dimanche 22 octobre 2017

Il est où le bonheur, il est où? Réponse : dans les bois et à la Librairie Sorcière La Boîte à Histoires de Marseille



Avec Gigi on fait tout notre possible pour être heureuses en appliquant consciencieusement les règles en vigueur : on a supprimé le gras et le sucré ou alors c’est que du local, on mange cinq fruits et légumes par jour (surtout des fruits, parce que le vin c’est du raisin), on médite tous les matins (sur le caractère abyssal de notre découvert bancaire), on trie nos déchets selon la méthode Montessori (hein??), on opte pour le minimalisme et le sans gluten, on se parle autant que faire se peut avec bienveillance et quand on se fout sur la gueule c’est toujours en pleine conscience. Pourtant, au fond de nous, demeure ce sentiment diffus de tristesse et d’insatisfaction…. Alors quoi ? Il est où le bonheur, il est où ? (oh non pas ça !…)

Peut-être au fond des bois ?

Ce fut en tous cas l’avis et l’expérience singulière de Henry David Thoreau.

Ce philosophe essayiste et poète américain a en effet passé deux ans de sa vie dans une minuscule baraque en bois, sur les rives de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Tournant volontairement le dos à la civilisation et abandonnant tout bien matériel, Thoreau est ainsi resté au cœur de la nature, vivant de peu, mais tellement intensément.

Pendant ces deux années qui ont bousculé ses certitudes, il a consigné ses impressions, détaillant sa vie au quotidien et développant une pensée très avant-gardiste pour l’époque, en reniant une vie asservie au travail et en conspuant la course au profit de ses contemporains. Vivant de pêche, de cueillette et s’occupant de son potager, le poète s’est plongé dans un ascétisme et une frugalité volontaires, passant de longs moments à contempler la nature alentour.

En 1854 fut donc publié Walden ou la vie dans les bois, qui rend compte de ces deux années d’une expérience fondatrice. L’ouvrage est vite devenu culte et a assis la réputation de Thoreau comme l’un des précurseur de la pensée écologiste.

Ce texte reste, vous l’aurez noté, d’une modernité et d’une actualité brûlante. A l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Henry David Thoreau, les éditions Plume de Carotte ont eu la brillante idée de raconter cette histoire aux plus jeunes. C’est donc un fort bel album, Une année dans les bois,  qui paraît, condensant ces deux ans d’expérience en une seule année que l’on suit au fil des saison. On y voit Thoreau bâtir sa petite maison, s’adonner aux joies simples de la contemplation au cœur d’un bois de pins, se baigner en été dans les eaux fraiches de l’étang, et passer de longues soirées au coin du feu, un livre à la main, tandis qu’au dehors la tempête de neige fait rage.

« Je suis allé dans les bois parce que je souhaitais vivre en toute conscience, n’affronter que les éléments essentiels de la vie, voir si je pouvais apprendre ce qu’elle avait à m’enseigner et non découvrir, à l’heure de ma mort, que je n’avais pas vécu. Je ne souhaitais pas vivre ce qui n’était pas la vie, car vivre est trop précieux ».

Ce sont de vrais extraits de l’ouvrage de Thoreau qui sont ici rapportés, illustrés par les grandes aquarelles très douces de Giovanni Manna. Les paysages dans toutes leurs délicates nuances de vert dominent, replaçant la nature comme personnage central du récit. Du texte et des illustrations se dégage un vrai sentiment de quiétude et d’harmonie qui invite à la réflexion et à l’introspection. Le message délivré est d’une grande simplicité en même temps que d’une réelle profondeur. Puisse-t-il, dans nos vies trépidantes et un peu vaines, résonner comme une promesse de bonheur et toucher le plus grand nombre.

Véro, Librairie Sorcière La Boîte à Histoires à Marseille



Une année dans les bois
Henry David Thoreau
Illustrations Giovanni Manna.
Editions Plume de Carotte