lundi 12 novembre 2018

La voix d'Ella Fitzgerald



On raconte qu’en 1964, lors d’un concert à Juan les Pins dans la mythique Pinède Gould, Ella Fitzgerald fut ’interrompe par les cigales qui chantaient à tue-tête. La grande dame du jazz mit alors son orchestre au tempo et improvisa magistralement une mélodie sur le rythme du chant des cigales. The cricked song devint un standard de son répertoire tandis que quelques centaines de spectateurs avaient eu la chance d’écouter sous l’ombre des grands pins, celle que l’on considère encore comme l’une des plus grandes voix du siècle.

Avec l'album La voix d’Ella, nous voici dans les années 50, dans un orphelinat de l’Alabama. La jeune Bess, passionnée de musique et de chant, vient de découvrir pour la première fois la voix d’Ella Fitzgerald, une voix pleine et entière qui caresse doucement les graves et s’envole comme un papillon dans les aigus. Bess rêverait de chanter comme elle et elle s’entraîne souvent avec ses copains dans un orchestre improvisé sous les arbres.

« Debout sur une caisse à savons, Bess chante. Elle chante le ciel bleu d’été, le vent, les nuages. Elle chante le soleil, l’espoir, la liberté ».

La jeune fille s’imagine sur les plus grandes scènes de New-York ou de Broadway, admirée et applaudie par des milliers de personnes. Mais le seul qui l’ait entendue pour l’instant c’est Louis, le fils de l’épicier. Transporté par la performance de la jeune fille il lui conseille vivement de s’inscrire dans une école de chant. Une école où on apprendrait à chanter ? Avec de vrais instruments et de vrais musiciens ? Bess ose à peine y croire mais sent qu’il lui faut saisir sa chance. Dès le lendemain, vêtue de sa plus belle robe blanche, celle qu’elle ne porte que les dimanche, Bess pleine de joie, se rend à l’école de chant, dans le centre de Louiseville.

« Sur les portes du conservatoire, on peut lire, affiché en lettres capitales : INTERDIT AUX GENS DE COULEUR ».

Cette injustice de plus, avec toutes celles subies à cause de la simple couleur de sa peau, ne suffira pas à abattre la jeune Bess. Elle va au contraire lui donner la hargne et le courage pour aller au bout de ses rêves. Si elle veut chanter, c’est à New York qu’elle le fera, comme les plus grands, comme Ella, dans cette ville de tous les possibles où les Noirs dit-on ont plus de droits qu’en Alabama…

Conçu autour de la personnalité d’Ella Fitzgerald , ce conte musical n’est pourtant pas une biographie, même si le contexte ségrégationniste fut aussi bel et bien présent dans la vie de la diva du jazz. Tout au long de cette petite histoire positive et lumineuse quelques grands titres d’Ella Fitzgerald accompagnent et illustrent le parcours de la jeune Bess. Interprétés par la talentueuse Célia Kaméni, ils sont arrangés et orchestrés par les 17 musiciens de l’explosif The Amazing Keystone Big Band, groupe de jazz bouillonnant et survitaminé qu’on a déjà entendu-pour ce qui est de la production jeunesse- dans Pierre et le loup… et le jazz, Le carnaval Jazz des Animaux, ou encore Mister Django et Lady Swing. Que du bon ! Ce sont eux également qui accompagnent et habillent tout le récit mené avec justesse et malice par un Vincent Dedienne qui ne manque pas de panache. L’ensemble est complété par les illustrations lumineuses et joyeusement colorées d’Amanda Minazio.

En voilà une chouette introduction au jazz à proposer aux plus jeunes et autres !

N’oubliez pas d’écouter le CD jusqu’au bout et vous en apprendrez un peu plus sur les différentes familles d’instruments et leur fonction dans un big band. The Amazing Keystone Big Band nous offre vraiment ici une performance de haut vol qui fait tout le sel de ce conte musical. Une version de ce spectacle sera d’ailleurs donnée sur scène… à guetter !

Et que diriez-vous de finir en musique ? Avec Ella bien sûr !



Librairie Sorcière La Boîte à Histoires à Marseille

La voix d’Ella
 Texte de Philippe Lechermeier
Illustrations d’Amanda Minazio
Raconté par Vincent Dedienne.
Partie musicale The Amazing Keystone Big Band.
Editions Gautier Languereau

Sélection : des livres où l'on joue



L’importance du jeu dans le développement de l’enfant n’est plus à démontrer. Les travaux du pédiatre et psychanalyste anglais Donald Winnicott et de la psychanalyste Mélanie Klein ont montré comment le jeu est indispensable à l’enfant pour grandir et comment, comme le rêve chez les adultes, le jeu est au centre des thérapies d’enfants en ce qu’il est un moyen d’accès aux représentations internes, symboliques, des petits patients.

De son côté, l’émergence de la littérature jeunesse a partie liée avec les questionnements éducatifs portés par les pédagogies nouvelles dans le premier tiers du XXe siècle. Ces pédagogies qui retrouvent aujourd’hui la faveur de nombreux enseignants et parents, ont montré l’importance du jeu dans les apprentissages.

Enfin, dans sa post face à la réédition chez MeMo du très bel album de Nathalie Parain, Les jeux en images, Michel Defourny, grand spécialiste de la littérature de jeunesse écrit : « Les jeux en images de Nathalie Parain, célèbrent le caractère universel des jeux d’enfants qui ont fasciné les artistes au fil du temps, de Pierre Brueghel l’ancien et ses célèbres Jeux d’enfants (1560) au superbe tableau Jeux d’enfants (1908) de Kasimir Malevitch. »

La littérature illustrée pour les enfants a donc, depuis ses premiers chefs d’œuvres, à voir avec les jeux d’enfants, dans la lignée des réflexions en matière de psychologie de l’enfant et de pédagogie et des représentations picturales convoquées par Michel Defourny. Le livre pour enfant met souvent en scène des enfants qui jouent, il est prolongement ou un support de jeu et se fait parfois « livre-jeu ».

Nous avons choisi, comme pour chacune de nos sélections anniversaires, avec une subjectivité assumée, quelques-uns de ces livres qui mettent en images et en mots des jeux d’enfants. Jeux d’hier, d’aujourd’hui, jeux intemporels… Et y avons ajouté quelques « livres-jeux », le tout sans aucune autre raison que celle de nous faire plaisir et de partager ce plaisir avec vous. Après tout, les anniversaires, c’est fait pour ça !

Bonne lecture et… n’oubliez pas de jouer !

Librairie Sorcière Comptines à Bordeaux

Pour découvrir cette sélection, rendez-vous sur le blog de la librairie, ici

Petit fantôme : une technique d'illustration inédite imaginée par Charline Giquel



Quand un petit fantôme, qui n’a pas encore appris à faire peur, désobéit à ses parents, il peut changer totalement sa destinée… et inverser les rôles…
En effet, alors que Petit Fantôme n’a pas le droit de descendre dans les étages inférieurs de la maison où il habite avec ses parents, il profite d’une soirée sans eux pour aller explorer ce terrain interdit. Dans un vacarme infernal, il attire l’attention d’une petite fille qui lui expliquera comment dompter sa maladresse et faire peur aux humains. Se tisse alors une histoire d’amitié inattendue.

Le plus remarquable dans cette histoire de fantômes est que l’on ne voit pas les fantômes… au début. C’est en penchant le livre à la lumière que se dévoile l’image au vernis sélectif et qu’apparaissent les protagonistes. Une technique inédite imaginée par Charline Giquel. Les éditions de l’Agrume, toujours au cœur de l’innovation éditoriale, ont su fabriquer ce livre incroyable.

Un album surprenant et plein de candeur à découvrir sous une lampe de chevet et sans bruit… Même pas peur !

Exposition des originaux de Petit Fantôme actuellement à la librairie. Découvrez des pages intérieures sur le site de l'éditeur, ici.

Librairie Sorcière Tire-Lire à Toulouse

Petit fantôme

L'interview Carnivore d'Adèle Tariel et Jérôme Peyrat


Auteure et illustrateur, Adèle Tariel et Jérôme Peyrat ont, entre autres, signé ensemble La fosse aux lions, C'est dans la poche! ou plus récemment Carnivore. Ils n'hésitent pas, avec leurs albums, à sensibiliser les jeunes lecteurs – et leurs aînés – à des sujets d'actualités… mais en commettant de vrais livres jeunesse et sans pour autant embrigader les enfants! - Une interview menée par Catherine Boivin, librairie La Luciole.

CATHERINE BOIVIN: Votre duo commence à avoir plusieurs livres à son actif. Utilisez-vous toujours la même méthode de travail pour chacun des livres que vous proposez ensemble? Comment réfléchissez-vous au thème?
ADÈLE TARIEL: Pour notre premier livre, C’est dans la poche!, nous ne nous connaissions pas, c’est l’éditrice qui a contacté Jérôme pour lui proposer d'illustrer mon texte. Nous nous sommes ensuite rencontrés sur un salon du livre et il est vite apparu que nous avions des valeurs communes et des thèmes qui nous intéressaient tous les deux: l’égalité filles-garçons, l’écologie, les dérives de notre société moderne… Chaque projet est singulier, mais souvent, oui, nous partageons nos idées. Chacun a sa partie, mais aussi un oeil critique sur le travail de l’autre, ce qui, selon moi, permet de mieux aboutir le projet. Je crois que nous avons bien progressé depuis que nous nous connaissons!
JÉRÔME PEYRAT: Pas mieux! Je peux juste rajouter que notre imagination est constamment stimulée par des expos, lectures, rencontres, voyages… On note des phrases, des titres, on voit des couleurs, des lieux… On réagit à des sujets d’actualité, et quelquefois cela se transforme en idées de livres.

Vos livres, que vous les ayez signés ensemble ou pas, abordent effectivement des sujets d’actualité, et de façon plutôt engagée (la téléréalité dans la Fosse aux lions, la surconsommation pour Michel et Édouard, l’égalité des sexes avec La révolte des cocottes…) Pensez-vous que l’on doit ainsi sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge? L’album est-il un bon moyen pour aborder ces problématiques?
ADÈLE: Mon travail de journaliste influence mon travail d’autrice bien sûr. Je suis persuadée que l’on peut parler de tout aux enfants. Ils sont les citoyens de demain. Selon moi, les sensibiliser à ces thèmes, en espérant qu’ils grandissent dans un monde meilleur, a du sens. Mais sans jamais sacrifier la qualité littéraire, graphique, et l’émotion.
JÉRÔME: Pour moi la gageure a toujours été de faire de la vraie littérature jeunesse qui puisse aussi parler aux adultes. Ce que j'aime dans un album c’est l’idée qu’il sera lu par des enfants, des adultes, des ados et que chacun puisse y trouver du sens, mais je ne cherche pas pour autant à faire des livres engagés.

Carnivore raconte l'enquête menée par un grillon sur la disparition des autres insectes qui vivaient autour de lui. Comment cette idée vous est-elle venue?
ADÈLE: Dans un restaurant, j’ai remarqué un jour une plante étrange, portant de petits «sacs». Je l’ai repérée, car j’en avais eu une chez moi il y a une quinzaine d’années. Je savais que Jérôme était passionné par les insectes, leurs morphologies, leurs couleurs… Il m’a fait observer les reflets bleutés des bousiers de longues minutes (sur une bouse, donc!). Je venais de lire Os court, un album de Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet que j’avais beaucoup aimé. Je trouvais le texte en rimes très beau. Je ne pourrais pas vous dire comment, mais tout ça s’est connecté une nuit dans mon cerveau, et j’ai écrit le texte dès le lendemain.
JÉRÔME: Ça fait un moment que je voulais faire un album avec des insectes, j’ai certainement dû en parler pas mal de fois à Adèle! Cet univers, cette société miniature, silencieuse, facile à observer est complètement fascinante… Je trouve ça à la fois très proche et très exotique. Il fallait trouver l’idée originale… Ça a finalement été celle d’y mettre du suspense, de mettre en place «une enquête» pour qu’on soit totalement immergés dans leur monde.

Avez-vous réalisé cet album pour sensibiliser à la disparition des insectes?
ADÈLE: Pas directement. Nous avons voulu faire découvrir ces insectes communs, qui vivent près de nous. Ténébrion, mante religieuse, doryphore… Ils ont parfois des noms mystérieux et quand on les observe de près, ils sont souvent impressionnants! Les illustrations de Jérôme mettent en relief leur beauté. Aujourd’hui, les insectes disparaissent massivement à cause des humains, c’est triste. Peut-être que si chacun, simplement, apprend à les observer, à les connaître, il aura envie de les protéger….
JÉRÔME: Il y a très souvent une peur ou une détestation des insectes. Nous ne les connaissons pas vraiment, et ils font partie de ces animaux méconnus qui disparaissent en silence. Le but n’était pas de faire un livre militant mais de mettre en lumière la diversité, la beauté de ce petit monde.

Et pour ce qui va venir après Carnivore? Des albums signés par votre duo, ou séparément?
ADÈLE: En fin d’année, je publie un album aux éditions Utopiques intitulé Un vent meilleur qui raconte la rencontre dans le nord de la France entre un enfant migrant et une petite fille. Il évoque la solidarité, la désobéissance civile, un autre thème qui me tient à coeur. Paraîtra au même moment un nouvel album au Père Fouettard, illustré par Jérôme: Cargo. Il évoque la relation entre un petit garçon et son père, capitaine de cargo, parti en mer. Les premières illustrations sont déjà magnifiques! Et en début d’année prochaine, je serai de retour sur l’égalité filles-garçons avec un chouette projet illustré par Estelle Billon-Spagnol aux éditions Talents Hauts. Et un nouveau livre en commun avec Jérôme sera publié par la jolie maison d'édition L’étagère du bas.
JÉRÔME: Mon prochain album aux éditions Le grand jardin s’appellera La chasse aux canards – il est écrit par Florence Jenner-Metz. C’est une fable écologique et drôle sur la chasse et l’équilibre de la chaîne alimentaire. Les deux suivants sont les projets que vient d'évoquer Adèle.

Pour finir, j’aimerais demander à chacun de vous de citer un auteur ou illustrateur qui vous semble incontournable dans le monde de la littérature jeunesse? Avec quelques explications en prime bien sûr!...
ADÈLE: C’est très difficile de n'en choisir qu’un! Depuis plusieurs années, je suis fascinée par le travail de Mélanie Rutten. Autant le texte, très épuré, que les illustrations à l’aquarelle me bouleversent souvent. Je crois même que ses livres nous ont aidées, moi et ma fille, à surmonter des moments difficiles…
JÉRÔME: Un seul… Argggh!!! Je vais tricher et vous parler de mon dernier coup de coeur en illustration: Béatrice Alemagna… À découvrir, et vite!

Propos recueillis par Catherine Boivin, Librairie Sorcière La Luciole à Angers

Carnivore
Adèle Tariel,  Jérôme Peyrat
éd. Père Fouettard

À pas de loups… comme si discrètement mais férocement ces livres devaient exister.


Sa maison s’appelle À pas de loups, comme si éditer des livres pour enfants était quelque chose de doux, de velouté... À pas de loups, comme si discrètement mais férocement ces livres devaient exister. À pas de loups au pluriel, comme si le loup solitaire n’était pas de mise, juste la meute… Rencontre avec Laurence Nobécourt, grande méchante fondatrice des éditions À pas de loups… par Véronique Fouché, librairie La Vagabonde & sa Fabrique

VÉRONIQUE FOUCHÉ: Quelque chose à ajouter sur ce drôle de nom?
LAURENCE NOBÉCOURT: C’est un clin d’oeil à cette bête tantôt attachante, tantôt effrayante qui rôde dans les contes. Je voulais arriver dans le monde de l’édition à pas de velours, sans bruit, discrète... mais bien présente pour stimuler l’imagination des petits loups!

Qui se cache derrière le loup?
J’étais une professeure des écoles passionnée de littérature jeunesse. Grâce à mon métier, j’ai eu la chance de pouvoir inviter de nombreux artistes dans mes classes, comme Mario Ramos, par exemple. J’ai aussi participé avec mes élèves à l’écriture du livre ​Un bateau dans le ciel​ paru aux éditions Rue du Monde, une belle aventure menée par l’illustrateur britannique Quentin Blake avec mille huit cents enfants des quatre coins du monde. Toutes ces rencontres ont été décisives. Après ces belles années passées sur les bancs de l’école j’ai voulu me lancer dans l’aventure en créant ma propre maison d’édition.

Le premier livre est paru en 2014. Quatre ans après le catalogue en compte quarante... Albums, romans, leporellos sans texte... belle diversité! Comment construis-tu ta maison?
J’essaie de publier des oeuvres de qualité, des livres exigeants et audacieux pour faire découvrir de nouveaux horizons aux enfants. Ainsi que quelques OLNI (objets littéraires non identifiés), nécessaires selon moi dans le paysage éditorial actuel.

Et les recueils collectifs? ​À pas de loups​ et ​S’aimer​ sont des projets que tu as initiés. Peux-tu nous en dire plus sur ces projets fondateurs?
Pour fêter la naissance de la maison et rendre hommage à son animal fétiche, j’ai lancé l’idée d’un livre collectif sur le thème du loup. Quarante-deux illustrateurs pour quarante-deux variations, ordonnées et reliées par un texte signé Germano Zullo. En 2015, après les attentats, l’idée d’un nouveau collectif s’impose, cette fois sur le thème de l’amour. C’est à Cécile Roumiguière que je confie l’écriture de S’aimer​. Trente-neuf illustrateurs s’emparent du thème.

Qu’en est-il des autres livres? Arrivent-ils prêts à être dévorés, pars-tu à la chasse?
Le «prêt à dévorer» est plutôt rare mais cela arrive! La majorité des livres naissent après de belles rencontres dont certaines à mon initiative, quelques pépites aussi parmi le millier de projets reçus. Il m’arrive également de solliciter des artistes pour illustrer certains manuscrits, de faire des mariages entre auteur et illustrateur et quand ça fonctionne c’est très réjouissant. Dans tous les cas, ça commence toujours par un coup de coeur!

Un ou plusieurs livres que tu aurais envie de mettre en avant?
C’est très difficile de choisir, je souhaiterais tous les mettre en avant! Je préfère parler de nos dernières parutions. D’abord, la nouvelle collection pour les tout-petits avec les deux titres d’Éva Offrédo, ​Le dodo du dodo​ et ​Le kiwi du kiwi​, deux imagiers, respectivement sur le thème du sommeil et des fruits et légumes. À la fois drôles et poétiques, ces petits cartonnés sont des ponts de complicité entre l’enfant et le parent qui les lui lit. Ensuite, ​La clé sous la porte​ de Julia Chausson, un livre-jeu constitué de mystérieuses petites annonces accompagnant des gravures de demeures de contes. Grâce aux deux rabats, l’un avec les clés et l’autre avec les habitants, le lecteur peut jouer au détective: quels sont les propriétaires de ces demeures? Pour finir, ​Les trois bons amis​, une fable de Carl Norac et Ghislaine Herbera: elle raconte l’histoire de trois amis improbables qui adorent se lancer des défis. Qui rira le plus fort? Qui sautera le plus haut? Mais à force de vouloir toujours être le meilleur, on risque de se retrouver tout seul sur son trône…

L’illustration est très importante pour toi, des expositions autour de ta maison ont été organisées, tu édites des tirages d’illustrations... Sortir les images du livre quand on est éditrice, en voilà une drôle d’idée…
Pour moi, l’illustration jeunesse est un art à part entière. Il est trop peu connu du grand public. Derrière chaque livre se cachent des oeuvres originales que j’aime montrer et partager lors d’expositions. Je veux donner à voir du beau, du rêve, rentrer au coeur de la création artistique.

As-tu le public en tête quand tu publies un ouvrage?
Oui, bien sûr, mes années passées à lire des livres à mes enfants et à mes élèves m’ont permis de me faire une idée des attentes des enfants, des parents et des enseignants... Mais ce qui est merveilleux dans ce métier, c’est la part qu’il laisse à la surprise: il arrive parfois qu’un lecteur trouve dans un livre quelque chose qui m’est totalement neuf.

«Écoute, écoute... Mais pas seulement. Il faut aussi que tu me répondes...» Reçois-tu des réponses des lecteurs?
Je vais régulièrement à la rencontre des enfants lors de salons ou dans des classes. C’est un réel plaisir d’échanger avec eux. Comme je le disais, je suis souvent surprise, et c’est toujours rafraîchissant!

Que peut-on te souhaiter?
Je souhaite surtout conserver la complicité que j’ai avec les auteurs et illustrateurs qui ont déjà publié chez À pas de loups, car c’est grâce à eux que la maison se construit. De plus, je tiens à continuer à découvrir de nouveaux talents. J’aimerais également consolider mes relations avec les librairies indépendantes: c’est très important pour moi de défendre le travail des vrais libraires. À ce titre je m’interdis la vente sur certaines plateformes, ce qui est également la politique de notre diffuseur/distributeur Serendip. Et par-dessus tout, je souhaite continuer à exercer ce métier extraordinaire de cheffe de meute!

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, merci pour ces beaux livres, intelligents et engagés et merci pour ton enthousiasme communicatif et gourmand!

Propos recueillis par Véronique Fouché, Librairie Sorcière La Vagabonde & sa Fabrique à Versailles

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