dimanche 15 janvier 2017

Les albums syllabés pour tous de La Poule qui Pond


L’éditeur La Poule qui Pond publie entre autres des albums syllabés qui ne sont pas siglés «enfants dyslexiques» parce qu’ils s’adressent à tous les lecteurs en apprentissage. Claire Fontanel (librairie Chantepages à Tulle) a rencontré le coq à l’origine de La Poule et de ses oeufs: Valentin Mathé.


CLAIRE FONTANEL: Bonjour Valentin. Alors dis-nous: d’où t’es venue cette idée de La Poule qui Pond?
VALENTIN MATHÉ: Avant, j'étais ingénieur en informatique – j'ai tenu cinq ans dans ce métier qui ne me plaisait pas. Un jour, j'ai décidé qu’il fallait que ma vie change… L'idée d'une maison d'édition faisait son chemin. J'y pensais tout le temps. Un éditeur jeunesse m’a dit: «T'es un peu con quand même de vouloir faire ce métier. Mais si tu n'essaies pas, tu vas le regretter». Alors j'ai essayé. Et aujourd'hui, après deux ans, La Poule qui Pond c'est treize albums dont un en braille et trois syllabés, une salariée pour la diffusion, Chloé, des auteurs et illustrateurs dont Nathalie Novi, Éric Battut, Philippe Barbeau, Cécile Gambini… Et donc moi, Valentin, qui essaie de faire aussi bien que possible mon métier d'éditeur.


Pourquoi avoir développé une collection syllabée?
  Je suis moi même dyslexique et je connais trop bien la frustration d'aimer les histoires sans réussir à les lire… Un enfant qui a du mal à lire a du mal à trouver du plaisir dans les livres. Pour comprendre l'effort que doit fournir un dyslexique pour lire, un bon test est de prendre un texte en enlevant les espaces et en changeant quelques lettres qui se ressemblent: d/b ou v/u; on propose d’ailleurs ce type d'exercice sur notre site, lapoulequipond.fr. C’est pour cette raison que certains de nos albums sont adaptés pour aider l'enfant à déchiffrer. C'est un travail que l'on réalise avec des orthophonistes et des enseignants du cycle 1. Double espace entre les mots pour bien découper la phrase, colorisation des unités de son pour faciliter le découpage des mots… On indique également les liaisons et les lettres muettes. Tout ceci permet d'empêcher les espaces de disparaître et les lettres de se mélanger. Mais en adaptant la mise en page d’abord pour les enfants dyslexiques, on apporte aussi un outil supplémentaire à tous les enfants qui apprennent à lire. Il me semble important que dans une classe on puisse utiliser le même livre avec un enfant «dys» et les autres «non-dys». C’est pour ça que nulle part dans les albums de cette collection, on ne parle de dyslexie. Je n'ai jamais aimé les macarons «Pour enfants dys». Comme s'il était nécessaire de rappeler à l'enfant son handicap ou ses difficultés…


Des expositions, des salons, des rencontres un peu partout en France... La Poule qui Pond est aujourd’hui une «petite» maison d'édition qui monte, qui monte!  Et pour demain? Quels sont tes projets?
  Concernant les albums jeunesse, on a prévu de continuer à éditer des albums dont nous sommes fiers. Cela veut dire qu'on va essayer de ne pas s'emballer. Effectivement La Poule progresse, mais il ne faut pas aller trop vite. Sinon la structure ne suivra pas. On n'est qu'une petite maison d'édition qui n'a que deux ans avec une toute petite trésorerie. Je veux à tout prix éviter une fuite en avant qui pourrait la détruire. Son futur, c'est déjà et d’abord de consolider ce qu'on a fait jusqu’à aujourd'hui. Il y a quelques problématiques à gérer l'envoi des colis, les frais postaux, trouver de nouveaux libraires avec qui on peut créer un véritable lien, comme on l’a fait avec vous, Chantepages. Et puis dans les projets, on a aussi Albert. C'est un petit journal d'actualités illustré. Je mène ce projet avec une journaliste en parallèle de La Poule qui Pond. On souhaite décortiquer et expliquer l'actualité aux 8-12 ans sur un rythme bimestriel. Chaque numéro sera illustré par un illustrateur jeunesse. Une fois le journal lu, la Une pourra être transformée en affiche.

- Propos recueillis par Claire Fontanel, librairie Chantepages à Tulle