dimanche 29 octobre 2017

«Petite Audrey» et «Le Fils de Belle Prater» : deux romans pleins d’humanité et d’espoir de Ruth White



Petite Audrey
Éd. Thierry Magnier | janv. 2010 | 126 pages
États-Unis, fin des années 40, Audrey vit avec ses parents et ses trois petites sœurs qu’elle surnomme les «trois petites cochonnes» parce qu’elle se goinfrent, quand elles le peuvent, c’est à dire pas souvent. Yvonne a huit ans, Eleanor sept ans et Ruth Carol, six ans. Elles habitent une bicoque au confort rudimentaire, dans une ville minière de Virginie. Le père d’Audrey est mineur. Abruti de fatigue et d’alcool, il délaisse sa famille et dilapide son maigre salaire dans la boisson. Sa mère lutte contre la misère et ses démons qui l’entraînent parfois – surtout depuis qu’Elisabeth Gail, sa petite dernière, est morte à l’âge de sept mois – dans un état de stupeur dans lequel elle semble s’absenter de sa vie. Audrey essaie d’aider sa mère du mieux qu’elle peut, tout restant une enfant pleine de promesses. C’est pourtant en plongeant plus profondément encore dans le malheur, qu’Audrey et ses sœurs vont entrevoir une autre vie possible…

Le Fils de Belle Prater
Éd. Thierry Magnier | janv. 2010 | 174 pages
Réédition (première parution en France: éd. Hachette Jeunesse, coll. Mon bel oranger, 1997)

Un matin, la mère de Woodrow, Belle Prater, a disparu sans laisser de traces ni d’explications. Accident, meurtre ou simple désir de quitter sa famille et son milieu, nul ne sait. Belle Prater s’est évaporée laissant derrière elle son fils de douze ans au physique ingrat mais à l’intelligence vive et son mari, Everett. Très vite, ce dernier cherche consolation dans la boisson et les parents de Belle décident de prendre chez eux leur petit fils. Woodrow quitte alors la maison familiale dans la cité minière pour s’installer, en ville, dans la confortable résidence des parents de Belle, toute proche de celle de Love sa tante qui vit avec sa fille, Gypsy et son second mari, Porter. Woodrow et Gypsy et ont le même âge et deviennent vite inséparables. Pourtant, bien que leurs mères aient été sœurs, leurs vies sont très différentes. Mais l’un et l’autre vont apprendre à regarder derrière les apparences…

Très largement inspirés de sa propre vie, surtout Petite Audrey, les romans de Ruth White plongent dans ses souvenirs d’enfance aux côtés d’un père mineur de charbon, mort alors qu’elle n’avait que six ans. De cette enfance dans la pauvreté elle tire des personnages courageux, en lutte contre leur condition et inscrits dans des réseaux de solidarité qui les soutiennent et les hissent vers d’autres horizons.
Là où l’accumulation de misère et de malheur pourraient aboutir à des récits tristes et misérabilistes, les livres de Ruth White sont pleins d’humanité et d’espoir. Ils ne cachent rien des difficultés de leurs personnages (la faim, la violence, l’alcool, la maladie mentale) mais ils leurs donnent en même temps une grande dignité. Et l'on perçoit, à la lecture de cette écriture déliée et simple, comme un linge modeste mais bien entretenu, lavé et repassé avec vigueur, que c’est aux personnages de son enfance que Ruth White rend hommage, tout en offrant aux enfants d’aujourd’hui un témoignage sur une époque pas si lointaine (et pas si révolue, si l’on pense à ceux qui aujourd’hui encore vivent avec le strict minimum et moins encore) d’avant l’avènement de la consommation de masse.

Ariane Tapinos, Librairie Sorcière Comptines à Bordeaux