dimanche 10 mars 2019

Ah ça, le mec qui ramenait un mammouth une fois l’an, on en entendait parler pendant des plombes autour du feu !


La chanson on la connaît par cœur: le sexe faible cantonné aux tâches domestiques, le poids de la société patriarcale chasse-pêche-et-traditions, les écarts de salaire, les héroïnes ignorées des livres d’Histoire, reléguées au second plan dans les domaines des arts et des sciences… Ah ça, le mec qui ramenait un mammouth une fois l’an, on en entendait parler pendant des plombes autour du feu ! En attendant, qui c’est qui s’organisait pour faire bouffer tout le monde ? Qui rivalisait d’ingéniosité pour pêcher, cueillir et faire chauffer la marmite ? Les femmes bien sûr. Quel malheur ! Moi-même pauvre femme, que n’ai-je dû batailler pour arriver où je suis ! (D’ailleurs je ne sais plus très bien où j’en suis en ce moment). Parce que figurez-vous qu’en dehors de ma brillante carrière de libraire, chef d’entreprise et blogueuse littéraire de renommée internationale, j’ai été à DEUX DOIGTS d’inventer un truc révolutionnaire. Je sais pas trop si je vous raconte ça ici … (OH OUI OUI !! S’IL TE PLAIT RACONTE-NOUS !!). Bon d’accord.

Il y a quelques années de ça, si peu, lorsque j’étais jeune libraire, c’était hier, je me déplaçais dans une Renault 5 jaune canari du plus bel effet. Cette voiture de quatrième main présentait le double avantage d’une aération par le plancher grâce à un petit jour ouvert sous les pédales, et d’une aération dans le toit par le truchement d’un trou très opportunément placé pile poil au dessus de mon oreille droite. A moi les courants d’air de l’impétueux Mistral et les gouttes de pluie rafraîchissantes. Voyez comme nous, les femmes, savons faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Un détail en revanche me chagrinait : moi qui suis branchée H 24 en permanence sur ma radio préférée Skyrock, (non je déconne), je me trouvais fort marrie de ne pouvoir suivre correctement mes émissions favorites vu le boucan que faisait cette bagnole. Alors dans mon esprit de fille, nonobstant mes pauvres moyens intellectuels, figurez-vous que j’ai imaginé un système d’auto-radio dont le volume augmenterait concomitamment au volume sonore de l’habitacle. Pas con, non ?

Hélas, vous savez ce que c’est, nous les filles on se laisse facilement distraire par une virée shopping, et puis quand on a un peu de temps on rêve que d’une chose, c’est de se jeter sur notre aspirateur ou faire tourner deux trois machines… Et pof qui c’est qui en a profité pour me choper le truc ? Monsieur Mercedes en personne qui a fait breveter mon invention géniale pendant que madame s’occupait des gosses à la maison. Pffff…. trop le seum. Pour me consoler je suis allée m’acheter un nouveau sac à main.

Du coup, permettez-moi avec les éditions des Éléphants de rendre un vibrant hommage à toutes les inventrices méconnues de par le monde et à leur brillantes inventions. En parcourant cet album documentaire, vous remarquerez rapidement que les inventions répertoriées sont pour la plupart - que dis-je, toutes - fort bien connues du grand public et nous servent au quotidien. En revanche pour leurs inventrices, c’est une autre paire de manches. Inconnues au bataillon, ces femmes astucieuses et créatives ont eu la malchance de naître dans une société régie par les hommes dans des temps pas si reculés que ça où elles devaient être accompagnées par un père, un mari ou un frère pour faire valider leurs trouvailles.

Ainsi Mary Anderson, l’ingénieuse inventrice des essuie-glace a dû batailler près de deux ans au début du XXème siècle pour faire reconnaître et breveter son invention en son propre nom.

Martha Coston, quant à elle, se retrouva veuve très tôt. Mère de trois jeunes enfants, elle entreprit tout de même d’améliorer l’invention de son défunt mari, les fusées de signalisation, en se faisant passer pour un homme. En effet en 1830, les artificiers dont elle avait besoin pour fabriquer son matériel lui auraient refusé toute aide s’ils avaient eu affaire à une femme.

Oui , dans le domaine des sciences et des techniques comme dans bien d’autres, le chemin a été semé d’embûches pour les femmes. Cet album documentaire a le mérite de les réhabiliter en leur donnant la visibilité qu’elles méritent.

En feuilletant l’album, on s’étonne de toutes ces brillantes trouvailles dont elles ont été les instigatrices et qui font aujourd’hui partie de notre quotidien : kévlar, lave-vaisselle, canot de sauvetage, couches jetables, seringues médicales sont quelques unes des quinze découvertes présentées et resituées dans le contexte de leur époque. Vous noterez avec moi le pragmatisme et le solide sens pratique dont toutes ces femmes ont fait preuve dans leurs recherches.

Proposant une présentation simple et synthétique qui fonctionne par doubles pages cet album documentaire s’adresse aux plus jeunes. Les illustrations tout en rondeurs, un rien vintage ne sont pas dénuées d’humour et mettent en scène ces femmes et leurs inventions. En voilà une chouette proposition éditoriale ! A partager sans restriction avec les filles et les garçons dès 7 ans !

Véronique Benay, Librairie Sorcière La Boîte à Histoires à Marseille



Les inventrices et leurs inventions
Texte d’Aitziber Lopez
Illustrations de Luciano Lozano
Editions des Eléphants. 14,00 €

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