lundi 26 septembre 2016

Le puzzle de l’amour façon Ben Kemoun


Quelques questions à Hubert Ben Kemoun à propos de À samedi!, un album grand format à la forme novatrice et atypique pour un texte destiné aux adolescents (lire la présentation de l'ouvrage en bas de page)

ANNE HELMAN: Qu’est-ce qui a vous a conduit à choisir cette forme inhabituelle pour cette tranche d’âge?
HUBERT BEN KEMOUN: Une invitation de l’illustrateur, mon camarade Zaü. Il avait lu plusieurs de mes romans pour adolescents et souhaitait se lancer dans un «projet différent», pour lui comme pour moi. Il m’a donc tendu une perche que j’ai volontiers saisie. Ça ne se refuse pas… Et puis le territoire de l’adolescence est important dans mon travail; avec ce projet nous pouvions toucher certains ados qui sont plus attirés par la BD que par le texte seul, sans pour autant oublier les autres. La forme de l’objet, c’est avant tout l’œuvre de Zaü. Quant à mon texte, conçu comme un puzzle, je l’ai découpé en scènes ou en actes, exactement de la même façon que je le fais quand j’écris pour le théâtre.
Le livre est principalement centré sur la thématique de l’Amour. Vous avez su écrire, sur un sujet éternel et universel, mais rabâché aussi, une œuvre très personnelle et exigeante. Qu’est-ce qui vous a porté? Quelles ont été vos sources d’inspiration? La dérive de nos sentiments, l’envie de plaire, la rage ou les efforts que nous mettons en branle pour arriver à être aimés sont des pépites universelles. Au bout du compte, elles sortent des contextes sociaux, culturels ou cultuels. Je continue à trouver cela absolument passionnant. J’ai dit que ce livre était conçu comme un puzzle. Je m’explique. Quatre jours: mercredi, jeudi, vendredi et samedi. Quelques couples, ados ou adultes, ont tous rendez-vous le samedi pour faire basculer leurs vies amoureuses. Certains vont se planter totalement, d’autres réussir. C’est simple, très simple, en fait, mais tellement riche. Je suis un joueur de billard. Avec une bille, on doit en toucher deux. Ça aussi c’est simple à énoncer, mais tellement complexe à réaliser. Mes personnages sont toujours, au début de mes livres, des figurants de l’existence; à la fin de l’histoire, ils vont devenir – pour certains du moins –  les personnages principaux de leur vie. Cela semble pauvre? Je ne vois rien de plus riche et de plus essentiel…
Avez-vous envie de suivre les personnages de À samedi! dans un deuxième épisode? Ou tout au moins signer un autre roman dans cette même collection?
Je serais ravi, et je crois que Zaü aussi le serait, de retrouver les personnages de ce roman graphique dans un tome deux. Mais attention, pas les personnages principaux; ceux-là ont eu leur histoire sur ces quatre jours. Non, je parle des personnages secondaires. Je les ai imaginés – les ados comme les adultes – pour qu’eux aussi aient droit à leurs parcours amoureux, avec le même concept, celui de ces quelques jours qui font tout basculer de leur vie. J’espère vraiment que l’idée de cette suite intéressera Rue du Monde qui nous a fait confiance pour concevoir ce livre. Mais cela dépend aussi de vous, les libraires, de l’accueil que vous lui avez réservé et lui réserverez sur vos tables, de celui des documentalistes dans leurs CDI, des bibliothécaires dans leurs rayonnages… Je sais ce que je dois à chacun et chacune pour la vie de nos ouvrages… En tout cas de mon côté ce sera avec plaisir!
Propos recueillis par Anne Helman, librairie Chat Perché au Puy-en-Velay


Il y a Damien et Mélodie et Jérémy, Malo et Bettina, et Myriam aussi, la mère de Mélodie, hantée par son passé.


Tout ce petit monde, adolescents et adultes aussi, se cherche et est en quête de l’Amour. Comment in-fine les couples se formeront ou se déferont-ils samedi ? Quels seront les tours et détours que les jeux de l’amour réservent à chacun? Il faut lire le texte d’Hubert Ben Kemoun pour le savoir.

L’auteur suit ses personnages sur quatre jours, au rythme de leurs espoirs et déceptions respectives. En lisant A samedi! on ne peut s’empêcher de penser à Marivaux et à Musset. Bien que le texte ne soit pas sous forme d’une pièce de théâtre, il abonde cependant en dialogues.

Les héros de Hubert Ben Kemoun, ancrés dans leur siècle, approchent la question de l’Amour avec la même gravité que Camille et Perdican l’avaient fait en leur temps. Leurs questionnements et blessures des premiers émois amoureux ne sont au final pas si éloignés que ceux de Dorante et Silvia.

L’auteur, qui pose un regard un tant soit peu désabusé mais néanmoins tendre sur le devenir de ses personnages, a la franchise de nous l’annoncer en citant Socrate en préambule au récit: «La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester là où on est tombé.».

Et le livre se lit d’une traite. Servi par une forme osée et atypique, ce grand album de 70 pages généreusement illustré par Zaü, qui nous offre ici toute la sensualité de son art, est un beau roman grand format mis en images, dont la maquette peut rappeler certains romans-photos.

Le titre inaugure une collection pour le moins novatrice à la Rue du Monde nommée Roman-BD. J’attends avec patience le second titre de cette collection prometteuse. Vivement samedi !

Anne Helman, librairie Chat Perché au Puy en Velay
A samedi ! - Hubert Ben Kemoun, images de Zaü -  éditions Rue du Monde