis pour les lire, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pratiquement aucun bon livre indien pour enfants. J’ai alors commencé à écrire un peu, certaines de mes histoires ont été publiées dans un magazine appelé Tinlkle. En 1996, je me suis installée à Chennai où j’ai rejoint l’équipe de Tara Publishing. Tara est une petite maison d’édition jeunesse avec un esprit alternatif. J’ai écrit plusieurs livres pour Tara pendant les 4 années où j’ai été éditrice dans cette maison, et je continue même après avoir cessé d’y travailler.

CITROUILLE (août 2001): Ecrivez-vous uniquement pour la jeunesse ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Oui. J’aime écrire pour les enfants et j’écris en anglais, parce que c’est la langue dans laquelle j’ai reçu toute mon éducation. Mais en dehors du fait que j’ai ce plaisir, je pense qu’il est fondamental pour un enfant d’avoir accès à de bons livres. Je ne parle pas uniquement de livres qui éduquent ou qui éveillent, je veux aussi parler de livres que les enfants auront du plaisir à entendre lire, puis à lire eux-mêmes, des livres qui leur permettront d’aimer les mots, de savourer les sons et les images que les mots sont à même de créer.

CITROUILLE (août 2001): Quelle est la principale difficulté que vous rencontrez avec cette forme d’écriture ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Il est extrêmement difficile de faire passer des idées complexes de façon à ce que les enfants puissent les comprendre. L’aspect intéressant chez l’enfant lecteur, c’est qu’il n’analyse pas ce qu’il lit. Il ne va pas simplement accepter un de vos livres pour la simple raison que cela sera censé être bon et profitable pour lui. Vous devez d’abord l’intéresser. C’est cela la principale difficulté : les intéresser et stimuler leur imagination.

CITROUILLE (août 2001): Dans vos livres, ce sont les gens les plus simples, comme Meena la petite vendeuse de poissons, qui font preuve d’une sagesse toute naturelle. Vous semblez beaucoup insister là-dessus.
ANUSHKA RAVISHANKAR: En effet, c’est très important pour moi. Il est impératif de communiquer ce type de valeur aux enfants, de leur montrer, et sans prêcher, qu’il y a toujours une façon non-violente de résoudre un problème, et que quelquefois les solutions les plus simples sont les meilleures.

CITROUILLE (août 2001): Croyez-vous qu’il soit difficile de raconter des histoires qui se passent dans l’Inde d’aujourd’hui ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Il y a très peu de bonnes histoires contemporaines. Le risque en écrivant de telles histoires c’est de produire des clones de ce qui se fait dans les livres pour enfants occidentaux.

CITROUILLE (août 2001): De quelle manière avez vous travaillé avec l’illustrateur Pulak Biswas ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Pour Où est Petit Tigre ? Nous avons travaillé de manière très inhabituelle. Pulak a fait les illustrations en premier. Elles m’ont beaucoup inspiré, et j’ai écrit le texte en réponse à ses planches. J’ai adoré faire ça. Par la suite, quand Tara Publishing a décidé de faire un second livre avec nous deux, j’ai envoyé à Pulak mon histoire de crocodile (Au croco ! Au croco !), il m’a fait parvenir ses illustrations et j’ai alors écrit le texte final. Ce qui est intéressant dans cette manière de travailler, c’est qu’elle instaure une relation forte entre les mots et les images — ils ne disent pas la même chose et il faut les parcourir ensemble pour voir l’histoire apparaître toute entière. Pulak est un illustrateur brillant, un des tous premiers dans le pays, et c’est un réel privilège d’avoir travaillé avec lui.

CITROUILLE (août 2001): Quels sont vos prochains projets ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: Mon nouveau livre Excuse Me, Is This India ? (Excuse-moi, c’est ça l’Inde ?) est à la fois un jeu sur le non-senset un voyage à travers l’imagination d’un enfant. Les illustrations on été réalisées en broderie en applique par Anita Leutwiller, une créatrice suisse-allemande de textiles. Elle a visité l’Inde et réalisé ces merveilleuses images basées sur ses impressions de voyage. J’ai également sur le feu un livre sur la fabrication de masques et deux autres où je m’amuse à nouveau avec le non-sens et l’absurde. Je suis très fan de Lewis Carroll.

CITROUILLE (août 2001): Vous êtes actuellement en résidence au Royal Court Theatre de Londres. Avez-vous l’intention d’écrire aussi des pièces de théâtre ?
ANUSHKA RAVISHANKAR: J’ai commencé ces derniers temps à aborder l’écriture théâtrale. J’ai écrit trois ou quatre pièces pour les enfants et je m’essaye à présent aux pièces pour adultes. Mais écrire pour les enfants est quelque chose que je ferai toujours.

Propos recueillis par Patrice Favaro pour Citrouille