dimanche 18 février 2018

Coup de coeur éditeur des éditions PKJ. : Comment un écureuil un héron et une chouette sauvèrent le père de Casper - interview de Horacio Clare + extrait du roman


«Hier soir on a terminé ce livre avec mon môme. J'ai été émue à chaque moment de cette lecture, parfois à ravaler des sanglots. Ça sort le 15 mars chez Pocket. Et c'est très beau.» - Madeline Roth, Librairie Sorcière L'Eau Vive à Avignon


Horatio Clare est un auteur brillant, journaliste à la BBC, reporter, producteur radio, écrivain lauréat du prix Somerset Maugham et de nombreux prix littéraires pour son œuvre de non-fiction. Il fait une entrée remarquable en littérature jeunesse avec son roman Comment un écureuil, un héron, et une chouette sauvèrent le père de Casper publié le 15 mars chez Pocket Jeunesse. Cet ouvrage, élu Livre jeunesse de l’année 2015 par le Sunday Times, a reçu en 2016 le prix Brandford Boase. S’inspirant de son enfance passée dans une ferme au Pays de Galle et de Road Dahl, il nous offre un savant mélange d’humour décalé, de fantaisie et de réalisme pour une fable poétique superbe qui aborde avec justesse le sujet délicat de la dépression.


PKJ.: D’où vous est venue l’idée de ce roman?
HORATIO CLARE: L’idée m’est venue lors de la naissance de mon fils; quand ses yeux bleus se sont posés sur moi, j’ai vu un petit être indépendant avec une envie de vivre époustouflante - pas du tout cette petite chose dépendante à laquelle je m’attendais. Au même moment, je voulais écrire à propos de la dépression, ce monstre qui ne peut pas réellement être vaincu mais que certains peuvent affronter et avec lequel d’autres apprennent à vivre. J’avais donc un héros et un méchant. J’ai toujours voulu écrire un livre de littérature de jeunesse ; je peux dire aujourd’hui que ce roman m’a en quelque sorte trouvé.

Votre récit est accompagné par les illustrations, magnifiques, de Jane Mattews. Était-ce important pour vousque votre tout premier roman pour enfants soit illustré? Que pensez-vous que cela apporte à l’histoire?
Tout comme les livres de Roald Dahl qui sont mes modèles, je voulais que le mien ait aussi des illustrations. Ce qui a été merveilleux c’est de découvrir, ou plutôt de prouver, le talent étonnant de Jane Matthews. Les décors de l’histoire qu'elle a dessinés évoquent les bois entourant ma maison à Hebden Bridge, dans le Yorkshire, alors qu’elle n’a jamais été là-bas. Je pense que ses illustrations sont magiques, engagées et qu’elles apportent toute une dimension merveilleuse à l’histoire.

Après avoir remporté le prestigieux prix de littérature de jeunesse Brandford Broase, vous avez dit que Comment un écureuil, un héron et une chouette sauvèrent le père de Casper est le roman dont vous êtes le plus fier. Pourquoi vous a-t-il rendu aussi fier?
J’en suis fier car il traite d’un sujet dur et important, et qu’il est également rempli d’amour. Je crois que ce roman porte en lui une certaine beauté, et j’espère que cela perdurera après ma mort. De plus, c’est le premier texte que j’ai écrit et qui n’émanait pas d’une commande d’éditeur. Peu m’importait qui pouvait le publier. C’était avant tout une première pour moi: réaliser quelque chose pour mon propre bien, sans l’avoir vendu avant même de l’avoir écrit.

Quel message souhaitiez-vous transmettre à travers ce récit ?
Il y en a plusieurs en réalité. Tout d’abord, je souhaitais aborder franchement le thème de la dépression et de la santé mentale, tant avec les enfants qu’avec les adultes. Le message de ce roman est d’être courageux et ouvert par rapport à cette maladie. Si vous arrivez à vous accrocher, cela finira par passer. Il est vital que nous partagions et discutions de ces choses qui, de manière générale, poussent les victimes à s’isoler. C’est là que nous devons intervenir pour les combattre. En outre, je voulais célébrer la lande et les bois, les collines et le ciel et par-dessus tout les bêtes, les oiseaux et les insectes qui nous rappellent sans cesse que nous ne sommes pas seuls sur terre. Nous sommes vraiment très chanceux et encore plus si nous aimons ou que nous sommes aimés. Il y a ici aussi un message à propos du rire: je pense que le rire est une manière propre à l’homme d’applaudir la création. J’espère au moins que tous mes livres ont un peu côté drôles.

Propos recueillis par les éditions PKJ.


Extrait de Comment un écureuil un héron et une chouette sauvèrent le père de Casper


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Chapitre 1

Un garçon turbulent




Casper poussa un premier cri : OUIIIIN ! si puissant que la sage-femme en perdit ses boules Quies. Tous les bébés pleurent à la naissance, mais le vagissement de celui-ci était tellement perçant qu’il déclencha même l’alarme de la voiture d’un médecin. La sage-femme avait un certain âge et une tête de gentille gargouille. Elle lava Casper et l’enveloppa dans une couverture.

— Cet enfant hurle comme un loup ! s’exclama-t‑elle.

Casper prit une nouvelle inspiration et brailla si fort qu’il en devint violet. Il agita ses bras et ses jambes dans tous les sens et décocha un direct du talon dans le ventre de la sage-femme au moment où elle le tendait à sa mère.

— Aïe ! lâcha-t‑elle. Il est un peu…

Elle chercha le mot et ne reprit sa respiration qu’après l’avoir trouvé.

—… turbulent.

Elle ne se rappelait pas quand elle avait utilisé ce mot pour la dernière fois, mais c’était le terme parfait pour qualifier le nouveau-né. Éjecter des boules Quies, couper le souffle de la sagefemme et déclencher l’alarme d’une voiture furent donc les premiers actes turbulents de Casper. Tout ça en moins d’une minute. Il existe une théorie selon laquelle les très jeunes enfants se souviennent inconsciemment de tout ce qu’ils ont entendu. Je ne sais pas si c’est vrai, mais « turbulent » et « loup » peuvent expliquer la suite de l’histoire. Plus tard – il n’avait pas encore un an –, Casper vit quelqu’un passer en courant devant la maison où il vivait avec ses parents. Il décida qu’il était temps qu’il coure, lui aussi. À son âge, les louveteaux étaient capables de faire un marathon. Casper, lui, tenait à peine sur ses pieds.

« Vite ! songea-t-il. En avant, marche ! »

Il se mit debout, se projeta en avant et lança sa jambe devant lui comme un champion de course à pied. Son corps continua sur sa lancée mais sa jambe, elle, se défila aussitôt. Casper se retrouva précipité face contre terre. Il essaya de nouveau. De nombreuses fois…

Bing, bam, boum...

… il faisait le bruit des pommes quand elles tombent de la table.

— C’est encore Casper qui casse tout, observa M. Ferraby avec un sourire en entendant le petit garçon s’entraîner et ses chutes résonner bruyamment à travers tout Woodside Terrace. Les Ferraby habitaient la maison d’à côté. M. Ferraby était passé expert dans l’incroyable variété de sons que Casper parvenait à créer au fur et à mesure qu’il grandissait, devenait plus fort et plus aventureux. Ses parents le supplièrent d’être patient.

— Essaie d’abord de marcher, s’il te plaît ! implora sa mère.

Suzanne était infirmière. Elle avait beau savoir que son fils était costaud, elle craignait qu’il ne se blesse.

— Traditionnellement, c’est l’étape d’après ! dit son père.

Jim était professeur d’anglais et il adorait les histoires. En réalité, il était ravi que son fils n’ait pas envie de suivre la voie normale : se mettre debout, puis marcher, puis courir.

Le petit garçon les ignora. C’était devenu sa spécialité, ignorer Jim et Suzanne. Il les aimait, mais si on veut vivre à fond, on ne peut pas passer trop de temps à écouter ses parents. « Vivre à fond » était sa philosophie du moment. C’est important d’avoir une philosophie, surtout si elle est synonyme de quête vitale. En revanche, ça n’est peut-être pas une bonne idée si elle vous amène à pulvériser deux voitures avant même d’avoir atteint l’âge de conduire, ce qui fut la farce suivante de Casper.

À quatre ans, Casper pensa donc que ce pourrait être amusant de prendre la voiture pour faire un tour. Il avait souvent regardé ses parents conduire : ça semblait facile. Un dimanche après-midi, pendant que son père dormait à l’étage, le nez sur un de ses livres préférés, et que sa mère était dans le jardin en train de faire le tour du potager et de parler aux pigeons, Casper monta sur une chaise et prit les clés de la voiture sur la table. On lui avait interdit de franchir la porte d’entrée car elle donnait sur la route, mais il le fit quand même – en se hissant de nouveau sur une chaise pour atteindre la poignée – et il sortit. Il pointa la clé en direction de la voiture et appuya sur le bouton. La voiture fit clic-clic et les phares clignotèrent pour le saluer joyeusement.

— Coucou, la voiture ! murmura Casper.
(...)

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