lundi 13 juin 2016

 Christian Jolibois et Marianne Barcilon : « Trop de gens manquent d’amour. »



Ourson le Terrible est le premier album que vous signez ensemble et le premier album de Christian Jolibois aux éditions Kaléidoscope. Comment vous êtes-vous rencontrés?
Christian Jolibois : Depuis longtemps, Marianne me demandait de lui proposer un texte. Lorsque je la croisais dans des salons, elle renouvelait sa proposition. Un jour, en rentrant chez moi, je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser comme ça et j’ai écrit ce texte.

Marianne Barcilon: Autant être honnête, cela fait des années que je harcèle Christian ! J’adore son univers, son humour. Il me répondait qu’il n’avait pas le temps, qu’il avait de quoi s’occuper jusqu’en 2017! Alors je lui ai envoyé le mail de la dernière chance, un mail humoristique, lui vantant ce qu’il perdait à ne pas travailler avec moi. Ça a marché. Il m’a enfin répondu et m’a promis de m’envoyer un texte. Ce qu’il a fait.

Ourson le terrible éd. 
Kaléidoscope
Comment est venue l’idée de mettre en scène cet ourson «haut comme trois pommes», qui «sème la panique parmi les habitants de la forêt»?
C.J.: Je suis parti d’un constat simple et universel: l’amour aide à mieux vivre. Trop de gens manquent d’amour. Il y aurait sans doute moins de violence si certains avaient reçu plus de câlins et de bisous dans leur enfance. C’est peut-être un peu naïf, mais j’en suis convaincu. Cet ourson est une sorte de bad boy qui terrorise tout le monde, mais que la découverte de l’amour va bouleverser. Je me souviens d’une interview de Françoise Dolto il y a une trentaine d’années. En voyant un petit garçon qui cassait tout, elle lui a dit: «Comme tu dois être malheureux!»


Marianne, ce texte a-t-il été à la hauteur de vos attentes?
M.B.: Oui, j’ai trouvé qu’il s’inscrivait dans l’univers de Kaléidoscope et que cet Ourson plairait à Isabel. Et puis, il faut imaginer Christian, qui a été comédien, lisant son texte au téléphone en mettant l’intonation pour chaque personnage. C’était avoir de nouveau 6 ans et demi… J’aurais pu l’écouter pendant des heures!

Comment avez-vous travaillé?
C.J.: J’ai envoyé le texte à Marianne avec quelques suggestions. J’avais des images fortes en tête à propos de certains passages. Notamment quand Ourson tombe littéralement cul par-dessus tête sous l’effet du bisou de Dame Ourse. Je lui ai soumis mes idées. J’ai l’habitude de beaucoup dialoguer avec Christian Heinrich sur notre collection «Les P’tites Poules». Je trouve que l’échange aide à alléger le texte. On évite les pléonasmes. Inutile par exemple d’écrire «Il fait beau» si le dessin montre un soleil radieux.

M.B.: Tout s’est passé avec beaucoup de simplicité. Je n’avais pas envie de décevoir Christian. D’habitude, je travaille de mon côté. Là, je lui ai envoyé régulièrement des dessins pour qu’il me donne son avis. Ses remarques étaient toujours pertinentes et ont tiré l’album vers le haut. Globalement nous sommes tombés d’accord sur beaucoup de choses. J’ai soigné le moindre détail. Quand Christian écrit des morilles ou des girolles, je n’envisageais pas de dessiner d’autres champignons!

Vous êtes rapidement tombés d’accord sur la couverture…
M.B.: J’ai fait une maquette de couverture avec la bouille de Ourson en gros plan. J’aimais bien le contraste entre son air volontaire et ses petites canines de bébé qui dépassent de sa bouche. Christian a beaucoup aimé. Au point de dire : «Si tu changes cette couverture, je me fâcherai!»

C.J.: Je suis très content de la couverture, de ce rouge éclatant avec le titre Ourson le Terrible, qui claque comme Ivan le Terrible!

Avez-vous envie de collaborer de nouveau ?
M.B.: Vraiment!

C.J: J’aime beaucoup le travail de Marianne, ce qu’elle arrive à rendre avec l’aquarelle, une tendresse teintée d’humour qui collait bien au texte.

© Propos recueillis par Claudine Colozzi, avril 2016