lundi 13 juin 2016

Christine Davenier : « J’aime dessiner le mouvement. »


1997, sortie de Léon et Albertine, votre premier album chez Kaléidoscope. 2007, la suite avec Divine Albertine. 2016, Léontine pointe le bout de son groin. Quelle régularité!
Christine Davenier: Oui, c’est amusant! Je n’aime pas toujours retrouver mes personnages, mais là, cela m’a beaucoup plu, surtout que dix ans s’étaient écoulés depuis Divine Albertine. Dessiner des animaux procure une grande liberté. Les enfants ont dès le début beaucoup aimé l’histoire de Léon et Albertine. Ils seront contents d’avoir de leurs nouvelles et de savoir qu’ils ont eu des enfants. Certains me posaient la question quand j’allais dans des classes.


Parmi la progéniture de Léon et Albertine, il y a Léontine qui n’est pas comme les autres. Un adorable petit cochon… jaune! Pas facile d’assumer d’être différente… Mais peut-être est-elle unique pour une tout autre raison?
C.D.: C’est le thème que je souhaitais développer. Comment assumer sa différence ? Qu’est-ce qui nous rend unique? Léontine aimerait être de la couleur de tous les autres cochons. Et en forme de clin d’œil j’ai eu l’idée de la dessiner jaune poussin!

Vous connaissez Isabel Finkenstaedt depuis plus de vingt ans. Comment décririez-vous vos échanges de travail?
C.D.: C’est un travail d’équipe. Elle a un vrai regard d’éditrice et c’est très précieux. Au début de l’écriture de Léontine, l’histoire était trop compliquée. Elle m’a aidée à clarifier. J’ai parfois un peu de mal. Je me sens toujours plus illustratrice qu’auteure. Tout le monde ajoute ses remarques et nous œuvrons ensemble à la bonification de l’album. Quand Camille, qui travaille avec Isabel, me suggère pour Léontine «elle gambille», c’est moi qui saute de joie tant j’adore cette expression.

Saut de biche, saut carpé, saut de chat… Léontine ne tient pas en place. La danse est très présente dans vos albums. Vous avez dansé vous-même ?
C.D. : J’ai essayé, mais ce n’était pas très concluant! Mon oncle, qui avait été danseur à l’Opéra, avait ouvert une école de danse. Toutes les filles de la famille sont passées par ses cours. J’aime dessiner le mouvement. La tête en bas, les pieds en l’air…

Vous intervenez beaucoup dans les écoles. Que retirez-vous de ces rencontres avec vos jeunes lecteurs?
C.D.: C’est très enrichissant. Les enfants posent évidemment beaucoup de questions, de manière très spontanée, et ça nous pousse dans nos retranchements. On se demande soudain pourquoi on a dessiné ça comme cela, ce qu’on a voulu dire. Qu’une poule tombe amoureuse d’un cochon ne les choque absolument pas! Ils sont d’une grande ouverture d’esprit.

© Propos recueillis par Claudine Colozzi, février 2016