lundi 12 mars 2018

«Tremble, Mourlevat ! je vais lancer une pétition #balancetonvegan !» (un coup de coeur de la Librairie La Boîte à Histoires)



Jefferson le héros de cette histoire est un hérisson. 72 centimètres les pattes en l’air, 72 centimètres de bonne humeur et de jovialité.

Et ce matin il est encore plus heureux que d’habitude parce qu’il a rendez-vous chez son coiffeur, Monsieur Edgar, pour se faire rafraîchir la houppette. Oh, il l’aime bien ce cher Monsieur Edgar, c’est certain et il lui est d’ailleurs fidèle depuis de nombreuse années. Mais ce qui rend Jefferson tellement heureux en ce beau jour d’automne c’est la perspective de croiser Mademoiselle Carole, la nièce du coiffeur, qui fait battre son cœur. Peut-être osera-t-il lui proposer d’aller boire un verre ?

Mais la vie parfois peut basculer en un clin d’œil et c’est ce qui arrive à ce pauvre Jefferson. Sitôt entré dans le salon de coiffure il aperçoit avec horreur le corps sans vie de Monsieur Edgar, une paire de ciseaux plantée dans l’abdomen. Horrifié , désemparé, Jefferson s’agenouille aux côtés de son ami pour lui retirer la paire de ciseaux de la poitrine.

C’est ce moment précis que choisit madame Chèvre pour se réveiller sous son casque chauffant de permanente. Et ce qu’elle entrevoit en hurlant laisse peu de place au doute : Jefferson hagard auprès de la victime, une arme ensanglantée entre les mains.

Le chaos qui s’ensuivit est indescriptible: la chèvre ne cesse de braire à l’assassin, le hérisson crie son innocence et dans un réflexe vieux comme le monde, s’enfuit à toutes pattes, signant là sans le vouloir son aveu de culpabilité.

Le voilà mal barré le pauvre, toutes les forces de police à ses trousses, sa maison cernée par des hommes en armes, c’est son copain Gilbert qui l’en a averti par sms.

Oui, il peut heureusement compter sur l’amitié et le soutien indéfectible de Gilbert le cochon, son pote de toujours qui croit immédiatement à son innocence et va tout faire pour le sortir de ce mauvais pas.

Il faut dire que dans ce monde-là, les animaux et les humains vivent séparément. Les animaux sont d’un côté de la forêt, ils parlent comme nous, portent des vêtements, ont des portables et s’envoient des sms avec des fautes dedans. Humains et animaux se croisent finalement assez peu, ils entretiennent des rapports courtois mais distants et se rendent parfois visite en touristes.

Quelques investigations permettent vite aux deux compères d’apprendre que feu le coiffeur avait pour habitude de se rendre tous les week-ends à Villebourg, la région des humains. Que diable allait-il bien y faire ?

C’est houppette rasée en mode incognito que Jefferson et son ami Gilbert vont se mêler à un voyage organisé pour aller enquêter sur place, chez les humains.

La cohabitation avec les autres touristes dans le mini-car ressemble déjà à une épreuve: entre le matou à moitié autiste, le gros sanglier relou, le couple de moutons cacochymes, les deux renardes pipelettes et Simone la lapine neurasthénique, il faudra à Jefferson une bonne dose de patience alors qu’il se sent déjà tellement nerveux.

Une fois sur place rien ne sera épargné aux deux compères enquêteurs qui vont aller de découverte en découverte et affronter de grands dangers.

Oui, c’est du vrai polar que nous propose ici le talentueux Jean-Claude Mourlevat, avec un crime crapuleux, une intrigue à rebondissements, du suspens et de l’aventure. Il y a même de la bagarre et du sang. Brrrr….

Et qu’est-ce que c’est bien écrit en plus et bien ficelé : Il y a là du rythme, de l’émotion, de l’humour bien sûr, des descriptions aux petits oignons et des dialogues qui sonnent. Lisez-le à voix haute et vous le constaterez par vous-mêmes !

Et avec ça, vous prendrez bien une petite louche de réflexion ? Très certainement, puisque sous couvert d’aventures, Mourlevat intègre à tout cela un propos très intéressant et fort pertinent sur le rapport que nous, humains, entretenons avec les animaux, ceux que nous chérissons, ceux que nous tolérons… et ceux que nous mangeons.

Moi qui suis peu sensible en général aux romans qui font parler les animaux, j’ai adoré lire celui-ci et l’on sent que Mourlevat a pris un réel plaisir à dépeindre ce petit monde animalier pour mieux croquer nos travers humains.

Avec beaucoup de finesse et par petites touches, l’auteur nous amène à réfléchir aux idées toutes faites que nous projetons parfois sur les autres, les regards blessants ou les paroles malheureuses qu’on laisse échapper. Il nous interroge aussi plus profondément sur ce penchant terriblement humain qui consiste à fermer les yeux sur une réalité que l’on se refuse à envisager. Ce que l’on ne voit pas n’existe pas, c’est si simple…

J’en suis sortie toute remuée, dites donc ! Voilà pour moi un roman policier animalier marrant, palpitant, intelligent et engagé. Ce sera mon dernier mot Jean-Pierre (enfin Jean-Claude).

En tous cas le livre ne soulèvera pas une vague d’indignation, ça nous fera des vacances. Encore que… merde… j’avais pas pensé aux carnivores purs et durs qui verront là une critique assassine et discriminatoire de leur pratique alimentaire.

Tremble, Mourlevat ! Pour faire taire immédiatement toute polémique, je propose sans plus attendre de lancer une pétition (#balancetonvegan).

A vous les réseaux sociaux.


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