dimanche 29 janvier 2017

«M’endormir, moi ? Pas question! La vie est trop courte!» par Rebecca Dautremer




L’auteure-illustratrice du Bois dormait nous en dit un peu plus à propos de son dernier album..

«20 ans cette année!

20 ans d’édition et de « sorties d’automne ». Anniversaire qui coïncide pour moi avec la levée d’un petit vent de fraîcheur revigorant, avec de nouvelles rencontres. Bien sûr, à 20 ans, on a la vie devant soi...

J’ai la chance inouïe de pratiquer un métier merveilleux, et d’en vivre bien. Mais dans ce confort, cela ne va pas toujours de soi d’alimenter la flamme, et de progresser. M’endormir, moi ? Pas question! La vie est trop courte! Je n’ai encore rien fait, rien compris, rien essayé! Alors pour commencer, frapper à de nouvelles portes, comme celle de Sarbacane.

Emmanuelle Beulque, je la connais de pas si loin. On se croise, on échange, sur les salons. J’ai dû entendre: «Emmanuelle Beulque? Du caractère» ou : «Elle sait ce qu’elle veut!» Parfait, ça me va, il va y avoir de la contradiction, ça fera avancer les choses. Et avancer, c’est justement ce que je cherche. Un entraîneur, qui me malmène un peu. Un coach pour m’encourager jour après jour... et un psy pour écouter mes états d’âme, aussi. C’est tout ça, un éditeur. J’ai donc débarqué brusquement dans son bureau, ding dong! Ma passion est intacte, utilisez-moi, faites marcher la machine, je voudrais voir comment vous jouez du «moi»! L’accueil a été immédiat.

Le projet, je l’avais en tête. Parler du réveil, de la prise de risque et de responsabilité. C’était ÇA mon envie. L’état d’esprit du moment, pour moi, et... peut-être aussi, l’air du temps. Après tant d’albums avec des auteurs-coéquipiers, j’ai voulu travailler seule : ET le concept ET le texte ET, bien sûr, l’illustration. Aujourd’hui, j’ai 20 ans et c’est moi qui parle! Alors je pense à un lieu, un monde. «Le Bois Dormant», ça vous dit quelque chose? Tout le monde connaît l’histoire: pas la peine de la raconter. Et celui qui ne sait pas, il demandera. Vous auriez envie de voir à quoi ça ressemble? Le temps s’est arrêté? Quand? Et les gens du coin ? Stoppés nets. C’est beau, un arrêt sur image, et c’est étrange; ça tombe bien, parce que mettre l’étrange en scène, ça me plaît beaucoup. Alors c’est ce que je vais faire, dans une vingtaine de planches, pleine page, en couleur.

Mais pour cette visite, j’ai aussi pensé à un guide. Plutôt vieux, un petit grand-père, qui aurait entendu parler de ce Bois Dormant un peu plus que les autres. Et j’ai besoin aussi de l’autre, celui qui le suit. Plus jeune, qui s’en fiche un peu. Ces deux-là ne dorment pas. Ils sont toi, il sont moi, et je vais les garder dans la page de gauche, et je les dessinerai en tout petit, en noir et blanc, au trait, tout simple. Avec leurs mimiques de toi ou de moi.

Lire le livre, c’est faire la visite avec eux, écouter le vieux qui parle et se rappelle. Regarder le jeune comprendre, rêver, et puis à la fin, le voir réaliser que c’est son tour, son moment à lui de rentrer dans la page d’à coté. De mettre un pied ferme dans ce monde, et d’aller embrasser la fille là-bas, la belle endormie.

Se réveiller, réveiller le monde, même un tout petit peu, ça vaut le coup. C’est ce que je voulais dire, pour cette fois.»




Le bois dormait
Éditions Sarbacane - 18€ - Album
Le bois dormait… ou balade au pays des songes d’un conte bien connu. Voici le nouvel opus de Rebecca Dautremer qui nous invite à cheminer, avec deux mystérieux personnages croqués d’un simple trait, au milieu de scènes splendides. Le trait et le mouvement pour eux, la couleur et l’immobilisme pour ces beaux endormis, chaleureusement peints par l’illustratrice. Dans des cadrages toujours très soignés, Rebecca Dautremer dessine le temps figé par le mauvais sort, mais avec une totale liberté. Pas de marraine ici, ni de fuseau ou de rouet, pas de princesse alanguie non plus. Elle s’affranchit de tous les codes visuels propres aux contes, elle mélange les époques, s’amuse jusque dans les détails, bref elle donne une vision toute personnelle emplie de poésie et de malice. Malice parce qu’elle réussit à nous prendre au jeu de la connivence, de la curiosité, et nous suivons tels des badauds ces deux personnages s’interrogeant sur le véritable fondement de ce profond sommeil; poésie parce que l’incursion dans ces tableaux colorés opère tel un envoûtement, nous plongeant dans le silence et le surnaturel de ce beau monde dormant. Première réalisation en tant qu’auteure et illustratrice, première collaboration éditoriale avec Sarbacane... Gageons que cette association n’est pas faite de ronfleurs! On ne peut que crier «Bis!», mais CHUUUUTTT, y’en a qui dorment! - Librairie Les Croquelinottes.