lundi 1 octobre 2018

Parce que c’est la guerre là-bas, je n’aurais plus de chambre à moi ?…



En littérature jeunesse, comme en littérature tout court, les sujets d’actualités irriguent l’imaginaire des auteurs et font leur entrée dans les thématiques d’albums ou de romans.

Pas mal de titres sont parus (ou ont paru, pour les puristes) sur le sujet des réfugiés, tous ne m’ont pas convaincue, avec cet arrière-goût bizarre d’un truc un peu forcé, d’un passage obligé pour coller à l’actualité, souvent au détriment de l’histoire et/ou du style. Non je ne citerai aucun titre, car je suis depuis mon plus jeune âge d’une nature très lâche.

En ce qui concerne ce petit roman au Rouergue, pas de doute permis, c’est réussi.

À 8 ans, Pauline voit sa petite vie pépère bouleversée par l’arrivée d’une famille de réfugiés Syriens que ses parents ont décidé d’accueillir à la maison. La cohabitation n’est pas des plus faciles: pour faire de la place, ses Pokétrucs adorés ont été rangés en vrac par sa mère, un matelas d’appoint a fait son apparition au pied de son lit (pile-poil à la place des PetShop…), et voilà que Pauline doit partager sa chambre, son chien et ses jouets préférés avec une dénommée Zein qui sait à peine baragouiner trois mots de français…

Les parents sont là aussi bien sûr ainsi que la petite dernière prénommée Syrine. Toute la famille a fui la guerre et a cherché refuge en France, c’est d’ailleurs pour ça qu’on les appelle des réfugiés. Manque de bol c’est tombé sur la maison de Pauline qui voit d’assez mauvaise grâce cette intrusion dans sa petite routine
- «J’ai bien réfléchi et j’ai décidé que je n’étais pas d’accord: parce que c’est la guerre là-bas, je n’aurais plus de chambre à moi?»

Bien évidemment ses parents lui rétorquent qu’elle n’est qu’une enfant gâtée, qui ne connait pas sa chance de vivre dans un pays démocratique et patati et patata…. En attendant c’est bien Pauline qui doit ramener Zein en classe avec elle et partager EN PLUS sa maîtresse adorée et ses copains !

Contre toute attente, la journée s’est plutôt bien passée et Pauline a même été félicitée: elle a réussi à expliquer à tout le monde ce qu’était la guerre en Syrie. Malgré sa langue bien pendue et son mauvais caractère, notre petite héroïne a la main sur le cœur et fait son maximum pour que tout le monde se sente bien: on ne va pas en plus déclarer la guerre à la maison, ce serait trop bête…

En côtoyant cette famille si différente de la sienne, Pauline va se poser une foule de questions sur la guerre, l’injustice, la mort ou encore la religion :
- «Avec ses parents, Zein prie souvent. De mon point de vue ça n’a pas l’air très efficace leur truc, mais je ne veux pas faire d’histoires, je ne veux pas me mêler des affaires de Dieu tant que je n’aurais pas exactement compris quels sont ses pouvoirs».

Un petit roman plein de charme et de justesse, qui pose des questions sans détours avec ce mélange de franchise et de naïveté que l’on connaît des enfants. Le ton est direct, familier et les dialogues sonnent parfaitement. Ce texte drôle et un peu triste à la fois est illustré avec impertinence par Charles Dutertre qui a su croquer les deux petites filles avec beaucoup d’humour (vous noterez que Pauline-la-râleuse fait souvent la tête quand Zein affiche toujours un large sourire!).

Mission accomplie pour ce petit roman intelligent et engagé à lire dès 8 ans, que l’on referme avec la gorge un peu serrée.

Véro, Librairie Sorcière La Boîte à Histoires à Marseille


Mon chien, Dieu et les Pokétrucs
Texte de Myren Duval.
Illustrations de Charles Dutertre.
Editions du Rouergue. Collection Dacodac

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