dimanche 13 mai 2018

De 1968 à 2018, en passant par 1978 et 2008 (Librairie Comptines)



Ce qui est bien avec les anniversaires, c’est qu’ils sont l’occasion non seulement de célébrer un événement passé mais aussi de le regarder avec les yeux d’aujourd’hui. Il y a dix ans, la librairie Comptines s’apprêtait à fêter ses trente printemps et, déjà, nous vous proposions une bibliographie autour de Mai 68 à retrouver ici ).

Sans surprise, les millions de travailleurs en grève, les barricades dans les rues de Paris et les slogans inventifs de cet incroyable mois de mai 68 sont sur le point de devenir cinquantenaires alors que, pas peu fières, nous allons fêter nos 40 ans. Et en relisant ce que nous avions écrit en 2008, il apparaît que nous pourrions presque reprendre les mêmes mots. Presque… Parce que si notre «attachement à un moment de notre histoire récente et à la manière dont cette histoire est transmise aux plus jeunes» est toujours bien là, si Mai 68 reste pour nous synonyme d’acquis syndicaux, de droits pour les étudiants, d’une plus grande liberté pour les femmes, les débats qui faisaient rage il y a dix ans, lorsque nous écrivions ces mots, ont étrangement disparu du paysage médiatique.

Rappelez-vous 2008, il s’agissait alors de choisir son camp: celui qui parait le joli mois de mai 68 de toutes les vertus et lui attribuait la paternité de notre société moderne, ou celui qui rendait les soixante-huitards responsables de toutes les dérives (ou soit disant dérives) contemporaines: absence d’autorité, laisser-faire éducatif, individualisme, consumérisme…

Comment expliquer que ces débats, pourtant virulents, soient aujourd’hui si discrets? Est-ce parce que, le temps passant, les soixante-huitards ont («enfin», diront certain.e.s) quitté les sphères du pouvoir économique, médiatique, culturel, politique? Est-ce que, recyclant un célèbre slogan de 68, le «vieux monde» est derrière nous, puisqu’on nous rebat les oreilles du «nouveau monde»? Ou, plus tristement, parce qu’après une parenthèse, pas toujours enchantée, mais qui aura duré jusqu’à l’effacement des protagonistes, ce sont les conservateurs qui l’ont emporté?

Que dire encore de la pauvreté du débat sur l’éducation aujourd’hui, quasi-inexistant au moment où des étudiants manifestent pourtant leurs doutes sur l’université – et la société – du futur, et alors même que la mémoire du soulèvement estudiantin de mai 68 est en passe d’être convoquée pour toutes sortes de commémorations? Pénible renversement : la modernité semble s’incarner désormais dans l’entreprise et la réussite individuelles bien plus que dans l’espoir collectif.

Comptines, ce n’est pas un hasard, est une librairie jeunesse, née en 1978, de la conviction que la culture, le débat, le développement de l’esprit critique sont tout aussi nécessaires à la jeunesse que l’air qu’elle respire.

Reste, comme nous l’écrivions déjà il y a dix ans, le souvenir d’une lutte collective, inventive, festive. Et alors que nous déplorions, en 2008, le peu d’intérêt des éditeurs jeunesse pour ce moment de notre histoire, notre bibliographie est plus fournie pour ce cinquantenaire avec la parution de plusieurs romans et de quelques documentaires.

Nous avons choisi d’y ajouter quelques références traitant de la révolte plus largement ou différemment, comme, par exemple, le très bel album de May Angeli, L’école est fermée, vive la révolution! qui évoque les révoltes arabes. Comme chaque fois que nous faisons ce travail de collectages d’ouvrages sur un thème, cette sélection ne vise pas à l’exhaustivité. Elle est le reflet subjectif et imparfait de nos lectures.

Librairie Sorcière Comptines à Bordeaux



Des fleurs sur les murs
Cécile ROUMIGUIÈRE
Illustré par Aurélie GRAND
Éd. Nathan, coll. premiers romans, avril 2018, 56 pages

Les parents de Léna tiennent l’épicerie café du village. Nous sommes en mai 1968 et Léna cachée, sous une table avec son cahier d’espionne écoute les conversations des habitués qui commentent tout à la fois les événements en cours à la capitale et la probable fermeture de l’usine de bicyclettes qui emploie une grande partie des villageois. En surprenant les échanges de filles plus grandes qu’elles, elle a l’idée d’utiliser le dessin et les slogans pour défendre l’avenir de l’usine.
Avec ses copines, elles placardent sur tous les murs du village leurs affiches et leurs espoirs et réussissent à attirer l’attention des medias et même du général de Gaulle !
Avec cette version campagnarde et enfantine des événements de mai, Cécile Roumiguière, réussit à restituer la vie quotidienne d’une petite fille et son entourage dans la France des années 60.
L’inventivité de Léna fait écho à celle des étudiants qui, à Paris, rivalisent de talent et de poésie pour dire leurs maux et leurs espoirs. L’histoire de l’usine menacée de fermeture permet de ne pas oublier que Mai 68 ne fut pas que le fait des étudiants et des intellectuels mais aussi des travailleurs. A la fin de ce court roman, on ne sait pas si l’usine sera sauvée mais Cécile Roumiguière évoque le rôle que les ouvriers pourraient jouer si ils voulaient continuer à fabriquer des bicyclettes sans leur patron… dans l’esprit de Mai qui ouvre la voie aux développement des coopératives ouvrières.  - Librairie Comptines




L’école est fermée, vive la révolution!
de May ANGELI
Éd. La joie de lire

Au village aujourd’hui, comme partout ailleurs dans le pays, l’école est fermée et les parents disent « c’est la révolution ! ».
Qu’est-ce donc que cette révolution qui ferme les écoles, les commissariats de police et les mairies mais qui permet aux enfants de jouer sur les plages et aux adultes de se réunir au café pour parler des dernières nouvelles face à la télé où résonnent les coups de feu ? Entre craintes et espoir, la vie continue et les enfants font des bêtises. Demain est sera un jour meilleur : celui où « pour la première fois, on votera librement ! ».
Evocation subtile des révolutions arabes, L’école est fermée, vive la révolution !, adopte le point de vue d’un enfant sur les soubresauts du monde qui l’entoure. Ce faisant, May Angeli arrive à créer cette ambiance fébrile où tout peut changer en même temps que certaines choses restent immuables comme l’insouciance des enfants. Son texte est exigeant et précis. Ses images, des gravures comme toujours, sont d’une beauté extraordinaires. - Librairie Comptines

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