dimanche 15 octobre 2017

R. J. Palacio : «With love, patience and faith.»

R. J. Palacio © Russell Gordon.jp
C'est après avoir croisé une enfant semblable à son futur personnage et écouté avec attention les paroles de la chanson éponyme de Natalie Merchant (dont un extrait sert de titre à cet article) que R. J. Palacio s'est mise une nuit à écrire Wonder, qui va bientôt être suivi de Auggie et moi - Trois nouvelles de Wonder. Interview de l'auteure.


Où avez-vous puisez votre inspiration pour écrire Wonder?
R.J. PALACIO: Je me suis retrouvée, il y a plusieurs années de cela, assise à côté d’une petite fille avec un sévère handicap facial – très semblable à celui d’Auggie – devant  un magasin de friandises. J’étais avec mes deux enfants. Mon plus jeune fils avait environ trois ans et demi à cette époque et était encore dans une poussette. Mon fils aîné avait peut-être onze ans, et il était allé à l’intérieur nous chercher des milkshakes. Mon plus jeune fils n’avait pas encore vu la petite fille, mais je savais qu’au moment où il lèverait les yeux, il ne réagirait pas bien. Et en effet, lorsque son regard l'a croisée, il s’est mis à pleurer. J’étais horriblement gênée. Je ne voulais pas que mes enfants soient la cause d’un quelconque malaise chez cette petite fille. J’ai alors entendu la mère de la petite dire très calmement et gentiment: «Je pense qu’il est temps pour tout le monde de partir». Mon coeur s’est serré pour cette femme et son enfant. J’ai pensé au nombre de fois où elles avaient dû partir à cause de ce genre de situation. Je n’arrivais pas à cesser d’y penser. Aurais-je pu faire autrement? Mes enfants auraient-ils alors pu réagir différemment? Qu’aurais-je pu leur apprendre pour qu’ils ne réagissent pas ainsi, par peur? La nuit qui a suivi, j'ai entendu la chanson Wonder de Natalie Merchant à la radio. C’est une chanson que j’ai toujours aimée, mais cette nuit-là j’ai écouté les paroles avec encore plus d'attention. Et de l’incident de l'après-midi et de l'écoute attentive de cette chanson qui a suivi est né ce livre. J’ai commencé à écrire cette nuit-là.
Vous racontez cette histoire du point de vue de six narrateurs différents, du même âge qu'Auggie, et d'Auggie lui-même. Pourquoi pensez-vous que c'est important de raconter l’histoire d’Auggie en variant les points de vue?
R.J. PALACIO: Tous ces personnages m'intéressaient, et je voulais tous les explorer. J’étais moi-même particulièrement curieuse de ce que à quoi pouvait ressembler la vie de sa soeur. J’ai réalisé qu’Auggie, d’une certaine manière, est un personnage très protégé. C’est un petit garçon qui est surprotégé par ses parents. Il n’interprète pas toujours les choses ou ne les voit pas. Pour être capable d’explorer son histoire un peu plus profondément, j’avais besoin de les quitter, lui et sa perspective, pour le voir à travers le point de vue des autres et observer l’impact qu’il a sur eux. Je ne suis pas sûr qu’il comprenne l’entière étendue de l’impact qu’il a sur les gens autour de lui.…
Il semble que Wonder parle véritablement aux lecteurs, aussi bien enfants qu'adultes.
R.J. PALACIO: Je n'avais pas imaginé en amont cette effusion d’affection provoquée par le livre! Je reçois des mails chaque jour de la part des lecteurs. Bien sûr, ceux qui disent l’incapacité de s’arrêter de pleurer au fil des pages ou qui témoignent d'une lecture avec le coeur qui bat la chamade viennent d’adultes. La grande majorité d'entre eux me disent combien ils ont été émus, comment ce livre leur a donné envie d’être plus gentils avec les autres. Les enfants réagissent différemment. Ils me disent apprécier le livre, l'aimer vraiment. Ils m'expliquent qu'en s'identifiant aux personnages, ils tirent des leçons de cette histoire. Mais ils ne pleurent pas comme les adultes!
Comment vos fils ont-ils réagi après avoir lu votre roman?
R.J. PALACIO: Je dois le dire: ils l’adorent! Mon fils aîné l'a lu il y a environ un an. Il a quinze ans aujourd'hui et dit que l'on devrait rendre ce livre obligatoire à l'entrée au collège. Une déclaration géniale!

Propos traduits par Adeline Escoffier

Wonder
R. J. Palacio
PKJ.


Auggie et moi
R.J. Palacio
PKJ.
À paraître début novembre
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