lundi 19 décembre 2016

Dounia Bouzar : «Je crois en l’humain»


Anthropologue, spécialiste du fait religieux, experte en laïcité et lutte contre les discriminations, Dounia Bouzar avait déjà signé deux documentaires en littérature jeunesse: Être musulman aujourd'hui et À la fois française et musulmane (éd. De La Martinière). Elle vient de signer, chez le même éditeur, un roman pour adolescents au coeur de l’actualité, Ma meilleure amie s’est fait embrigader. Sandie Da Ré (librairie Dans ma Librairie) l’a rencontrée. (photo : Dounia Bouzar @ Astrid di Crollalanza)

SANDIE DA RÉ: Quelle place occupe le livre dans votre vie? Pouvez-vous nous donner le titre d'un ouvrage que vous aimiez lire à vos enfants?
DOUNIA BOUZAR: Pouki, c’est un ours polaire qui tombe amoureux d’un ours brun. Il se roule dans la boue pour lui montrer à quel point ils se ressemblent tous deux, au-delà de leur couleur différente... J’étais fille unique et j’ai grandi avec des livres. Je vivais et je me projetais dans le monde au travers d’eux. Mais j’attendais toujours avec anxiété la fin du livre: c’était dur de revenir dans le monde réel. Mon rêve d’enfant était de devenir écrivain. J’ai encore quelques années à le réaliser... Mes seize précédents ouvrages étaient sociologiques ou constituaient des récits, mais Ma meilleure amie s’est fait embrigader est un bon début. J’ai adoré l’écrire. C’est venu tout seul...
Dans votre roman, Sarah et Camille sont deux jeunes filles de seize ans dont l'une tombe dans l'Islam radical. Pourquoi avoir choisi deux personnages féminins? Est-ce que les adolescents, les filles en particulier, sont plus exposés aux théories des extrêmes?
  Les filles et les garçons sont exposés de la même façon car les groupes radicaux savent adapter leurs discours à tout type de jeune... J’ai choisi des filles parce qu’à l’époque, personne n’en parlait et ne me croyait quand j’annonçais leur possible embrigadement radical. Et peut-être aussi parce que je suis à l’aise pour parler à la place d’une fille: ma maison est un club de meufs... J’ai grandi seule avec ma mère et j’ai trois filles!
Pourquoi avoir choisi le médium du roman plutôt que le documentaire pour évoquer la radicalisation religieuse? Le terme «embrigadé» est très fort. Il renvoie à une volonté politique ou militaire.
  C’est le cas... Daesh utilise des procédés sectaires pour hameçonner les jeunes mais c’est bien un projet totalitaire d’extermination externe et de purification interne... Il tue les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils font. Il utilise l’État pour son idéologie et non son idéologie pour construire un État.
Où trouvez-vous la force et le courage de mener votre combat de prévention auprès des jeunes et de soutien aux familles? Quelle volonté vous pousse à agir?
  Je crois en l’humain. Je sais que l’on ne peut réduire personne à ses actes, aussi monstrueux soient-ils. Je suis persuadée qu’il est toujours possible de remobiliser le petit enfant qui est encore là, accroupi dans l’ombre, dans l’âme du meurtrier... Donc de réhumaniser ce dernier...

Propos recueillis par Sandie Da Ré, librairie Dans Ma Librairie à Agen



Ma meilleure amie s'est fait embrigader - Auteure: Dounia Bouzar - Éditions De la Martinière - 14,50€ - Roman ados
Camille et Sarah, seize ans, sont les meilleures amies du monde. Intelligentes, jolies, elles flirtent un peu avec les garçons. Mais les jours heureux de cette amitié prennent fin lorsque Camille change. Son discours devient plus dur vis-à-vis du monde qui l'entoure. Son attitude intrigue Sarah qui, au cours d'une filature, comprend que sa meilleure amie s'est convertie à un Islam radical. Pourquoi? Que s'est-il passé? Sarah s'en veut de ne pas avoir compris plus tôt. Camille s'est fait embrigader. Ses parents oscillent entre colère, volonté de comprendre et écoute. La patience, l'amitié, la famille, une association à l'écoute des adolescents, conduiront Camille vers le chemin de la raison et de l'humanité. L'auteure est mère, anthropologue et femme courageuse qui vient en aide aux victimes de la radicalisation et de leur famille. Dans ce roman elle montre les différents mécanismes psychologiques qui peuvent amener un adolescent à l'extrémisme: hameçonnage sur internet, isolation, adoption de nouveaux comportements, groupe d'amis virtuels, déclencheur psychologique. Elle aborde également les ressorts qui vont conduire vers un retour à la société.

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