vendredi 20 septembre 2019

Merci, Hélène Wadowski !




Professeur de français en 1979, Hélène Wadowski met un pied dans le monde de l’édition en 1982... et n’en sera sortie qu’au mois de juin dernier, pour consacrer sa retraite à des actions de bénévolat et de missions solidaires autour de l’enfance et du livre. Au moment de passer le relai à Céline Dehaine, nouvelle directrice du département jeunesse de Flammarion, elle a bien voulu, pour Citrouille, porter ce regard sur sa carrière. Merci à elle qui, nous le savons, a encore tant à apporter aux enfants! 

«Être éditeur pour la jeunesse?

Cela n’était pas une évidence, à vingt-deux ans ...
Études de Lettres en poche, puis enseignante, j’ai dirigé mes pas vers Villetaneuse, où j’ai tout de suite compris que j’avais trouvé là le bon chemin professionnel.


Après une étude sur les effets de la Loi Lang, réalisée pour le Service Études et Recherches du Ministère de la Culture, j’ai poursuivi par des stages dans des maisons de Littérature générale, puis au Sorbier. Quelle chance! J’y ai découvert la joie de mêler texte et image ou illustration et texte. Car lequel des deux me plaît le plus? Les deux, à part égale!

Chez Nathan, j’ai ensuite été tellement contente quand il m’a été demandé de «rajeunir» l’image de Rouge et Or. J’y ai retrouvé des textes lus petite... Puis ce fut la célèbre collection des Contes et légendes, celle qui m’était offerte en Prix, en CM2 je crois. Un autre temps... Mais en lui faisant recouvrer sa forme quasi initiale, avec la couverture cartonnée et le dos zébré d’or, elle a retrouvé ses lettres de noblesse!



Avec la collection Pleine Lune, j’ai remporté le pari de lancer de la fiction pour les 8 - 12 ans, segment d’âge alors peu travaillé par Nathan. Je me souviendrai toujours de la remarque d’un garçon de dix ans qui, recruté sur le critère «N’aime pas lire» pour une enquête menée auprès de lecteurs, dit: «Il paraît, m’dame, qu’il y a des livres où il y a que du noir!». En l’interrogeant, je compris qu’il voulait dire «sans images»...

Sans doute cette remarque a-t-elle été à l’origine de mon goût, qui ne s’est jamais tari, de s’intéresser davantage aux enfants pour qui la lecture n’est pas naturelle. Et de l’idée qu’il ne faut pas penser en termes de capacité de lecture par âge, avec une offre unique, mais bien plus en termes de propositions variées pour un même âge: de gros livres, de moins épais avec des images, des premières BD, des romans graphiques...


Et ceci avec une seule et vraie exigence: un bon texte, un bon roman, une bonne BD, qui donnent envie d’ouvrir un autre livre, alors qu’une écriture négligée entraîne l’abandon de la lecture. 


Être à la recherche d’écrits et d’illustrations de qualité est une tâche quotidienne et un travail de lecture «colossal»! Le temps des transports en commun, mes soirs de ces dernières décennies, aura été quasi entièrement consacré à lire pour les 0 - 18 ans!... Je ne citerai aucun auteur ou illustrateur, traducteur, ou il me faudrait les citer tous, mais qu’ils soient remerciés pour les découvertes de renouvellement d’idées, de genres, de styles narratifs. Jamais un seul jour, je n’ai senti que je m’ennuyais à lire... Existe-t-il beaucoup de professions où ce même goût peut ainsi perdurer?

En quittant Nathan et en venant chez Père castor Flammarion, j’ai redécouvert un monde d’histoires patrimoniales et des collections plus contemporaines. Combien de fois ai-je entendu: «Ah le Père Castor, je connais: j’ai lu toutes les Histoires!» Mais en réalité, à côté de Michka, Roule-galette, La grande panthère noire et La plus mignonne des petites souris, pour ne citer que ces titres, cohabitent de merveilleux albums plus contemporains, écrits et illustrés dans le respect de cette prestigieuse collection. Rassemblant toutes les générations, grands-parents, parents, enfants et tous les publics, bibliothécaires, enseignants, libraires, notre marque, qui fêtera ses quatre-vingt-dix ans en 2021, a su entourer ses «classiques» d’autres passerelles vers la lecture autonome.

Si le segment des Premières lectures est moins repéré par la presse, il recèle pourtant de magnifiques histoires. Et pourquoi se détourner de livres qui permettent d’accéder à la lecture?

Le Père castor a grandi et nous avons développé la marque Flammarion jeunesse pour publier des romans pour les plus de onze ans... les plus de dix-huit ans pourrait-on dire aujourd’hui! Un important travail de prescription vis-à-vis des collèges a accompagné ces écrits et certains romans sont devenus des figures incontournables des lectures en classe .

Être éditeur, c’est travailler en équipe, avec cette équipe: avec les assistants d’édition, les éditeurs, directeurs littéraires, graphistes, directeurs artistiques, responsables des relations presse, salons du livre et animation des réseaux sociaux, avec les représentants, directeurs des ventes, commerciaux, responsables marketing, diffusion, ventes des droits à l’international, fabrication... Tous ceux-là avec lesquels nous partageons tant d’enthousiasme et d’attente! 


J’ai beaucoup beaucoup sillonné la France, la Belgique, la Suisse, le Québec afin de rencontrer les libraires, les enseignes culturelles. Échanger sur les tendances du marché, sur les attentes du public qui chercherait un titre pour lequel il n’y aurait pas de proposition éditoriale, comprendre le classement des magasins... En organisant des rencontres en région avec les éditeurs, les auteurs et les illustrateurs, plusieurs fois par an, devant un public de libraires, bibliothécaires, cela permet de tisser des liens solides, encore plus nécessaires aujourd’hui où le livre n’est plus forcément au coeur des premières envies culturelles ou des loisirs des jeunes. Et j’ai noué à ces occasions de vraies relations de confiance, d’amitié...

Je parlerai aussi ici de mon engagement au Syndicat national de l’édition, d’abord comme membre du Bureau, puis comme Présidente du groupe Jeunesse pendant sept ans, et à nouveau au Bureau. Ou l’art de mener des actions solidaires aux côtés d’éditeurs «concurrents»!... Parcours professionnels pour la lecture Jeunesse sur deux jours et demi à Nantes, à Lille et tant de villes, lobbying auprès des Ministères pour conforter la place du livre contemporain à l’école, discussions avec les auteurs... Nous avons rencontré des centaines de professionnels autour de nos livres, et vécu tant de moments d’échanges passionnants...

Si je devais jeter une ombre sur ces décennies d’engagement professionnel, ce serait celle de la surproduction. Pendant longtemps, on a parlé de richesse, de grande diversité... Et c’était vrai. Mais à ce jour, je parlerais davantage de trop grande industrialisation dans la production, de trop de proximité entre certaines collections. D’une difficulté accrue à pouvoir se repérer dans les parutions... Alors moins produire, mais mieux?

Pour ces années à lire tant autour du livre jeunesse, je souhaite au final remercier celles et ceux avec lesquels j’ai travaillé au quotidien... Pour les nommer, je m’en tien- drai «juste» à ma dernière équipe, sinon la liste serait trop longue! Merci à Bénédicte, Céline, Lucie, David, Brigitte, Magali, Sophie et Fabiana, à Gaëlle, Laurence, Héloïse, Aelys, Elodie, Jocelyne, à Marine, Céline P., Morgane, Marion... Et à nos apprentis Justine, Astrid, Audrey, Anaïs et Jad.

Et merci à Citrouille que je lis depuis... toujours!»

Hélène Wadowski 

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